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rencontreMaïa Mazaurette, fan d'érotisme gay : "Le désir, c'est un truc de révolte"

Par Tessa Lanney le 24/09/2025
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[Article à retrouver dans le magazine de têtu· de l'automne, ou sur abonnement.] Les femmes peuvent-elles fantasmer librement ? Avec son dernier livre Maison Close, Maïa Mazaurette démonte les scripts sexuels hétéros et injecte du gay dans l'imaginaire érotique féminin.

"Le désir, c’est un truc de révolte. Dans cette société, on a tout intérêt à créer nos propres règles.” En deux phrases, Maïa Mazaurette résume bien la marque de fabrique qui a fait d’elle l’exploratrice du sexe la plus connue de notre ­paysage médiatique. Chroniqueuse sexo du Monde, ainsi que dans l’émission Quotidien, sur TMC, essayiste, romancière, autrice de BD, cette vulgarisatrice hors pair ausculte depuis vingt ans notre relation au désir, au genre, au corps et à l’imaginaire érotique. Un travail qu’elle poursuit avec Maison close, son nouveau livre paru aux éditions Anne Carrière, naviguant entre autofiction et fable féministe pour sonder les angles morts de la sexualité contemporaine. Et ce, avec l’aisance de quelqu’un qui a pris l’habitude de composer avec son imaginaire – ses dessins illustrent le livre – et qui sait que le désir est un langage symbolique, pas une feuille de route éthique.

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Via la métaphore de la maison close comme un huis clos de nos désirs, la sexperte nous invite à sortir de notre zone de confort et des sources d’excitation toutes faites pour nous connecter à notre propre libido. “Je l’ai conçu comme une boîte à outils pour créer son propre univers, comme on le ferait avec une maison de poupées”, explique-t-elle. Une nécessité face à la pauvreté de l’imaginaire sexuel proposé, en particulier aux femmes hétérosexuelles.

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“J’ai grandi dans les années 80, avec l’image d’une sexualité féminine très passive, reprend-elle. Selon les magazines féminins, il suffisait d’écarter les jambes… Ça ne me correspondait pas, j’avais besoin d’être dans l’action.” Dans la décennie suivante, quand les boys bands font fureur (lire notre numéro de l’été), Maïa lorgne sur cette masculinité sculptée et huilée. Mais on lui fait vite comprendre que “regarder les mecs, apprécier leur sensualité, c’est pour les débiles”, les groupies superficielles. À la puberté, elle achoppe sur les injonctions qui pèsent sur son genre : “Je ne pouvais pas me projeter dans un corps féminin. À 14 ans, je voulais être un garçon.” En réalité, elle comprend à la lecture du Deuxième Sexe, de Simone de Beauvoir, qu’elle ne veut simplement pas de la vie à laquelle on destine les filles.

Codes gays

De fait, les femmes hétéros ne sont pas encouragées à vivre ce qui les excite. L’univers fantasmagorique gay, en revanche, est foisonnant et efficace. Fascinée par ses représentations, la jeune Maïa enchaîne les coups de cœur sur les chevaliers tirés d’heroic fantasy à la Donjons et Dragons, les cyborgs de jeux vidéo de science-fiction et, surtout, les personnages des mangas gays, les yaoi. “Ces histoires entre mecs longilignes aux cheveux longs [des twinks, en somme, ndlr.] me faisaient baver, parce que je n’avais pas encore accès à la sexualité. Je trouvais ça trop cool !” Les codes gays lui parlent autant pour leur esthétique que pour leur esprit de trans­gression. À travers les dessins du mangaka Gengoroh Tagame, elle développe un amour pour les corps massifs et ronds, musclés et poilus… bref, le bear par excellence.

Dans les fantasmes de Maïa, il y a des marins, des boxeurs, des flics, des branleurs de vestiaire, des brutes au cœur tendre, des hooligans en jogging sale et au torse parfait… C’est tout un casting mental nourri par des décennies d’imaginaire gay, qui assume de faire des hommes des figures fétichisées, stylisées, découpées comme dans une série d’Helmut Newton ou un clip de Madonna, période Erotica. Cliché ? Pas plus que de réduire le désir féminin à une sapiosexualité qui ignorerait l’attrait physique des corps. “Juste la peau, ça me suffit”, revendique-t-elle au contraire avec malice, consciente que ce positionnement est “un peu provocateur, féministiquement parlant”.

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"La sexualité n’est pas le bon endroit pour payer ta culpabilité."

“On impose aux femmes de faire preuve d’un bodypositivisme forcé, mais les hommes, eux, ne sont ­jamais concernés”, signale-t-elle. Soucieuse d’une représentation plurielle des corps et des sexualités, elle conteste toutefois l’injonction nouvelle à ­rééduquer politiquement son désir : “Je ne désire pas de manière indiscriminée, et je n’ai pas besoin que mes fantasmes soient cohérents avec mon éthique ni avec mes engagements politiques. La sexualité n’est pas le bon endroit pour payer ta culpabilité.” Avant toute chose, insiste-t-elle, il s’agirait déjà d’accepter son propre désir, dans son étendue, mais aussi ses limites : “Si l’on veut être juste envers soi-même, on va peut-être parfois être injuste envers les autres. Être sincère d’abord, politique ensuite.” Derrière cette parole libre, il y a une vision exigeante du respect de soi, pas dans le sens moralisateur, mais dans celui d’un consentement véritable, y compris et avant tout avec soi-même.

Assumer ses désirs, oser l'égoïsme

Vous l’aurez compris, Maïa Mazaurette assume ses fantasmes, et encourage vivement ses lectrices à faire de même. Oser l’égoïsme reste néanmoins, elle le sait, plus facile à dire qu’à faire. “Quand la sexualité n’est plus sous perfusion extérieure, tu en es responsable”, observe-t-elle. Fini, alors, l’alibi de la page d’accueil de Pornhub : accueillir son fantasme, même honteux, c’est déjà commencer à s’écouter plutôt que se juger, plaide-t-elle : “C’est comme ça que je peux les vivre, les comprendre, les savourer, les déplacer parfois, les déconstruire aussi.”

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Un renversement de perspective libérateur qui autorise la contradiction, la tension, le trouble. Ce moment où le corps dit : “Je veux ça… mais ça me fout un peu mal aussi.” Un état que l’autrice ne cherche pas à fuir : “On peut avoir des fantasmes de domination, de soumission, de violence, de situations totalement absurdes ou immorales, sans que ça veuille dire qu’on cautionne ça dans la vraie vie, rappelle-t-elle. Ça vient souvent toucher quelque chose de profond, parfois d’enfoui, de non résolu.” Ses contradictions, elle les vit dans des lieux pensés pour cela, comme cette maison close féministe imaginaire, dont le cadre permet justement de ne pas plaquer ses désirs sur des personnes qui n’ont rien demandé. Au fond, Maison close dit une chose simple et rare : nos fantasmes nous regardent. Et ne pas, en retour, les regarder en face, c’est se fuir un peu soi-même. En les accueillant, en les nommant, en les dépliant, on se donne une chance de vivre une sexualité ­lucide, riche, dérangeante – vivante.

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Crédits : Aglaé Bory/ Maïa Mazaurette