Dans un nouveau seul-en-scène aux airs de conférence, le comédien et humoriste Océan interroge les notions de sexe et de genre. Un spectacle ambitieux, drôle et radical, à voir en mars aux Plateaux Sauvages, à Paris, avant une tournée en France.
Océan est remonté sur scène. Pour son retour au spectacle vivant, après notamment sa web-série Autoportrait intime d'un homme trans, le comédien et humoriste, déjà auteur de La Lesbienne invisible puis de Chatons violents, a de nouveau choisi le format du seul-en-scène. Dans L'Infiltré, qu'il joue jusqu'au 20 mars aux Plateaux sauvages, à Paris, l'artiste transmasculin livre une sorte de conférence sur la transidentité et le genre qui mêle humour queer et sérieux militant de la démonstration.
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Chemise blanche, pantalon de costume et bombers : quand il débarque face au public, le comédien joue un professeur venu exposer ses recherches sur le dimorphisme sexuel. Il expose son intention : "Parler des hommes cisgenres, et pouvoir témoigner de ce que je vois et ressens maintenant que j’accède à leurs espaces de non-mixité, même si je ne l’entrevois que par fragments…" Sur le plateau, Océan joue de son corps et avec son corps, matière à images fortes, tout comme avec sa voix qui s'est progressivement transformée pendant sa transition, comme il le démontre dans un tableau hilarant avec un vocodeur.
"Les lions sont des énormes pédales"
Intersexuation "naturelle", transidentité qui existe depuis la nuit des temps et dans toutes les cultures, monde animal beaucoup moins binaire que Darwin ne le pensait… Dès l'introduction de ce seul-en-scène, Océan pose solidement les bases en ramenant les réacs à leur inculture paniquée dès lors qu'une personne ne rentre pas dans le tupperware que la société a prévu pour elle. Pédagogique sans être pesant, grâce à pléthore d'exemples et de nombreuses trouvailles scéniques, cette première partie savoureuse sur l’histoire des sexes et du genre installe une ambiance complice avec la salle.
Mais Océan est remonté, particulièrement en colère contre l'"ordre blanc et bourgeois" qu'il attaque dans le second segment du spectacle. Le militant ne s'embarrasse alors plus de la mesure, et dénonce en vrac les œuvres artistiques problématiques, les hommes violeurs ou agresseurs ou encore les violences policières. "Frère pote papa" : les hommes cis sont bien le problème, et même ceux qui se pensent déconstruits, martèle-t-il avant d'annoncer malicieusement qu'il a transitionné pour "grand remplacer" les masculinistes.
"Alors bien sûr je suis injuste, mais toujours moins que le patriarcat", admet-t-il à la fin d'une aventure qui, le soir de la première, a conquis la salle. Geste radical pour public acquis à sa cause, L'Infiltré ne cherche pas tant à convaincre qu'à secouer. Et pas que d'éclats de rire.
Crédit photo : Pauline Le Goff