À l'occasion de la Journée mondiale contre l'homophobie du 17 mai, Ariel Weil, maire de Paris Centre, appelle la France à agir par tous les moyens face à la persécution au Sénégal des personnes soupçonnées d'homosexualité, notamment par l'accueil des LGBT qui cherchent refuge.
Depuis quelques semaines, nous assistons à un silence étrange face à une situation dramatique. Un silence qui me laisse songeur. Au mois de mars dernier, le Sénégal a adopté une loi doublant les sanctions à l’encontre des personnes LGBT+. Depuis l’adoption de cette loi, les personnes LGBT+ subissent une violente campagne homophobe avec une vague d’arrestations pour "actes contre nature" de personnes présentées comme homosexuelles.
Je ne peux rester silencieux face à la situation des personnes LGBT+ au Sénégal.
Depuis soixante ans, le Code pénal sénégalais punit "d’un emprisonnement d’un à cinq ans et d’une amende" les actes dits "contre nature avec un individu de son sexe". Cette législation conduit à des arrestations, des détentions arbitraires et des condamnations de personnes en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre, réelle ou supposée. La promulgation de cette loi en mars dernier fait désormais du Sénégal l’un des pays les plus répressifs en la matière et aggrave de manière drastique la situation des personnes LGBT+.
Les liens historiques, culturels et économiques entre la France et le Sénégal imposent un dialogue exigeant sur les valeurs que nous prétendons partager. Les droits humains ne peuvent être relégués au second plan.
Je crois également que les collectivités territoriales ont un rôle à jouer dans la diplomatie des droits humains et dans la défense des personnes persécutées en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Cette semaine, durant le Conseil de Paris Centre, nous avons fait adopter à l’unanimité un texte pour demander une mobilisation de la Ville de Paris, de la préfecture de région et du gouvernement français face à cette situation.
Paris et plus globalement la France sont des endroits refuges qui ont toujours accueilli les personnes victimes de discrimination, de répression et d’inégalités partout dans le monde. Face à la situation dramatique du Sénégal, où sont les mobilisations sur les réseaux sociaux, devant les ambassades, au Parlement, sur les plateaux télé, dans les milieux culturels et artistiques ? Nous ne pouvons rester silencieux.
Alors que ce week-end du 17 mai, nous célébrons la Journée mondiale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie, et que notre ville, Paris, s’est engagée à lutter contre toutes les formes de discriminations, je souhaite porter plusieurs exigences claires.
Je demande que le gouvernement français réitère, dans le cadre de son dialogue bilatéral avec la République du Sénégal, son attachement à la dépénalisation universelle de l’homosexualité et au respect des droits fondamentaux des personnes LGBT+.
Je demande également que la France conditionne ses programmes de coopération à des garanties renforcées en matière de non-discrimination et de protection des défenseurs des droits humains, y compris celles et ceux qui défendent les droits des personnes LGBT+.
Je souhaite que la Ville de Paris apporte son soutien aux associations françaises et sénégalaises qui œuvrent à l’accueil, à la santé et à la protection juridique des personnes LGBT+ victimes de persécutions.
Enfin, je demande que la préfecture de région mette en place un programme officiel d’accueil de personnes réfugiées LGBT+ venant du Sénégal.
Face aux persécutions, l’indifférence n’est jamais neutre. La France doit rester fidèle à sa vocation : être un rempart pour celles et ceux dont les droits fondamentaux sont menacés.
Ariel Weil, maire de Paris Centre et conseiller de Paris
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