polémiqueFini les couleurs LGBT et le 17 mai : la Ligue de football noie la lutte contre l'homophobie

Par Tessa Lanney le 27/04/2026
"Homos ou hétéros, on porte tous le même maillot"

La Ligue de football professionnel (LFP) renonce à participer à la Journée mondiale de lutte contre l'homophobie, abandonnant tout symbole LGBT pour une action sibylline contre "toutes les discriminations".

RIP les matchs du 17 mai dédiés à la lutte contre l'homophobie. Lassée de la polémique qui se répétait chaque année à cause de quelques joueurs incapables d'arborer un simple brassard ou badge aux couleurs de l'arc-en-ciel, la Ligue de football professionnel (LFP) a décidé de noyer le poisson. Le week-end du 24 avril, lors de la 31e journée de Ligue 1, a ainsi été inauguré un nouveau dispositif fourre-tout "contre toutes les formes de discriminations" (racisme, homophobie, sexisme…), consistant à floquer les maillot des joueurs des prénoms de 34 victimes de discrimination.

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"Un prénom, symbole d'une personne bien réelle ayant subi une discrimination", explique la LFP. Quelle discrimination ont donc subi ces "Jérémy", "Sofiane", "Laura" qui ornaient les maillots des joueurs ? On ne sait pas. Un "geste fort et symbolique", vante néanmoins la LFP, qui pousse encore le bouchon en assurant avoir souhaité, par cette reculade en règle, "mettre en lumière des victimes et donner une visibilité à des personnes trop souvent réduites au silence". La visibilisation des victimes par l'invisibilisation des discriminations qu'elles subissent, il fallait y penser.

Le foot gay divisé

"Jamais la lutte contre l'homophobie dans le football n'aura été à ce point maltraitée et ridiculisée", s'est insurgée l'association Rouge Direct au lendemain de cette vaste opération d'enfumage, fustigeant "une action bâclée", à une date qui "n'a aucune signification ou portée symbolique", pour un "message qui n'a aucun sens". En mars déjà, l'annonce de l'abandon des symboles arc-en-ciel, arborés depuis 2019 sur les terrains de football pour la Journée mondiale contre l'homophobie, avait provoqué un tollé parmi les associations : SOS homophobie, Stop homophobie, Panampride, la Fédération sportive LGBT+ et le Football club Paris Arc-en-ciel avaient dénoncé ce lâchage en règle de la cause par la LFP.

Reste que la LFP n'est pas responsable de la situation qui a mené à ce renoncement, fait valoir Yoann Lemaire, président de l'association Foot Ensemble, partenaire de la ligue pour l'organisation d'ateliers de sensibilisation et de lutte contre l'homophobie déployés dans les clubs. "Pendant longtemps, on a bassiné la LFP pour avoir les couleurs [arc-en-ciel] sur les maillots, a-t-il rappelé lors de la conférence de présentation du nouveau dispositifDepuis deux ans, on les bassine pour arrêter et faire autre chose." Référence à ce qui, de fait, était devenu le marronnier du 17 mai : combien de joueurs refuseront cette année de porter un symbole LGBT au nom de leur culture ou de leur religion ?

En 2022, Idrissa Gueye (PSG) ouvre le bal en se faisant porter pâle le 17 mai. L'année suivante, son exemple fait des émules : Mostafa Mohamed (Nantes) boude à son tour le match placé sous le signe de la lutte contre l'homophobie, de même que Donatien Gomis (Guingamp) et encore cinq joueurs de Toulouse. En 2024, Mohamed Camara reprend fièrement le flambeau en dissimulant le logo arc-en-ciel sur son maillot, ce qui lui vaudra quatre matchs de suspension. Las, l'année suivante Mostafa Mohamed réitère, déclarant : "Certaines valeurs profondément ancrées, liées à mes origines et à ma foi, rendent ma participation à cette initiative difficile." Et Yoann Lemaire de résumer : "Les polémiques commencent à user le milieu du foot. À cause de 5 ou 6 joueurs récalcitrants, il n'y a que des polémiques, même si la quasi-totalité des autres le portent. C'est bien de tenter autre chose avec cette campagne et voir ce que cela donne. C'est un pari." On aimerait partager ce bel optimisme.

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Crédit photo : Nicolas Tucat / AFP