Scénariste des slashers cultes des années 1990 (Scream, Souviens-toi… l’été dernier), Kevin Williamson a co-écrit et réalisé Scream 7, au cinéma ce mercredi 25 février. Portrait.
Il est à l’origine des premières frayeurs et des premiers émois d’une génération. Kevin Williamson cristallise à lui-seul tout un pan de la pop culture des années 90. On lui doit l’avènement des néo-slashers, de Scream à Souviens-toi… l’été dernier ; l’une des plus grandes séries pour adolescents de l’histoire de la télévision, Dawson ; et la naissance d’une armée de jeunes sex-symbols qui ont émoustillé des millions de jeunes à travers le monde.
À lire aussi : "Scream", le slasher le plus queer des années 90
Cette année, le célèbre scénariste fait le bonheur des fans de films d’horreur puisqu’il signe Scream 7 – en salle ce 25 février. Cette suite marque son grand retour dans la saga qui a lancé sa carrière en 1996. L'auteur ne se contente pas seulement de co-écrire ce septième volet, il en assure aussi la réalisation. Une idée impulsée par Neve Campbell, célèbre interprète de Sidney Prescott, qui annonçait la nouvelle sur son compte Instagram en mars 2024 : "Voilà de nombreuses années que je rêvais de faire un de ces films avec Kevin Williamson derrière la caméra (...) C’est son esprit brillant qui a façonné cet univers.”
Dans Scream 7, un énième détraqué déguisé en fantôme est aux trousses de la final girl, qui est cette fois la fille de Sidney. La suite est bien connue des adorateurs de la franchise : meurtres et courses poursuites effrénées, références ciné en pagaille et révélations chocs dans un troisième acte sanglant. Entre les allusions gays du premier film, son héroïne érigée en modèle de résilience et ses personnages queers présents dans les suites, la saga occupe depuis 30 ans une place importante de la cœur de la communauté LGBT+. Un succès dont Kevin Williamson, ouvertement gay, est le catalyseur.
À l’âge de 10 ans, le scénariste reçoit une machine à écrire de la part de sa mère. Un cadeau prémonitoire même s'il ne remplacera pas ses cahiers à spirale dans lesquels il multiplie les histoires macabres – une en particulier lui vaut de finir dans le bureau du principal de son lycée. Il associe sa passion pour l'horreur à son vécu de jeune garçon gay dans le placard. “Je courais sans cesse pour tenter d’échapper à la vérité”, explique-t-il dans le Los Angeles Times.
Le placard de l'horreur
Après avoir principalement grandi dans la Caroline du Nord, décor d’une partie de ses futurs récits, il décroche un diplôme de théâtre et déménage à New York pour entamer une carrière d’acteur. Sans succès, il part à Los Angeles et enchaîne des années de galère faites de petits boulots. Puis, en 1995, à 30 ans, il parvient enfin à vendre le scénario qui changera sa vie : Scary Movie - réintitulé Scream par la suite. Le film est réalisé par Wes Craven, grand nom de l’horreur, et rencontre un succès mondial. Six suites verront le jour – Kevin Williamson en écrit trois : le 2, le 4 et le 7.
Même si rien n'est alors explicite, le premier volet désormais perçu au travers d’un prisme gay. À la fin du film, Sidney Prescott découvre que son petit copain, Billy Loomis, s’est lié à son meilleur ami pour commettre les crimes. Kevin Williamson s’est inspiré de l’histoire vraie de Nathan Leopold et Richard Loeb, deux amants responsables de la mort d’un adolescent de 14 ans à Chicago en 1924. L’homosexualité des deux criminels avait alors été exploitée pour justifier leur pulsion meurtrière.
À l'époque, Kevin Williamson redoute d'afficher ses sources d'inspiration. Il explique en 2023 dans Pride Source : “Je serais certainement plus courageux aujourd’hui. Je ne serais peut-être pas ce petit écrivain gay timide qui avait l’impression de ne pas pouvoir s’en tirer comme ça.” Mais son regard queer se retrouve aussi dans la figure de la final girl, la survivante des films d’horreur, qui est pour lui un miroir de l’expérience gay. “En tant qu’enfant homosexuel, je m’identifiais à elle et à son combat parce qu’il nous fallait également survivre, analyse-t-il dans le quotidien The Independent. Inconsciemment, je pense que les films sont des messages codés sur la survie gay.”
Vague de slashers
Le phénomène Scream est tel qu’il relance la mode des slashers, un sous-genre horrifique popularisé par Halloween de John Carpenter en 1978 avant de tomber en désuétude. Kevin Williamson en devient l’un des nouveaux maîtres. En octobre 1997, aux États-Unis, sort Souviens-toi… l’été dernier, autre grand succès dont il signe le scénario. Dans celui-ci, il s’inspire de son propre père, un ancien pêcheur, pour concevoir le personnage du tueur en ciré armé d’un crochet. Cette fois, pas de criminels homos à l’horizon, même si les apparitions de Ryan Phillippe et Freddie Prinze Jr. en débardeurs blancs suffisent pour susciter de nombreux éveils gays.
Les thrillers et films d’horreur nés sous sa plume se succèdent au cinéma. Parmi eux, The Faculty avec Josh Hartnett, Halloween: 20 ans après ou encore Mrs. Tingle, sa première réalisation adaptée de son tout premier script. Mais c’est sur le petit écran que Kevin Williamson conclut la décennie en beauté. Il crée Dawson, une série partiellement autobiographique diffusée dès 1998 et portée par James Van Der Beek - mort le 11 février dernier à 48 ans des suites d’un cancer.
Le résultat est un triomphe. Les adolescents du monde entier se passionnent pour les tribulations de Dawson, aspirant réalisateur, et celles de ses amis Joey (Katie Holmes), Pacey (Joshua Jackson) et Jen (Michelle Williams). Le scénariste souhaite introduire un héros gay dès la première saison mais n’ose pas franchir le pas, encore effrayé à l'idée d'assumer ses choix comme ce fut le cas pour son duo de tueurs quelques années plus tôt. Il faut attendre la saison 2 pour voir apparaître Jack McPhee (Kerr Smith). Le protagoniste est d'abord en couple avec Joey. “J’ai créé ce personnage sans dire à quiconque qu’il allait sortir du placard”, révèle-t-il à Entertainment Weekly.
Scénariste de l'adolescence
Le coming out se fait en deux temps. D’abord dans l’épisode 14, où Jack est forcé de lire un poème en classe dans lequel il révèle à demi-mot son attirance pour les personnes de même sexe. Puis vient l’épisode 15, le plus puissant. Coécrit avec Greg Berlanti – futur scénariste de Love, Simon, autre œuvre importante sur le coming out –, il met en scène la confrontation entre Jack et son père. La scène inscrit la série dans l’histoire de la représentation gay sur les écrans américains. Le premier baiser de Jack avec un autre garçon surviendra la saison suivante, à l’épisode 23.
Dans la suite de sa carrière, qui se déploie principalement sur le petit écran, Kevin Williamson signe un nouveau grand succès, Vampire Diaries, une série de 8 saisons lancée pour capitaliser sur le phénomène mondial Twilight en 2009. Il poursuit également son obsession pour les tueurs avec les séries The Following, Stalker et le film Sick, un nouveau slasher en temps de covid. S’il se raconte désormais avec des séries plus adultes – dernier exemple en date, The Waterfront sur Netflix –, le scénariste n’est jamais aussi bon que lorsqu’il écrit sur la jeunesse. Celle tiraillée entre ses peurs primales et ses nombreuses interrogations. Comme si Kevin Williamson était resté cet éternel adolescent passionné de films d’horreur.
Crédits photo : Paramount Pictures