Césarisée en 2025 pour son rôle dans L'Histoire de Souleymane, Nina Meurisse est à l'affiche de Julian, bouleversant drame amoureux sorti cette semaine. L'actrice évoque son personnage lesbien dans ce film mais aussi la dimension politique du cinéma.
Nina Meurisse sait choisir des projets qui ont du sens, et en récolte enfin les lauriers. L'an dernier, l'actrice originaire de Normandie a ainsi décroché le César du meilleur second rôle pour le multiprimé L'Histoire de Souleymane, de Boris Lojkine, réalisateur qui lui a avait déjà permis d'être nommée en 2020 parmi les espoirs féminins pour Camille, biopic de Camille Lepage, jeune photojournaliste tuée en 2014 en Centrafrique. La comédienne a aussi tourné devant la caméra de Céline Sciamma (Petite maman, 2021), joué pour Agnès Jaoui au cinéma comme au théâtre, ou encore dans des séries française remarquées comme B.R.I. ou Cœurs noirs. À 37 ans, la voici cette semaine à l'affiche de Julian, premier long-métrage de la réalisatrice belge Cato Kusters. Dans ce drame romantique inspiré d'une histoire vraie, elle incarne Fleur, une femme amoureuse qui se lance avec son épouse dans un projet original de voyage symbolique : s'unir dans chacun des 22 pays où le mariage homosexuel a été légalisé.
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Qu’est-ce qui t'a touchée dans le scénario de Julian ?
Nina Meurisse : C'est l'ampleur de l'amour entre les deux personnages. Au cinéma, on raconte souvent la naissance d'un amour, sa construction, les obstacles à surmonter… Dans l'histoire de Julian, l'amour est si fort que c'est lui qui tient les personnages debout dans les grandes épreuves, et qui rend la vie profondément vivante. Quand j'ai lu ce scénario, je travaillais sur la série Cœurs noirs, où je joue une militaire des forces spéciales qui combat Daech en Irak. Autant dire que ça m'a fait du bien de découvrir ce scénario, moi qui ai peu joué d'histoires d'amour. Et le fait qu'il s'agisse d'une histoire vraie a renforcé ce sentiment.
Tu as rencontré Fleur Priet, dont l'histoire vraie est à l'origine du film ?
Oui, Fleur était là dès le début du projet. Elle a été très présente tout au long du tournage, à la fois heureuse et nerveuse, parce que ce n’est pas la même chose d'écrire son histoire et de la voir en images. Elle a été extrêmement généreuse dans la manière dont elle partageait son intimité, dans les détails qu'elle nous donnait pour nous aider à comprendre son histoire. Sa présence a sans doute ajouté une forme de pression pour ne pas la décevoir, mais cette pression était bénéfique.
Comment as-tu abordé ce rôle lesbien ?
Pas différemment qu'un autre rôle, même si j'ai été attentive à la représentation, au fait de ne pas tomber dans des clichés, que ce soit dans le discours, les gestes ou les costumes. Nous avons beaucoup réfléchi à la scène de sexe, notamment. Il était important pour nous de montrer deux femmes face à face, dans une relation d'égalité, sans domination. Ce n'est pas une révolution, mais cela participe à déconstruire certains schémas. De manière générale, je fais attention à la représentation de la sexualité, y compris dans les couples hétérosexuels : éviter les automatismes, montrer aussi le plaisir sans forcément aller jusqu'à la jouissance, les maladresses…
Tu as été sensibilisée à ces questions dans ton éducation ?
J'ai grandi dans une famille très à gauche, très engagée, où participer à des manifestations faisait partie du quotidien. C'était un environnement très humaniste, qui cherchait à embrasser toutes les minorités. Cela a contribué à construire mon regard. La question LGBT était peut-être moins centrale à l’époque, mais je n'ai jamais fait de différence entre les gens. Au contraire, je cherchais toujours à voir comment chacun exprimait sa liberté.
Cette histoire lesbienne est d'ailleurs universelle…
J'aime l’idée que la fiction représente un monde où certaines choses sont acquises même si ce n’est pas encore totalement vrai. Je pense que montrer des histoires où les différences ne sont plus des barrières peut, à force et en douceur, influencer le réel. Pour moi, c’est une forme d'engagement politique, plus discret mais peut-être plus efficace que des films plus frontalement militants.
Ton précédent film, L'Histoire de Souleymane, qui t'a valu ton premier César, était fortement chargé politiquement. Choisis-tu tes rôles pour leur dimension politique ?
On me colle souvent cette étiquette, et j’aimerais m'en détacher. Je pense que je suis instinctivement sensible à cette dimension politique, mais ce n'est pas une volonté qui dicte mes choix de rôle. Le cinéma, c'est aussi s'éloigner du réel, créer de la poésie, proposer des imaginaires. Et même quand un film ne se veut pas revendicatif, il porte toujours une forme de message, ne serait-ce que par l'émotion qu’il provoque. Je pense que le cinéma ne doit pas être dogmatique, c'est sa diversité qui le rend riche. Et il ne faut pas opposer les formes : les films populaires permettent aussi de financer des films plus engagés. La culture doit rester ouverte, accessible.
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Crédit photo : Again Productions