La kétamine circule largement, souvent sans information claire sur ses effets ni ses dangers. Sans alarmisme ni stigmatisation, des professionnel·les de santé alertent sur les dangers liés à une consommation répétée et rappellent l'importance de la réduction des risques.
"Special K", "K", "kéta" : des free parties aux plans chemsex, l’usage détourné de la kétamine s’est largement répandu au cours des dernières années. Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives, près des 3 % des adultes en France l'ont déjà essayée cet anesthésiant puissant recherché pour ses effets euphorisants. Désormais accessible et très présente dans les milieux festifs, cette drogue suscite l’inquiétude des professionnel·les de santé car la répétition des prises peut provoquer des atteintes sévères, parfois irréversibles. De l’importance d’une bonne information pour réduire les risques de sa consommation.
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Utilisée depuis les années 1960 comme médicament anesthésique, notamment en médecine vétérinaire et en anesthésie humaine, la kétamine a progressivement fait son entrée dans les usages dits "récréatifs". En dehors d’un cadre médical, elle est prisée pour ses effets attendus de désinhibition qui vont avec l’altération des perceptions corporelles, la dissociation et l’atténuation de la douleur – des propriétés qui la rendent courante en contexte de chemsex, particulièrement lors de pratiques "hard".
K-holes et séquelles
Mais ce n’est pas parce qu’elle est utilisée en médecine que son usage récréatif est sans danger. À court terme, la kétamine expose à plusieurs risques : bad trips avec crises d’angoisse, hallucinations et bouffées délirantes ; en cas de dose importante et/ou d’association avec l’alcool, elle peut provoquer un "K-hole", caractérisé par une perte totale de repères, l’impossibilité de parler ou de bouger, des hallucinations intenses et angoissantes. Ce type d’expérience peut entraîner des pertes de mémoire, des troubles cognitifs ou de l’humeur, qui mettent parfois plusieurs jours à se dissiper. Il faut aussi considérer les blessures et les accidents liés à ses effets anesthésiants – faute de ressentir le signal qu'est la douleur, on risque davantage de se faire mal. On se souvient aussi de la mort de la drag queen The Vivienne à la suite d’un arrêt cardiaque lié à sa consommation de kétamine.
Quant à l'idée que la kétamine ne provoquerait pas de phénomène d’addiction, la Pr Joëlle Micallef, du Centre d'évaluation et d'information sur la pharmacodépendance et l'addictovigilance (CEIP-A) Paca-Corse et de l'AP-HM (Assistance publique – Hôpitaux de Marseille), la bat en brèche : "Il existe bien sûr un risque de dépendance, avec le besoin d’augmenter progressivement les doses et une envie irrépressible de consommer." À l'instar de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, qui a publié cet été un communiqué sur le bon usage de la kétamine, elle met également en garde contre un effet secondaire aussi méconnu que grave, et en nette augmentation : les atteintes urinaires et rénales. "La kétamine détruit la vessie. Nous avons eu des cas d’atteintes extrêmement graves où la taille de la vessie est divisée par dix, ce qui est extrêmement invalidant", explique-t-elle. Dans les cas les plus sévères, il faut parfois retirer la vessie et en reconstruire une avec un segment d’intestin. "Voir ça chez des usagers de 25 ans, c’est dramatique", déplore la spécialiste. À ces lésions s’ajoutent parfois des douleurs abdominales aiguës, qui alimentent à leur tour le cycle de l’addiction – certains consomment pour calmer la douleur – ainsi que des atteintes du foie.
Comme pour toute consommation de drogue, les pratiques de réduction des risques sont donc essentielles. "Il faut éviter de consommer seul et de mélanger les substances. Il est également essentiel de contrôler les doses car contrairement aux opioïdes, il n’existe pas d’antidote aux surdoses de kétamine, et enfin de s’assurer de la composition et de la pureté de ce que l’on consomme", énumère Joëlle Micallef, insistant sur l’importance d’analyse ses produits. Quand la consommation devient quotidienne et solitaire, il est crucial de pouvoir accéder à une aide bienveillante et non stigmatisante, qu’elle vienne de groupes de pairs (forums psychoactif.org ou psychonaut.fr), d’associations communautaires (Chempause, dispositifs d’écoute et de soutien chemsex de AIDES) ou de professionnels de l’addictologie (Checkpoints, CAARUD, CSAPA).
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