cultureFashion Week de Paris : la mode, tout un spectacle !

Par Ivan Zhekov le 30/01/2026
Le défilé FW26/27 Jeanne Friot à Paris.

Théâtre, cinéma, ballet, comédie musicale… De Jeanne Friot à Willy Chavarria, les maisons de mode rivalisent de performances pour augmenter leurs défilés et raconter des histoires qui dépassent le vêtement.

Un défilé c'est chiant, on est beaucoup mieux au théâtre. Karl Lagerfeld est sans doute l'un des premiers à avoir compris l'intérêt de faire de sa mode un spectacle, comme lorsqu'il avait transformé, en 2014, le Grand Palais en supermarché Chanel. Le buzz fut au rendez-vous, et le show reste une référence pour la planète fashion. Neuf ans plus tard, la chanteuse catalane Rosalia enflamme le défilé Louis Vuitton. Cet hiver, à la Fashion Week homme de Paris (FW 2026/2027), plusieurs créateurs émergents ont à leur tour intégré qui de la danse, qui du théâtre, qui du cinéma, pour faire de leur défilé un spectacle qui marque les esprits… et dont les images tournent largement sur les réseaux sociaux.

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Alors on danse

Jeanne Friot est une habituée des présentations qui font du bruit. L’année dernière, lors de la Fashion Week homme printemps/été 2026, la Parisienne nous a ému par son casting 100% trans et non-binaire incarnant le message “Trans Lives Matter” floqué sur son t-shirt, porté par la suite par Angèle au festival de Glastonbury. Pour cette saison automne/hiver 2026-27, la créatrice lesbienne nous a invité au Théâtre du Rond-Point pour un spectacle de danse. Aux manettes : Maud Le Pladec, ni plus ni moins que la chorégraphe de la cérémonie d'ouverture des JO de Paris 2024, qui est venue avec la troupe du Ballet de Lorraine, que la Bretonne dirige. Aux platines : DJ Chloé. Intitulée “Awake”, la performance invite à un réveil des consciences dans le contexte politique actuel. Sur scène, les danseurs se mêlent aux mannequins et à des personnalités du spectacle : la reine de France Mami Watta, Daphné Bürki et la DJ Claude Emmanuelle. Le show se termine sur un geste-manifeste typiquement Friot : un baiser lesbien, dont l'image savamment filmée fait immédiatement le tour du monde.

Des oreillers qui réveillent

À coups de graffitis, le créateur écossais Charles Jeffrey Loverboy s'est approprié le nouveau lieu à la mode dans le Marais : le Dover Street Market, ouvert en 2024. Ici, tout le spectacle est dans l’attitude. Les mannequins portent des perruques extravagantes, du maquillage de tous les couleurs et des couches de vêtements déchirés, à l'image punk de la marque. Hors de question de défiler tranquillement : les mannequins, dont notre têtue de la Réinvention 2025 Raya Martigny, marchent en zig-zag, se mettent à quatre pattes et secouent furieusement la tête. Le décor musical, assuré par le trio néerlandais Baby Berserk, mélange punk et garage rock. L'ensemble est loin de nous donner sommeil, mais les mannequins sortent des oreillers pour… une bonne vieille bataille de polochons, qui remplit rapidement l'espace de plumes. Une collusion entre musique, mode et rage, à l'image de l'Écossais punk.

Broadway sur le catwalk

Willy Chavarria, de son côté, nous invite à assister à une comédie musicale, digne d’une télénovela latino-américaine. Comme une vraie pièce de théâtre, le défilé se déroule en trois temps : un premier chanté par la star italienne Mahmood, notre chouchou récidiviste de l'Eurovision, ainsi que par le Portoricain Lunay et l'icône de la musique latino-américaine Mon Laferte, présente l’histoire et les vêtements de jour de la collection. La deuxième partie, dédiée au sport, présente la nouvelle collaboration du designer américain d'origine mexicaine avec Adidas, dont les pièces sont portées par le nouveau boysband en vogue en Amérique Latine, Santos Bravos, lors de leur performance. L’histoire se clôt sur des vêtements de soirée, avec des robes et costumes plus élégants, sur la voix du rappeur colombien Feid et le rock latino de Latin Mafia. Ici, la performance devient centrale dans le récit de la marque, faisant des vêtements de Chavarria de vrais costumes de scène.

Moteur, caméra, action !

Chez KidSuper, c'est ambiance Inception. En entrant dans le Pavillon Cambon pour le défilé de la marque américaine, on est tout de suite confronté à un mystérieux cube blanc posé au milieu de la pièce, qui éveille en nous une question : mais où vont défiler les mannequins ? C'est le communiqué de presse, imprimé sur une boîte de popcorn, qui nous met sur la piste : l'expérience sera cinématographique. La présentation s'ouvre sur un regard perçant projeté en gros plan sur la boîte blanche : celui de l'acteur Vincent Cassel, excusez du peu. Apparaissent hagard dans un café parisien, son personnage sort de l'endroit pour errer dans les rues de la capitale. Le film s'achève sur l'acteur, seul et perdu au milieu d'un espace tout blanc. C'est alors que s'ouvre la boîte mystérieuse, révélant le même décor que dans le mini-film, dont sort un mannequin habillé comme le personnage, cherchant toujours à comprendre ce qui lui arrive. Un coup de feu éclate, il s'effondre, et deux infirmiers viennent le chercher avec un brancard pendant qu'une voix enregistrée nous prévient : "Ce que vous allez voir n'est pas réel. Asseyez-vous, détendez-vous, et profitez du spectacle humain." Un bon résumé de cette Fashion Week parisienne.

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Crédit photo : Blanca CRUZ / AFP