spectacle"Ce soir j'ai de la fièvre…" : la mythique radio Fréquence Gaie reprend vie au théâtre

Par Tessa Lanney le 20/03/2026
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Présentée jusqu'au 4 avril au théâtre Paris-Villette, la pièce Ce soir j’ai de la fièvre et toi tu meurs de froid nous emmène dans les studios de Fréquence Gaie, référence de la radio libre dans les années 1980.

Avis aux nostalgiques de la verve des radios pirates. Au théâtre Paris-Villette, la pièce Ce soir j’ai de la fièvre et toi tu meurs de froid ouvre une capsule temporelle vers un soir de septembre 1989 pour la dernière d’une émission culte de la non moins mythique radio Fréquence Gaie : Lune de Fiel.

Écrite et mise en scène par Julien Lewkowicz, la création part d’un geste simple : un homme retrouve un vieux magnétophone et replonge dans le souvenir de cette émission diffusée à la fin des années 1980. Sur scène, où se croisent cinq interprètes (Laure Blatter, Sarah Calcine, Valentin Clabault, Guillaume Costanza et Julien Lewkowicz), archives sonores et fiction se mêlent pour en recomposer les coulisses dans un tourbillon d’appels d’auditeurs, de blagues salaces et de souvenirs militants.

Fréquence Gaie, les homos en FM

Créée en juillet 1981 lors de la légalisation des radios libres qui suivit l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, Fréquence Gaie (devenue Radio FG) fut rien de moins que la première radio FM homo en continu dans le monde, diffusant des voix gays et lesbiennes dans tout l’espace francilien. L'émission Lune de Fiel en incarne toute l’essence : un espace un peu bordélique, souvent drôle et parfois vulgaire, où la parole circule sans filtre. Alors que l’homosexualité reste largement taboue et que l’épidémie de VIH/sida décime une génération de gays, ces micros ouverts sont à la fois un refuge et un acte politique.

La mise en scène de Julien Lewkowicz restitue l’énergie communautaire de Fréquence Gaie avec une jubilation contagieuse. L’humour est frontal, libérateur. On parle de cul, de fantasmes mais aussi de solitude, sans honte et sans jugement. Quand le rire s’interrompt, affleure la peur du sida et l’angoisse de voir disparaître non seulement ses amis mais aussi cet espace fragile de liberté. La puissance émotionnelle du spectacle se nourrit de cette oscillation entre fête et inquiétude, dont on se dit en sortant qu’elle reste sans doute le fil rouge de la condition queer.

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Crédit photo : théâtre Paris Villette