Le gouvernement a confirmé à têtu· le net recul de la contribution de la France à la lutte mondiale contre le VIH/sida, qui la fait reculer de la deuxième à la cinquième place. En 2019, Emmanuel Macron tenait pourtant un discours d'urgence : "Nous n'avons pas le droit de ne pas être au rendez-vous."
On espérait encore un sursaut, en vain. Mi-février, franceinfo annonçait une réduction de 58% de la contribution française pluriannuelle au Fonds mondial, principal financeur des associations de lutte contre le VIH/sida. En l'absence de confirmation officielle, il était permis d'escompter une rectification d'ici au 7 avril, date à laquelle Emmanuel Macron doit ouvrir à Lyon le One Health Summit, sommet international sur la santé. Mais le ministère des Affaires étrangères confirme à têtu· cette coupe claire : "Au total, sur 2026-2028, la France a l'ambition de contribuer à hauteur de 860 millions d'euros au Fonds mondial et à Unitaid combinés", nous indique le Quai d'Orsay.
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C'est donc bien une réduction de plus de moitié (54%) de la contribution française qui est annoncée : lors du dernier cycle pluriannuel (2023-2025), la France s'était engagée à hauteur de 1,6 milliard d'euros rien que pour le Fonds mondial, en plus de 255 millions d'euros alloués à Unitaid. Explications du gouvernement : "De fortes contraintes pèsent actuellement sur nos finances publiques. Le gouvernement s’'st fixé pour objectif de contenir le déficit public à 5% en 2026, ce qui impose d'importants efforts budgétaires." Et le Quai d'Orsay d'assurer néanmoins : "La santé reste l’un des premiers secteurs prioritaires de notre politique d'investissement social et solidaire."
"Le triste chemin de Donald Trump"
"Une démission de la France", dénoncent dans un communiqué commun neuf associations de lutte contre le VIH. "La France abandonne et met à mort des millions de personnes", accuse Camille Spire, présidente d'Aides. "La France assume la pire coupe de tous les pays du G7 et déserte la lutte mondiale contre les pandémies et la santé mondiale", abonde Florence Thune, à la tête du Sidaction.
Du côté politique, l'Assemblée nationale a voté le 3 février, à l'unanimité des 135 votes exprimés, une résolution appelant au "maintien de la mobilisation financière (…) dans la lutte mondiale contre le VIH/sida". "J'espère que le gouvernement en prendra conscience et reviendra sur sa décision", plaide l'auteur de ce texte non-contraignant, le député socialiste Arthur Delaporte, co-président du groupe d'études sur le VIH, qui déplore : "Le gouvernement choisit de suivre le triste chemin de Donald Trump." Depuis le retour du président réactionnaire à la Maison-Blanche, la contribution des États-Unis, premier financeur mondial de la lutte contre le VIH/sida, est en effet passée de 6 milliards à 4,6 milliards de dollars, pesant lourdement sur les acteurs de terrain.
RIP la fin du sida en 2030
"Cette baisse est contradictoire par rapport à la place de la France dans la santé mondiale. Alors que nous avons toujours été moteurs, nous sommes désormais à la traîne", pointe auprès de têtu· Vincent Leclercq, directeur général de Coalition Plus, réseau d'une centaine d'organisations de lutte contre le VIH réparties dans 50 pays. Alors que la France était le deuxième contributeur mondial, elle rétrograde à la cinquième place, derrière les États-Unis, mais aussi l'Allemagne et le Royaume-Uni qui ne sont pas passés sous la barre du milliard d'euros, et même derrière la fondation Gates qui a promis 788 millions d'euros.
En 2019, quand la France avait accueilli à Lyon la sixième conférence de restitution du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme (son nom complet), le président Emmanuel Macron avait pourtant prononcé un discours très volontariste, considérant qu'il ne s'agissait "pas d'aider (mais) de décider, d'investir contre des injustices" et promettant : "L'objectif d'éradication en 2030, il est atteignable, il est atteignable si aujourd'hui nous sommes au rendez-vous de nos responsabilités. (…) Et nous nous n'avons pas le droit de ne pas être au rendez-vous."
"Qui peut encore croire à une fin de l'épidémie de VIH/sida en 2030 ? interpelle désormais l'association Actions Traitements. Ce qui était un objectif atteignable, il y a quelques années, est devenu impossible en un temps record. L'arrêt du financement de programmes vitaux par les États-Unis en 2025 et la décision française (…) laissent déjà entrevoir une reprise de l'épidémie dans certaines régions." Au total, le Fonds mondial de lutte contre le sida, qui espérait récolter 18 milliards de dollars de financement pour les trois ans à venir, devra se contenter de moins de 13 milliards.
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Crédit photo : Emmanuel Macron le 10 octobre 2019 à Lyon – Ludovic Marin / AFP