justiceHarcèlement de l'autrice queer Rébecca Chaillon : 7 internautes jugés

Par têtu· avec AFP le 27/10/2025
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À la suite de posts d'élus d'extrême droite sur les réseaux sociaux, l'autrice et metteuse en scène Rébecca Chaillon avait été victime en 2023 d'une vague de cyberharcèlement. Sept personnes accusées d'y avoir participé ont comparu devant le tribunal à Paris.

En juillet 2023, alors que sa pièce Carte noire nommée désir, présentée au Festival d'Avignon, était saluée par la critique, l'autrice et metteuse en scène lesbienne et noire Rébecca Chaillon a été victime d'une vague de cyberharcèlement raciste, sexiste et grossophobe. Deux publications, de l'ancien eurodéputé d'extrême droite Gilbert Collard et de l'ancien candidat à l'élection présidentielle Éric Zemmour, ont servi de catalyseur à ce déferlement de haine en ligne. Sans même avoir vu le spectacle qui interroge la place des femmes noires dans la société, et sur la base d'une seule photo où l'on voit des poupons blancs et métis embrochés sur un balai, le premier avait dénoncé un "racisme anti-blanc" et le second une volonté de "génocider les blancs".

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S'est ensuivi un violent cyberharcèlement dont Libération rappelle quelques bribes : "Je lui mettrai bien la mâchoire sur le trottoir comme dans américain history x", "Il ne reste pas un petit stock de napalm quelque part ?", "Elle a dû oublier que mon grand-père fouettais le siens dans les champs de cotons !" (sic), etc. Des propos au "racisme décomplexé", pointe l'avocat de Rébecca Chaillon, Raphaël Kemp, et qui ont amené l'artiste à déposer plainte contre X pour cyberharcèlement et apologie de crimes contre l’humanité.

Racisme et dénégations

Accusés d'avoir participé à cette vague de haine, sept prévenus âgés de 45 à 70 ans ont comparu ce mercredi 22 octobre devant la 17ème chambre du tribunal correctionnel de Paris. Parmi eux, Florence, 70 ans, qui avait écrit à la lecture du post de Gilbert Collard que "la peau des corps de ces pseudos artistes vont nous servir de tapis pour marcher sans salir nos semelles". Cette dame, qui assure "avoir toujours fait de la provoc", ne voit "rien d'haineux" dans son message et tente de se justifier : "Un tapis est généralement doux et sensuel." Par le passé, elle souhaitait déjà "guillotiner" la maire de Paris, Anne Hidalgo.

Marc, 64 ans, affirme quant à lui s'être exprimé "à chaud" en tombant sur la photo du spectacle postée sur un groupe Facebook intitulé "Fier d'être français" : "Foutez-moi toute cette merde hors de mon pays", avait-il écrit. Pour sa part, Philippe, 69 ans et juge bénévole au tribunal de commerce, "revendique la provocation". Cela ne l'empêche pas de rejeter la faute sur le réseau social X (ex-Twitter) qu'il accuse de "manipule[r] ses utilisateurs en les provoquant". À l'issue de l'audience, des peines de 3 à 6 mois d'emprisonnement avec sursis ont été requises.

Soutien d'Adèle Haenel

Les insultes et leur répétition ont eu des conséquences sur la santé de Rébecca Chaillon : tachycardie, insomnie, peur d'être agressée et même de s'approcher de son téléphone… "Je ne sais pas si c'est réparable", a-t-elle témoigné lors de l'audience à laquelle a assisté l'Agence France-Presse (AFP).

Dans un texte traduit en anglais sur Instagram, l'actrice et metteuse en scène lesbienne Adèle Haenel appelle à "ne pas se cantonner à une réponse judiciaire" : "À ce que cette violence dit, nous devons répondre en mettant en place des moyens concrets qui mettent au centre du plateau et des regards, des œuvres qui parlent d'un monde pluriel, et notamment des œuvres qui questionnent et transforment notre regard imbibé de colonialité", appelle-t-elle de ses vœux. En attendant, le délibéré doit être rendu le 16 décembre.

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Crédit photo : capture d'écran YouTube / Szenik

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