écoleCaroline Grandjean : l'Éducation nationale reconnaît une "défaillance institutionnelle"

Par Nicolas Scheffer le 06/02/2026

Un rapport administratif interne à l'Éducation nationale reconnaît que "l'institution n'a pas toujours fait bloc" avec Caroline Grandjean, l'enseignante qui s'est donné la mort dans le Cantal en septembre 2025 après avoir été la cible d'un corbeau lesbophobe.

Près de six mois après le suicide de Caroline Grandjean-Paccoud, l'Éducation nationale livre les conclusions de son enquête administrative. Le 1er septembre 2025, l'enseignante de 42 ans s'est suicidée après avoir été la cible, entre la fin 2023 et l'été 2024, de tags et messages anonymes homophobes dans l'école qu'elle dirigeait à Moussages, village situé dans le Cantal. Ouverte dès les premiers faits, l'enquête judiciaire avait dû être classée sans suites au printemps 2025 "en l'absence de faits nouveaux", selon les mots du parquet. Ce vendredi 6 février, l'Éducation nationale a communiqué les conclusions du rapport d'inspection administrative qu'elle a diligenté.

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Si le ministère refuse de communiquer le document à la presse, le compte-rendu qui en a été livré pointe "le sentiment éprouvé par l'enseignante que l'institution n'a pas toujours fait bloc avec elle face aux conflits avec certains parents". Dans notre longue enquête publiée dans le numéro de têtu· actuellement en kiosques, nous évoquions ces difficultés ainsi que le sentiment d'injustice éprouvé par l'enseignante face aux réactions de sa hiérarchie. Lequel est reconnu par le rapport : "L'enquête pointe notamment (…) des décisions administratives vécues comme des injustices, par exemple s’agissant du refus d'attribuer une bonification de points liée à son handicap (RQTH) pour sa mobilité", poursuit le ministère de l'Éducation.

Caroline Grandjean a manqué de soutien

Au printemps 2025 en effet, l'enseignante, alors en arrêt maladie depuis plusieurs mois et reconnue travailleuse handicapée, demande à être affectée à un autre établissement, mais les places sont rares dans ce département rural. "Ce refus, fondé sur une lecture stricte des règlements, a privé Mme Grandjean d'une forme de reconnaissance et de soutien institutionnel dont elle avait besoin à ce moment-là", reconnaît le rapport d'inspection qui admet de ce point de vue une "défaillance institutionnelle".

Dans la même période, l'inspectrice d'académie dépose même plainte contre une bande dessinée dans laquelle Caroline Grandjean témoignait de son malheur : elle obtient dans ce cadre la protection fonctionnelle de l'académie, c'est-à-dire la prise en charge par l'Éducation nationale de ses frais de justice. Relancé par têtu· sur ce point, le ministère n'a pas apporté d'éclairage.

Plainte pour harcèlement

"À la lumière de ces conclusions, et conformément aux recommandations de la mission, poursuit le rapport, le ministère va renforcer la formation de ses cadres à la gestion des situations de détresse psychologique." Et de développer cette promesse : "L'objectif est de garantir qu'à l'avenir, nos processus RH ne soient pas seulement réglementaires, mais traités avec toute l'humanité et le discernement requis."

Christine Grandjean-Paccoud, la veuve de Caroline, a rapidement réagi à ces annonces, faisant part auprès de l'Agence France-Presse (AFP) d'un "sentiment de satisfaction que l'Éducation nationale reconnaisse une défaillance". Elle regrette cependant que "des responsables" ne soient "pas reconnus dans le rapport". Et d'affirmer : "Bien sûr qu'il y a des responsables, mais on ne lâche rien. Mon avocat fera le reste au pénal pour qu'ils soient reconnus et qu'il y ait un procès." Elle a déposé en ce sens une plainte pour "harcèlement" contre l'Éducation nationale.

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Crédit photo : Jérémie Fulleringer pour têtu·