Le projet d'un centre d'archives LGBT revient sur le devant de la scène
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Le projet d'un centre d'archives LGBT revient sur le devant de la scène


À Paris, il n’existe pas de centre d’archives public dédié à la mémoire LGBT. Pourtant, depuis une vingtaine d’années, le projet ne cesse de renaître. Le retentissement du film 120 Battements par minute a relancé une offensive contre les pouvoirs publics, et les débats.

San Francisco a son musée. Berlin aussi. Montréal ses Archives gaies du Québec. Et ainsi de suite, dans la plupart des grandes villes. Or à Paris, les livres, journaux, affiches, pancartes, rapports, manuels, photos qui ont fait l’histoire LGBT sont dispersés un peu partout, aux Archives nationales, dans les locaux des associations, dans des collections privées, sur les étagères de parents, ami.e.s et amant.e.s.

Beaucoup d’acteurs du dossier s’accordent pour dire que le succès du film 120 Battements par minute, qui a le mérite documentaire de montrer la lutte contre le sida au début des années 1990, est un moment favorable pour remettre la pression sur les pouvoirs publics. Le dernier en date est le Groupe écologiste de Paris, en la personne de David Belliard, qui s’adresse à Anne Hidalgo dans un courrier envoyé le 19 septembre : « Pour ce centre des archives, nous en sommes à la troisième tentative. Notre responsabilité est grande, car ce projet ne pourra pas se relever d’un troisième échec. Le temps fait son oeuvre. »

« Problème de prise en charge politique »

Contacté par TÊTU, David Belliard explique vouloir « parler directement avec la maire pour savoir si ce sujet peut être mis en priorité à l’agenda. Notre première demande est qu’il puisse y avoir des propositions de lieu. Il y a des endroits disponibles« . Pour l’heure, seule la tenue d’un colloque avec les associations est prévue. « Je suis insatisfait du fait que la concertation n’aboutisse que sur un colloque, continue Belliard. Je pense que c’est un sujet passionnant, mais je vous parle en tant qu’élu et je me dis « tout ça pour ça ». Je vais envoyer un autre courrier à la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, en lui demandant de prendre position. Je pense qu’il y a un problème de prise en charge politique du dossier ».

Sur ce point, tout le monde (chercheurs, associatifs, historiens et collectionneurs) s’accorde. Mais tout le monde ne demande pas la même chose, à l’instar de l’Académie Gay et Lesbienne et son Conservatoire des Archives et des Mémoires LGBT présidée par Phan Bigotte : « Je ne demande aucune subvention publique, je demande juste un local pour ouvrir notre fonds au public. Les archives sont déjà prêtes. À partir du moment où j’obtiens un local de la mairie, je m’engage à ouvrir le centre le mois suivant« . Ancien libraire, Phan stocke depuis des années une grande quantité d’archives LGBT dans sa maison en région parisienne, où il ne peut plus mettre un pied devant l’autre. Entre autres : 1 800 titres de périodiques LGBT, 1 200 numéros de presse généraliste, plus de 3 000 livres, 1 000 documents VHS et DVD… La liste est encore longue. Avec l’aide de bénévoles, le tout est soigneusement consigné et renseigné sur des fiches.

Archives LGBT
De droite à gauche : Phan Bigotte, Thomas Leduc (vice-président de l’association) et une universitaire américaine venue consulter le fonds.

Des sous !

Phan Bigotte se veut « réaliste » : « Il faut arrêter de réclamer de l’argent. On ne va pas fantasmer sur des subventions publiques… Il n’y a plus eu de réunion avec la Ville de Paris depuis que le candidat socialiste, Benoit Hamon, est out de la présidentielle« . Pour lui, ce sont des bénévoles, et personne d’autre, qui peuvent faire ce travail. Didier Lestrade, cofondateur d’Act Up-Paris et de TÊTU, le rejoint sur ce point dans une tribune sur Slate.fr : « Nous ne voulons pas que ce centre soit dirigé par un apparatchik du milieu du sida venant de Aides ou du Crips ou de l’Inter-LGBT. Nous ne voulons pas d’un Jean-Luc Romero qui a déjà assez de casquettes comme ça. On veut juste une personne sincère qui n’aurait pas des goûts de chiotte (ça existe)« . Mais les subventions seront nécessaires pour que le travail d’archivage et de mise à disposition du public soit effectif.

Début septembre, le militant adressait un message cinglant à la maire et à l’ancien maire de Paris : « S’il n’y a pas de centre d’archives LGBT/sida, Delanoë et Hidalgo se partageront mes cendres sur la tête ». Anne Hidalgo a répondu via Twitter que le projet devait « être porté à l’échelle nationale, car l’histoire du mouvement LGBT concerne la France entière« . Une manière de renvoyer la balle au gouvernement qui ne s’est pour l’heure pas exprimé sur le sujet.

 

Photo couverture : magazine Gai Pied numéro 26, mai 1981, couverture issue du Fonds public Michel Chomarat de la bibliothèque municipale de Lyon.

 

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