Quand les grandes maisons de couture ont tendance cette saison à retourner sur leur base, à la Fashion Week masculine automne/hiver 2026-27 de Paris, les créateur·ices queers ont présenté un homme audacieux, qui ne craint pas de s'assumer. Retour sur une semaine de défilés et de découvertes.
Sage "FW2627", sauf… Après une saison milanaise où le costume trois-pièces était de rigueur, à la Fashion Week de Paris les créateur·ices queers ont mis en avant une vision de la mode plus libre, présentant des coupes décontractées, des jeux de matière et surtout des récits résolument engagés. Des Nouveaux romantiques chez Valette Studio aux tenues très kinky de C.R.E.O.L.E, c’est un regard queer inspirant qui a mené la mode parisienne.
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Le nouveau cri politique de Jeanne Friot
Vivifiante façon de lancer la Fashion Week ! Au Théâtre du Rond-Point, près des Champs-Élysées, Jeanne Friot a invité le Ballet de Lorraine pour une présentation en dansant. Les mannequins, parmi lesquels on a retrouvé Daphné Bürki, Claude Emmanuelle et Mami Watta, ont défilé sur un décor sonore assuré par DJ Chloé, le spectacle s'achevant par un baiser lesbien. Quant aux pièces, le tartan est de retour sur des jupes, mini-shorts, robes et combinaisons. On a également retrouvé les robes-ceintures emblématiques de la créatrice lesbiennes, et des t-shirts à message avec, cette fois-ci, le slogan : "It’s never too late to fight fascism."
Néo-romantisme chez Valette Studio
Retour vers le passé chez Valette Studio, qui s’inspire cette année de l’esthétique des Nouveaux romantiques, mouvement né dans les années 80 dans les clubs underground londoniens, puis adopté par des groupes iconiques de l’époque comme Culture Club, Duran Duran ou Japan. Un style dont John Galliano s'était nourri à ses débuts. L’influence du Gibraltarien et des clubs anglo-saxons des 80’s se décèle dans la collection à travers les volants, le maquillage coloré et les couleurs pop. Au sein de l'Institut du monde arabe, Pierre-François Valette a fait défiler des chemises à froufrous, des vestes en cuir cintrées, et la pièce maîtresse : une robe XXL à volants en bleu électrique, accordée avec les faux cils de la mannequin.
EGONLAB célèbre l’amour
Au Palais de Tokyo, pour le défilé de la collection LAZARUS, le duo amoureux EGONLAB a révélé une collection capsule en collaboration avec l’application de rencontres Tinder et l’association féministe Safe Place. Pour ce partenariat au cri de “Love will not tear us apart” (“L’amour ne nous séparera pas”, référence à la chanson de Joy Division), les jeunes designers ont élaboré des t-shirts et sweats, des bagues en forme de cœur et une pièce couture en motif tartan entièrement couverte de plumes rouges, réalisée par l’atelier Maison Février. S’y ajoutent des looks urbains : bombers, vestes en jean, hoodies. Le duo n’a pas manqué de rappeler sa maîtrise du tailleur avec des pièces en apparence plus classiques mais enrichies de plumes tricolores. Cocorico.
Ouest Paris cite George Michael
Du vêtement de travail, de la laine épaisse et du jean brut : Ouest World est là. Pour sa présentation, Arthur Robert nous a invité cette saison dans les coulisses du shooting de son lookbook. Le Parisien a sorti les clous, le cuir et une esthétique fleurant bon le Wyoming et la liberté. Sur le manteau en laine, des clous remplacent les coutures, le sweat est porté à l’envers en mode George Michael mal réveillé, les pantalon s'ouvre facilement sur le devant."L'idée de Ouest, c'est de proposer une masculinité plus bienveillante que menaçante, en jouant par exemple avec les clichés du cow-boy et du surfeur macho", nous expliquait le jeune créateur.
L’art de se préparer chez Lazoschmidl
Après avoir fait changer ses mannequins derrière un paravent pour sa collection printemps/été 2026, le duo suédois Lazoschmidl reprend cette saison son récit sur l’art de se préparer. Dans un concept store niché au cœur du Marais, les garçons arborent des cyclistes et des hauts moulants, et sont mis en scène en train de ranger le linge. Du rose pastel sur des cyclistes et débardeurs, un mélange venimeux de vert et jaune, mais aussi des pièces plus adaptées au travail, comme des jeans larges.
Collab surprise chez Louis Gabriel Nouchi
L’arrivée du mannequin et danseur croate Ivan Ugrin a fait sensation au défilé Louis Gabriel Nouchi. Marqués “Only Fans”, son débardeur et slip à fente annoncent un partenariat entre le couturier parisien et la plateforme de contenus pour adultes. “C'est un espace où l'on peut expérimenter, être honnête et exprimer des idées qui appartiennent véritablement à la marque”, plaide le créateur au sujet de cette collaboration. Le reste de la collection acte le grand retour de l’esthétique des années 80 : inspiré par le film culte Alien, le défilé nous a invité à un voyage extraterrestre avec des masques inquiétants, des hauts transparents et des jeux de latex.
Politique & kinky chez C.R.E.O.L.E
Pour SK1N, le Guadeloupéen Vincent Frédéric-Colombo a retracé les origines de l’esthétique… skinhead. Aujourd’hui associée aux militants de la pire extrême droite, cette subculture est en réalité née de la rencontre entre les jeunes Londoniens blancs et des migrants caribéens. Avec ses shorts au motif camo, son jean déchiré et des bottes Dr. Martens, la collection de C.R.E.O.L.E reprend les codes du mouvement anglais, comme dans un geste de réappropriation. Au-delà de sa réflexion politique, le créateur a émoustillé le public avec des micro-débardeurs en latex, des slips à ouverture, et des chaps en cuir ouvertes jusqu’aux genoux.
Chavarria en mode West Side Story
Lancé par une conversation Grindr, le défilé Willy Chavarria a tourné au spectacle. Inspiré de la fameuse comédie musicale West Side Story, le designer a invité des stars de la scène internationale pour sa pièce de théâtre. On retrouve ni plus ni moins que Mahmood, le premier dauphin de l’Eurovision 2019, ainsi que le groupe latino-américain Santos Bravos et l’interprète mexico-chilienne Mon Laferte, qui portait la pièce maîtresse de la collection : un grand manteau à motif léopard. Pour le vestiaire hivernal de Chavarria, les joggings et les polos de rugby rencontrent la veste de costume classique et le jean brut, dans un dialogue entre le dandysme à la mexicaine et les rues de Brooklyn.
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