Cannes"Teenage Sex and Death…" Gillian Anderson dans un film d'horreur lesbien

Par Florian Ques le 14/05/2026
teenage sex and death at camp miasma,film horreur,festival de cannes,gillian anderson,jane schoenbrun

Après I Saw the TV Glow, Jane Schoenbrun s’approprie le sous-genre horrifique du slasher avec Teenage Sex and Death at Camp Miasma. Présenté au Festival de Cannes, ce récit dense et souvent drôle interroge notre rapport aux fantasmes. Un vrai plaisir de cinéma.

En 2024, peu de temps après la sortie de son deuxième long-métrage I Saw the TV Glow, Jane Schoenbrun nous mettait l'eau à la bouche en décrivant son projet suivant comme un Portrait de la jeune fille en feu qui se déroulerait… dans la saga d'épouvante Vendredi 13. Deux ans plus tard, le film en question fait l'ouverture de la section "Un certain regard" du Festival de Cannes 2026, et force est de constater que ce n'était pas une parole en l'air : Teenage Sex and Death at Camp Miasma est bien une lettre d'amour démentielle aux slashers des années 80, sous couvert d'une passion dévorante entre deux personnages féminins.

Kris, jouée par Hannah Einbinder (Hacks), est une jeune réalisatrice choisie pour relancer la franchise horrifique Camp Miasma, série culte des eighties entachée par des suites de plus en plus nanardesques. Pour concevoir ce reboot, elle décide de faire appel à Billy Presley (incarnée par Gillian Anderson), la star du volet originel qui s'est retirée de l'industrie hollywoodienne et vit recluse dans l'ancien camp de vacances niché dans la nature enneigée où avait été tourné le premier opus. Les choses ne se passent pas comme prévu, et Kris tombe sous le charme de la starlette déchue…

Un hommage méta et sensuel

Si l'on était déjà séduit par l'esthétique léchée de ses précédents films, Jane Schoenbrun triple la mise avec ce nouveau long-métrage. Entre scènes de tueries grand-gignolesques et plans larges picturaux en extérieur jour, Teenage Sex and Death at Camp Miasma est un délice visuel de bout en bout. Outre ses qualités formelles évidentes, c'est aussi œuvre généreuse et difficilement saisissable, à plusieurs niveaux de lecture.

teenage sex and death at camp miasma,film horreur,festival de cannes,gillian anderson,jane schoenbrun

Entre la romance, le film d'horreur et la comédie, Teenage Sex and Death at Camp Miasma choisit de ne pas choisir, s'érigant alors comme un ovni multi-facettes : une histoire d'amour saphique torturée comme on les aime – avec une Gillian Anderson exquise – mais aussi une exploration de la sexualité et de la création de nos fantasmes, et une critique du business de la nostalgie qui gangrène une industrie cinématographique obsédée par le profit... Difficile de trancher, et c'est tant mieux !

On a aussi envie d'y voir un énorme pied de nez au concept d'elevated horror, étiquette posée depuis les années 2010 sur des longs-métrages horrifiques – Midsommar, Get Out, The Witch… – perçus comme plus artistiques, élevant le genre de l'épouvante comme un objet culturel davantage digne de prestige. Grâce à des répliques bien senties, un humour méta et des clins d'œil calibrés pour les fanas du genre, Jane Schoenbrun rit de cette mouvance condescendante, préférant dépeindre l'horreur, et plus spécifiquement le slasher, comme un plaisir régressif et un terreau fertile aux premiers frissons et émois sexuels. À la fois drôle et sensuel, Teenage Sex and Death at Camp Miasma est un excellent moment de cinéma et l'un des événements queers du Festival.

À lire aussi : "Scream 7" : Kevin Williamson, le génie gay derrière vos films d’horreur préférés

Crédit photo : Mubi