parfum"Le Male" libéré : le parfum star de Jean Paul Gaultier fête aussi ses 30 ans

Par Lidia Ageeva le 08/08/2025
30 ans Le Male Jean Paul Gaultier

[Article à retrouver tout l'été dans le magazine des 30 ans de têtu·, ou sur abonnement] Né comme têtu· en 1995,  Le Male, parfum iconique de la maison Jean Paul Gaultier, s'est imposé comme un classique.

Photographie : Charles Vary pour têtu·

Jean-Paul Gaultier, l'enfant terrible de la mode, n'a pas bouleversé que les codes vestimentaires ; il a aussi redéfini ce qui fait un parfum masculin en créant Le Male, une légende, mais aussi l'une des fragrances les plus vendues de l'histoire.

Pour rendre hommage à cette icône pop et explorer la place de cette création olfactive dans l'imaginaire collectif, une exposition s'est tenue en juin dernier au Palais de l'avenir du prolétariat, siège de la maison JPG à Paris. Cet événement éphémère de trois jours a été orchestré par Thoaï Niradeth, qui a commencé sa carrière chez Gaultier il y a vingt ans et a créé, pour l'occasion, un labyrinthe des plaisirs en clin d'œil aux campagnes mythiques de la marque. On y a croisé les pièces iconiques des collections prêt-à-porter et haute couture – corsets, jupes, marinières – avec des expériences olfactives immersives qui permettent de ressentir chaque ingrédient du Male.

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Des œuvres d'art spécialement créées ou sélectionnées pour l'occasion illustraient les liens entre la maison et les artistes. Le designer russe Harry Nuriev, expert du détournement, a imaginé une salle tapissée de canettes en hommage au packaging reconnaissable entre mille du Male. L'artiste catalan Pepo Moreno, connu pour sa célébration satirique des stéréotypes gays, a, lui, recréé une backroom rouge vif. L'auteur-compositeur palestinien Bashar Murad a présenté un clip, le photographe égyptien Mahmoud Khaled a exposé une série de photos, tandis que l'artiste iranien Alireza Shojaian a dévoilé une œuvre sur la diversité des corps masculins. Enfin, le Londonien M Lissoni a présenté un triptyque de ready-made autour du poppers et d'autres objets de désir. Une salle a également mis à l'honneur de jeunes artistes LGBTQI+ venus d'horizons différents. "Quand on les a contactés, tous ont dit oui immédiatement, souligne Thoaï Niradeth. Ils ont grandi avec Le Male, pour eux Jean-Paul est une idole."

Et pour montrer que Le Male continue de séduire toutes les générations, une salle spéciale a présenté des photographies du flacon prises par des étudiants de l'École cantonale d'art de Lausanne (en Suisse) et de celle de Penninghen, une école parisienne d'architecture intérieure et de communication. Parce qu'on a tous en nous quelque chose du Male.

Le Male en nous

Comme toutes les grandes histoires de légendes, celle-ci est parsemée d'anecdotes magiques. "Ce n'est pas juste mon premier best-seller, c'est le premier parfum que j'ai composé, c'est celui qui a lancé ma carrière, confie Francis Kurkdjian, le nez qui a imaginé Le Male, aujourd'hui directeur de la création parfum pour Christian Dior et à la tête de sa propre maison. C'est une histoire complètement folle. Improbable, romanesque. Quand je la raconte à mes élèves, ils n'y croient pas. Ils pensent que je suis mythomane."

À l'époque, la marque a déjà un parfum culte au flacon féminin, Classique, inventé par Jacques Cavallier-Belletrud, et veut créer son pendant masculin. Chantal Roos, présidente des parfums Jean Paul Gaultier, confie l'idée au jeune Francis Kurkdjian, encore apprenti. Trois semaines, 200 essais et trois propositions plus tard – Bain de minuit, Hot couture et New beat –, Le Male était né. Inspiré par la boîte de nuit Le Boy, temple des nuits technos de la rue Caumartin, à Paris, le troisième jus séduit immédiatement Chantal Roos, puis Jean-Paul Gaultier. Six mois plus tard, il est rebaptisé "Le Male" (sans l'accent circonflexe de "mâle", ce qui lui permet de rester le même partout dans le monde).

"Le Male est devenu une icône parce qu'il racontait une histoire singulière sur la masculinité."

Une lavande classique, twistée par du cumin pour évoquer la sueur désirable, sexy, sensuelle, des garçons collés sur la piste jusqu'au bout de la nuit. On y ajoute la cannelle pour l'effet gourmand, la menthe pour la fraîcheur, et une dose généreuse de vanille pleine de sensualité et de nudité – du jamais vu dans les parfums dits "masculins" de l'époque. "Ce qui m'a guidé, c'est l'histoire, explique Francis Kurkdjian. On voulait créer une sensation, un parfum qui incarne la sensualité et la sexualité." En 1995, Le Male propose une nouvelle image de l'homme, loin des archétypes virils. "On s'adressait aux hommes à qui l'on disait qu'ils avaient le droit d'avoir du féminin en eux. Chez Gaultier, l'homme est comme une statue grecque, viril mais presque à la limite de la féminité. Un symbole mais aussi un objet de séduction." Un parti pris audacieux, signature de la maison et un succès immédiat. "Le Male est devenu une icône parce qu'il racontait une histoire singulière sur la masculinité. Il y avait le flacon hors norme, la boîte de conserve, le sillage enveloppant, analyse Francis Kurkdjian. Quand on porte Le Male, on s'affiche, c'est une déclaration."

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