Culture

"Je dessine mes plans Grindr. C'est ma façon de rencontrer du monde"


Daniel Marin Medina, 24 ans, dessine Eduardo, Stuart, et tous ses plans Grindr au stylo et à l’encre, avec un léger fétiche autour de la chaussette Nike…

Daniel Marin Medina plans Grindr

Soit je viens chez eux, soit ils viennent chez moi. Une fois passées les formalités, je lance : « Ok, c’est quand tu veux. »

Le téléphone en main et l’appli Grindr en arrière-plan, Daniel Marin Medina sillonne New York. Lui qui est né en Colombie connaît la ville par cœur : il y habite depuis 6 ans et y a croqué plusieurs centaines de garçons. Il y a deux ans, il a envoyé un message en masse : « Salut ! Je m’appelle Daniel Marin Medina. Je suis un illustrateur colombien et j’adorerai te dessiner… »

La plupart du temps, il faut quelques minutes à Daniel et son date-model pour trouver la bonne posture, celle qui donnera l’illusion que son hôte est simplement assis devant sa télé. Daniel ne demande pas à ses modèles de poser nu mais leur propose de se mettre à l’aise. Alors seulement il lance sa playlist « Powerful Women of Color » et envoie les vocalises de Nina Simone, Carmen McCrae ou Sarah Vaughan envahir la pièce.

Là je demande au garçon en face de moi : « quelle est la partie de ton corps que tu préfère ? Et après ça, c’est chaque fois une nouvelle expérience.

Daniel Marin Medina plans Grindr

Si on lui demande quand il a commencé à dessiner, ce jeune diplômé en beaux-arts n’a pas de réponse. « J’ai dessiné toute ma vie. Je fais souvent cette blague en disant que je faisait déjà des peintures à la grotte de Lascaux dans le ventre de ma mère, mais ça ne fais rire personne… » Il se rappelle néanmoins son arrivée à New York à peine les 18 bougies soufflées. « J’espérais y trouver la version romantique d’une communauté gay, mais Grindr m’a montré la réalité. »

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Daniel Marin Medina plans Grindr

Dessiner mes plans Grindr c’est devenu ma façon de naviguer dans l’appli et de rencontrer des gens de la manière la plus confortable qui soit.

Daniel Marin Medina plans Grindr

Je suis un peu obsédé par la sexualité. J’adore que les gens me racontent quels artefacts ils relie à la leur. Pour moi, c’est la paire de chaussettes blanches Nike.

Daniel Marin Medina plans Grindr

Ces deux femmes sont deux amies à moi qui forment un couple très beau et très spécial. J’étais très nerveux à l’idée de les dessiner, et finalement c’est un de mes préférés.

Daniel Marin Medina plans Grindr

Lui n’a pas de mec idéal, et s’emploie à dessiner toutes les morphologies. « Je crois qu’on assiste à un déplacement des marées où les corps en dehors de la norme blanche-musclée sont de plus en plus représentés. » Pourtant, c’est via l’appli qui a popularisé l’expression « no fat, no fem, no asian » qu’il a décidé d’explorer la « Grosse pomme ».

On est déjà une communauté marginalisée, mais on est très doués pour se marginaliser encore davantage entre nous ! Je me rappelle qu’un mec m’a dit que je n’étais « pas assez twink » avant même que je sache ce que ça veut dire… C’est un peu en train de devenir une prophétie autoréalisatrice où l’appli nous encourage à utiliser ce langage qui filtre les gens en fonction de leur « tribus, poids, origine. » Je comprend qu’on ai tous des préférence, mais la ligne est ténue entre la préférence et la discrimination.

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Daniel Marin Medina plans Grindr

En dépit, les pérégrinations de Daniel Marin Medina l’amènent à constater une vraie « topographie queer » de la ville de New York : dans le quartier de Hell’s Kitchen « les gars sont musclés, poilus et arborent potentiellement des tattoos tribaux », à Brooklyn « tu trouves des coupes aux bols, des tatouages dans le coup et de lunettes cerclées », quadrille-t-il avec Vice US. « Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose, mais c’est là », confirme-t-il auprès de nous.

Daniel Marin Medina plans Grindr

À côté de chacun de ses post Instagram, Daniel joint la plume à la pointe et laisse une petite poésie accompagner son trait; des textes qui s’adressent à lui, « comme des entrées journalières » vers ces souvenirs.

Le dessin c’est complètement auto-thérapeutique pour moi. C’est une manière étrange et cryptique d’exprimer mes sentiments.

Daniel Marin Medina plans Grindr

Et puis au fur et à mesure, c’est une comme une certaine complaisance qui a finit par lier Daniel à New York. Alors quand le vieux continent l’a appelé, l’artiste a préféré sortir de sa zone de confort : il a emballé ses stylos et s’est envolé pour Berlin. Il habite la capitale allemande depuis deux semaines, et visualise déjà son prochain projet : une grande planche de dessins habitée par des centaines de minuscules hommes nus…

Daniel Marin Medina plans Grindr

Retrouvez le travail de Daniel Marin Medina sur sa page Instagram ou sur son site officiel.

Crédit photos Daniel Marin Medina

 

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