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portrait"Si je suis encore en vie, c'est grâce au jeu vidéo" : Lilith dans la Faille

Par Nathan Lautier le 06/07/2026
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[Portrait à retrouver dans le magazine de l'été, chez votre marchand de journaux ou sur abonnement.] Alors que débute cette semaine l'Esports World Cup 2026, Coupe du monde du jeu vidéo de compétition, rencontre avec l'une des rares joueuses trans du circuit, Lilith, qui s'est fait un nom dans League of Legends.

Photographie : Guillaume Blot pour têtu·

Dans un salon de thé parisien, Luna Benzerara-Arnoux arrive avec un sourire timide et des gestes nerveux. Difficile d’imaginer que cette jeune femme discrète de 28 ans est déjà, sous le pseudonyme de Lilith, une figure de l’esport (ou jeu vidéo de compétition) français. Son terrain de bataille, c’est League of Legends (LoL), mastodonte du genre, dans lequel deux équipes de cinq joueurs s’affrontent pour détruire la base adverse. Une compétition encore très peu diversifiée et où les LGBT, comme Eika ou Lilith, sont rares.

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Luna découvre le jeu au lycée, au moment d’une rupture amoureuse qui lui fait comprendre qu’elle est gay. Très vite, LoL devient une échappatoire, d’autant plus après un drame qui la marque durablement. "J’étais proche d’un garçon ouvertement homosexuel, dans un lycée pas loin du mien. Il subissait beaucoup de harcèlement", raconte-t-elle. Un soir, elle voit apparaître un message alarmant sur sa page Facebook. Elle lui écrit immédiatement ; il ne répondra jamais. Le lendemain, elle apprend le suicide de son ami, victime de l’homophobie. À 14 ans, elle se fait une promesse : s’engager pour les LGBT. "C’est utopiste, mais je ne voulais plus jamais que ça se reproduise", analyse-t-elle.

Lilith revenue de ses enfers

Sa puberté arrive plus tardivement, autour de 16 ans, et avec elle les questions sur son identité de genre. Sa famille lui assure que "ça passera". Alors, Luna enfouit ses interrogations et se réfugie dans les jeux vidéo. Mais en 2019, tout bascule. Partie près de Paris pour ses études, elle sombre dans une profonde dépression. Elle perd douze kilos, ne sort presque plus de chez elle et enchaîne les crises de panique. La situation se dégrade encore quand sa mère, avec qui les liens étaient déjà rompus, cesse de l’aider financièrement et retire sa garantie pour son logement. Désespérée, Luna avale une boîte de médicaments. "Au moment où je passe à l’acte, une amie m’écrit pour me demander si ça va. Je lui explique ce que je viens de faire. Elle a retrouvé mon adresse, appelé les pompiers et m’a accompagnée aux urgences."

Hospitalisée en psychiatrie, elle refuse d’y rester. Commencent alors plusieurs mois d’errance, entre hébergement chez des proches et périodes à la rue. C’est pendant le premier confinement qu’elle entame finalement sa transition, à 21 ans. C’est aussi l’année où elle est repérée par la joueuse Sanah, qui l'invite à rejoindre la scène semi-professionnelle. "Si je suis encore en vie aujourd’hui, c’est grâce aux jeux vidéo", souffle-t-elle. Si ses joueurs sont réputés pour leur toxicité, League of Legends a pourtant été une “safe place” pour Lilith. "Quand je joue, je me sens raccord avec moi-même. J’ai fait les plus belles rencontres de ma vie dessus."

"La première à gueuler"

Dans le jeu comme dans la vie, Lilith s’est imposée comme une meneuse. Sur League of Legends, elle joue au poste de midlaner, souvent considéré comme le rôle qui guide l’équipe. Depuis des années, Lilith met aussi cette détermination au service du changement. Auprès du studio Riot Games et des organisateurs de compétitions, elle multiplie les retours sur les conditions de jeu, la visibilité des scènes inclusives ou l’accompagnement des équipes. "Je pense que j’ai été la première à gueuler", lâche-t-elle dans un sourire. Une réputation confirmée par plusieurs acteurs de la scène. "Elle est toujours prête à faire entendre sa voix et défendre ses opinions", salue Caelan, son ancien manager général chez Solary, sa dernière équipe en date. Son amie Yume, commentatrice d’esport, parle, elle, d’"une incarnation du courage".

Lors de son intégration dans Solary en février 2025, une campagne de harcèlement transphobe est menée en ligne contre la joueuse. "Depuis quelques mois, les agressions sont en continu. […] Peu importe mon comportement, ils viennent encore et encore m’insulter et me rabaisser", écrit-elle alors sur le réseau social d’Elon Musk, dans un appel à l’aide publié lors de la Journée de la visibilité trans. En attendant de retrouver une équipe, Lilith tente de vivre de la création de contenu sur Twitch, YouTube et les réseaux sociaux. Et dit surtout avoir retrouvé une forme d’équilibre. "Je suis bien entourée. Je suis proche de mon père et de ma belle-mère, mon petit ami me soutient… J’apprends à vivre avec mes traumas." Puis, elle sourit. "Je suis prête à continuer mes combats."

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