[Interview à retrouver dans le magazine de têtu· de l'automne, ou sur abonnement.] Malgré l'interdiction de toute Pride LGBT en Hongrie, le peuple de Budapest s'est levé en juin, répondant au durcissement de l'homophobie d'État par la plus grande marche des Fiertés de son histoire. Et ce, avec le soutien de son maire, l'écologiste Gergely Karácsony. Entretien.
Photographie : Xavier Murillon pour têtu·
Après le succès retentissant de la Pride de Budapest, et alors que des élections législatives sont prévues en Hongrie pour le printemps 2026, Gergely Karácsony, maire écologiste de la capitale hongroise, a été convoqué par la police pour répondre de son soutien à la manifestation LGBT+ interdite par le pouvoir en place.
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- Qu’avez-vous ressenti devant le succès inespéré de la marche des Fiertés de Budapest en juin dernier ?
Cette marche des Fiertés a été l’une des expériences les plus inspirantes et émouvantes de ma vie. Plus de 200.000 personnes sont venues dire non seulement leur soutien aux personnes LGBTQI+, mais aussi que le gouvernement hongrois n’a plus aucun pouvoir sur le peuple et que sa propagande est vaine. C’est cohérent avec les sondages qui montrent que les Hongrois sont de plus en plus acceptants à l’égard des personnes LGBTQI+.

- Comment avez-vous décidé de soutenir activement cette manifestation pourtant interdite par le pouvoir de Viktor Orbán ?
Dès le début, il était évident que nous n’aurions pas peur, et que nous organiserions la Pride d’une manière ou d’une autre. Car quand, dans un pays, un groupe minoritaire est attaqué, c’est toute la société qui est attaquée. Mon rôle de maire est de me mobiliser pour protéger ceux qui en ont besoin, à tout moment et en toutes circonstances. Les gens m’ont fait confiance pour défendre leurs droits et pour que je lutte contre la répression. C’est l’essence même de la démocratie.
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- Vous avez ensuite été entendu par la police. Craignez-vous des répercussions, puisque la nouvelle loi hongroise prévoit un an de prison pour l’organisation d’une manifestation publique LGBT ?
Mon audition par la police servait clairement des intérêts politiques, et était dénuée de tout fondement juridique. Je n’ai absolument pas peur.
- Vous avez été reçu par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. L’Union européenne dispose‑t‑elle, selon vous, de suffisamment d’outils pour protéger la démocratie en son sein ?
Ursula von der Leyen a exprimé sa solidarité et un soutien sans faille. La solidarité des institutions européennes est importante. Cependant, la démocratie hongroise ne peut être restaurée que par le peuple hongrois. À mon avis, il est primordial que notre société comprenne que c’est aux citoyens de recouvrer leurs droits ; ce n’est pas à une institution, à une puissance étrangère ou à un quelconque acteur extérieur qu’il revient de le faire. L’espoir d’un changement de régime, au printemps prochain, n’a jamais été aussi grand.
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