buzzFonds mondial contre le VIH/sida : non, la France n'a pas mis fin à son financement

Par Nicolas Scheffer le 28/11/2025
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Si Emmanuel Macron ne s'est pas déplacé pour la reconstitution du Fonds mondial contre le sida, cela ne signifie pas que la France retire sa participation au financement de la lutte contre le VIH. Mais, le budget 2026 étant enlisé au Parlement, le gouvernement ne peut pour l'heure pas engager de montant.

La France a brillé par son absence à la huitième conférence de reconstitution du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Le 21 novembre, en marge du sommet du G20 en Afrique du Sud, celle-ci avait pour objet le financement de la lutte contre le VIH/sida pour la période 2026-2028. Tous les trois ans, en effet, États et acteurs privés (philanthropes, entreprises, ONG…) s'engagent sur les montants qu'ils comptent y consacrer. Emmanuel Macron devait y annoncer le niveau de la participation de la France pour les trois prochaines années, ce qu'il n'a pas pu faire… faute de budget voté au Parlement. "Les discussions budgétaires sont en cours", répondait, quelques jours avant la conférence, l'Élysée à têtu·. Mais "on a l'intention de rester un des principaux bailleurs du Fonds mondial", nous confirme une source au ministère des Affaires étrangères.

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Légitimement, l'inquiétude est de mise parmi les associations de lutte contre le VIH/sida. "Macron condamne des millions de malades et sabote l’héritage français en santé mondiale", ont écrit cinq associations, dont Aides et le Sidaction, dans un communiqué diffusé dans la soirée du 21 novembre. "La France porte une lourde responsabilité. En n'annonçant aucune contribution, elle laisse mourir plus de deux millions de personnes, prive près de 3 millions de personnes d’accès à un traitement antirétroviral", poursuit le texte qui reconnaît que la France a joué un rôle primordial en 2019, portant son effort à 1,6 milliard d'euros et devenant le deuxième contributeur derrière les États-Unis. Dans la foulée, la commission LGBTQIA+ des Écologistes a également publié un communiqué sur Instagram intitulé "La France abandonne la lutte contre le VIH/sida".

"La France nous a assuré de son soutien"

C'est oublier qu'Emmanuel Macron, dont la majorité a été défaite aux élections législatives de 2024, n'a plus le pouvoir d'engager la France pour plusieurs années sur de tels montants. "Jean-Noël Barrot [le ministre des Affaires étrangères] a participé à la conférence de reconstitution, mais n'a pas pu faire d'annonce car le budget est en plein débat dans une assemblée divisée. Ce n'est qu'un report de l'annonce, qui aura lieu une fois les débats budgétaires terminés", explique notre source au Quai d'Orsay. "La France nous a assuré de son soutien, qui a été constant quelles que soient ses difficultés financières, et a promis de s'engager sur un montant d'ici à un mois", confirme à têtu· le Fonds mondial, qui se félicite d'avoir sauvé 70 millions de vies en deux décennies et un investissement de 69 milliards de dollars.

Reste qu'à ce jour, le Fonds mondial est encore loin de l'objectif affiché de 18 milliards de dollars, n'ayant obtenu qu'un peu plus de 11 milliards promis par les États et les financeurs privés. Mais le pire a été évité : les États-Unis, qui se désengagent de la santé mondiale depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, ont malgré tout promis 4,6 milliards de dollars, contre 6 milliards lors de la précédente reconstitution (dont seuls 4 milliards ont été réellement décaissés). Cette année, les bons élèves sont l'Allemagne (1 milliard d'euros, soit environ 1,15 milliard de dollars), le Royaume-Uni (850 millions de livres sterling, environ 1,1 milliard de dollars) et le Canada (720 millions de dollars américains).

L'objectif de lever 18 milliards est ambitieux. Si le financement du Fonds avait explosé à 18,6 milliards promis pour la période 2020-2022 (contre 12,2 milliards pour 2017-2019), il s'est ensuite érodé pour retrouver, en 2023-2025, son niveau d'avant l'épidémie de covid, à 11,7 milliards de dollars décaissés. Or, grâce à la prouesse scientifique du développement d'une PrEP injectable, on peut désormais espérer vivre la fin du VIH : c'est désormais au monde de s'en donner les moyens.

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