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cinémaJean-Hugues Anglade : "'L'homme blessé' était un film courageux"

Par Franck Finance-Madureira le 04/11/2025
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[Portrait à retrouver dans le magazine de l'automne ou sur abonnement.] Dans le long-métrage de Patrice Chéreau sorti en 1983, Jean-Hugues Anglade incarne un jeune prostitué qui s’éprend d’un homme plus âgé dans le monde d’avant le sida. Quarante-deux ans plus tard, l’acteur revient sur ce film phare du cinéma gay qui ressort en salles ce mercredi 5 novembre.

Quand sort L’Homme blessé, en 1983, le film bouleverse les représentations habituelles de l’homosexualité masculine à l’écran. Coécrit avec Hervé Guibert, le troisième long-métrage de Patrice Chéreau met en scène Henri, un jeune homme qui tombe amoureux d’un homme plus âgé sur fond de prostitution masculine et de marginalité dans un Paris pré-sida. Dans le rôle d’Henri, un jeune acteur d’une vingtaine d’années crève l’écran. Avec Subway, Nikita et surtout le mythique 37°2 le matin, Jean-Hugues Anglade deviendra très vite le comédien culte de toute une génération. À l’occasion de la ressortie en salles du film qui l’a lancé, il a accepté, à 70 ans, de revenir sur ses souvenirs du tournage.

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  • Quand Patrice Chéreau vous choisit pour incarner le protagoniste de L’Homme blessé, vous sortez tout juste du conservatoire…

J'avais 27 ans, et j’éprouvais une passion pour Patrice Chéreau. J’étais fasciné par son côté rock'n'roll ; il était une sorte d’enfant prodige du théâtre. Dès que je suis arrivé à Paris, j’ai voulu le rencontrer. J'ai d’abord parlé avec son chef machino, puis Patrice a accepté de me rencontrer, m'a emmené dans une loge et m'a offert une cigarette, mais j'ai été incapable d’ouvrir la bouche. Je suis rentré chez moi en me disant : "Ben voilà, j’ai raté ma rencontre avec Patrice Chéreau !" Mais nous nous sommes revus et, un jour, il m’a proposé de m’engager sur L’Homme blessé, même si le personnage était censé avoir 17 ans. Il était sur ce projet avec Hervé Guibert depuis 1976, je crois.

  • Vous avez rencontré Hervé Guibert pendant les préparatifs ?

Je le croisais régulièrement dans l’escalier de l’immeuble de Patrice ; il avait une tête d’ange, avec ses cheveux bouclés tout blonds et ses yeux bleus. Très beau gosse ! Il n’y a pas eu d'accointances énormes, parce que Patrice et lui avaient une relation très exclusive. Moi, j'attendais simplement que les choses se fassent. On a commencé à tourner le lundi 19 juillet 1982 ; je m'en souviens très bien parce que Patrick Dewaere s'était suicidé trois jours plus tôt.

  • Quels souvenirs gardez-vous de ce tournage, plus de quarante ans plus tard ?

Un souvenir plutôt mitigé ; je redoutais de jouer ce personnage qui exigeait une grande implication de ma part. Je ne suis pas homosexuel, j’appréhendais un peu. Mais Chéreau s’est montré affectueux et extrêmement vigilant.

  • Vous vous sentiez proche de ce personnage, avec ses fragilités ?

J’étais jeune, en devenir si l’on peut dire, et je comprenais bien la tristesse et la solitude de ce personnage, le contexte dans lequel il vivait et son envie de fuir, de prendre son envol. À cette époque où l’homosexualité était encore très taboue, le fait d’aller dans ces gares, de rencontrer Jean, cet homme qui devient mon "mac" et dont je tombe follement amoureux, me donnait l’impression de trouver ma liberté. Mais Henri est vulnérable, car il n’a pas complètement conscience de l’environnement dans lequel il évolue, ce monde très fermé, difficile. Avec le recul, je pense que nous avons été courageux de faire ce film-là à ce moment-là.

  • C’était aussi votre premier grand rôle au cinéma, avec un tapis rouge à Cannes, votre première nomination aux César en tant qu’espoir…

Oui, j’avais tout donné sur L’Homme blessé et j’étais persuadé qu’il n’y aurait pas d’autre film ! C’est un très beau début de carrière, je serais vraiment ingrat de ne pas le reconnaître. J’étais très heureux d’aller à Cannes, je découvrais tout. Et j’ai même failli avoir le prix d’interprétation, mais c’est Gian Maria Volonté qui l’a eu, et Richard Anconina a eu le César pour Tchao Pantin… Je n’ai pas trop de chance avec ces trucs-là, j’ai été nommé sept fois aux César, je crois, et je ne l’ai eu que pour un second rôle [en 1995, pour La Reine Margot, de Patrice Chéreau, ndlr.]. Mais ce film m’a permis de recevoir une proposition de Luc Besson pour Subway.

  • Savez-vous si Patrice Chéreau a mis beaucoup de son expérience personnelle dans ce film ?

Il avait en lui une arrière-pensée : il ne voulait pas faire un film sur l’homosexualité, mais un film sur l’amour universel. Il n’était pas très engagé dans le mouvement gay ; il ne voulait pas être le porte-parole de la communauté, mais raconter cette condition à sa manière. Il ne parlait pas de la façon dont il allait mettre en scène. Il ne me parlait pas non plus de mon personnage et me laissait le jouer comme je l’entendais. J'avais ­parfois des frayeurs, parce qu’il y avait des choses très dures à faire, notamment les embrassades ou les scènes de violence dans les toilettes. Mais il pouvait être très ferme, et quand je lui faisais part de mes peurs, il me disait : "Écoute, tu as lu le scénario, tu as signé, donc tu joues la scène."

  • Vous évoquiez le courage de raconter cette histoire à cette époque. Vous n’avez jamais hésité à accepter ce rôle ?

Non, je l’ai pris comme une chance formidable de travailler avec un grand metteur en scène, malgré la difficulté de ce personnage. C’était quand même une très grande chance que de travailler avec Patrice pour faire un très beau film qui, en plus, se retrouve au Festival de Cannes. C’était aussi, et surtout, très subversif pour l’époque. Cela reste un très grand film de Chéreau, un peu comme Les Quatre Cents Coups pour Truffaut, même si ces deux films n’ont rien à voir.

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Crédit photo : Pauline Darley

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