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"Quatuor" : l’essai scientifique qui pourrait changer la vie des personnes séropositives


Des essais scientifiques, une association et des artistes très connus comme Tilda Swinton oeuvrent pour la réduction des traitements dans la vie des personnes qui vivent avec le VIH : bientôt 4, 3 ou même 1 cachet par jour ?

La trithérapie, mise au point il y a plus de 20 ans, a constitué un tournant majeur dans le traitement du sida. Aujourd’hui, avec l’amélioration des traitements, on envisage de ne plus l’administrer quotidiennement, mais de réduire la charge médicamenteuse à 4 jours par semaine, voire moins.

Une personne sous trithérapie ne meurt plus du sida aujourd’hui en France. La trithérapie a transformé une maladie virale mortelle en un état chronique contrôlé. Il y 20 ans, les premiers traitements étaient lourds et contraignants pour les patients. Depuis, de nombreuses améliorations ont été apportées : diverses combinaisons possibles de molécules, plus de confort avec les réductions du nombre de pilules et gélules, de la dose des produits à ingérer et de la fréquence des prises quotidiennes.

Pour autant, la contrainte de prises continues 7 jours sur 7 – tout au long de la vie – reste lourde. Surtout que tous les patients ne réagissent pas de la même manière aux traitements qui peuvent parfois s’accompagner d’effets indésirables, les pénalisant au quotidien comme dans l’activité professionnelle. Des patients relâchent alors leur protection quotidienne et mettent ainsi leur système immunitaire en danger.

Des essais qui changent la vie

L’étude ICCARRE (Intermittents en Cycles Courts les Antirétroviraux Restent Efficaces), menée par le professeur Jacques Leibowitch à l’Hôpital de Garches depuis 2002, est chaque année confirmée par de nouveaux essais : on sait depuis les résultats de l’étude ANRS 162-4D en 2016 qu’une prise de seulement 4 jours est suffisante pour maintenir une charge virale inférieure à 50 copies pour 96% des patients qui ont suivi ce protocole. D’autres essais ont depuis essayé de réduire la charge médicamenteuse (le nombre de médicaments ou de prises, les bithérapies ou encore la suppression de certaines classes de molécules).

Depuis septembre 2017, l’Agence de recherche contre le sida recrute 640 patients dont le virus est indétectable pour son essai « Quatuor » : un groupe demeurera au rythme d’une prise 7 jours sur 7 tandis que l’autre testera la viabilité d’un traitement de 4 jours consécutifs dans la semaine (en suivi régulier, pour contrôler leur état de santé). Dans un an, si l’allègement 4/7 est jugé suffisant, le second groupe basculera aussi sur le même rythme de prise. Ce nouvel essai permettra de confirmer son efficacité sur plus de patients, et sur une période longue.

En cas de succès pour ce modèle, et avant d’analyser un traitement encore moins contraignant, il faudra attendre au minimum deux à trois ans à compter de l’automne 2017 pour étendre les 4 jours sur 7 aux 100 000 patients sous traitement continu en France (et bien plus encore pour atteindre les quelques 40 millions de séropositifs – pas tous traités – dans le monde). Selon le site de présentation du protocole : « Les cliniciens acquis à la modalité ICCARRE s’inquiètent des résistances institutionnelles au changement alors que perdurent surmédication et surfacturation sur ordonnance ».

5 objectifs

L’allègement thérapeutique est un enjeu important pour au moins 5 raisons :

1— Prendre moins de médicaments

Avec 4 jours de traitement par semaine, c’est 5 mois de médicament en moins sur un an. Sur un traitement à vie, de 50 ans par exemple, c’est au minimum 20 ans de traitement médicamenteux en moins, sans conséquences pour le patient. Le programme ICCARRE propose déjà à certains patients, dans le cadre d’un accompagnement médical rigoureux, de réduire la prise de médicaments à trois et même parfois un jour. L’allègement se fait ressentir aussi bien d’un point de vue psychologique que biomédical.

2 — Assurer l’indétectabilité du virus et sa non-transmission

La charge virale des patients est régulièrement contrôlée. Maintenue en dessous du seuil de détectabilité, elle rend les personnes non-contaminantes. C’est un soulagement psychologique supplémentaire, en particulier pour le confort de la vie sexuelle : on n’a plus peur de transmettre le virus.

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3 — Réduire les effets indésirables

Moins de médicament, c’est moins d’effets indésirables ressentis ou subis (même si tous les patients n’en ressentent pas), moins de fatigue, moins de stress. C’est pour beaucoup de personnes un meilleur confort global de vie.

4 — Faciliter l’observance du traitement.

Quand on prend moins de médicaments, on les prend éventuellement plus facilement, avec moins d’appréhension et d’angoisse. Le fait de prendre correctement son traitement, c’est-à-dire l’observance, est crucial dans le contrôle du VIH dans l’organisme, afin de conserver le virus indétectable (et donc de rester non-contaminant). Des systèmes de rappel par mail ou des applications spécifiques permettent de bien suivre son traitement, même en non-quotidien.

5 — Faire faire des économies au système de santé

Moins de médicaments, c’est une économie immédiate pour la Sécurité sociale, et donc également un acte solidaire pour la communauté. Par la même occasion c’est éco-responsable, et donc bon pour la planète. C’est aussi moins d’argent pour les laboratoires qui ont développé les molécules, et qui se sont parfois arrogé le monopole…

 

Les amis d’ICCARRE

En 2014, le professeur de chant Richard Cross (vu entre autres pendant des années dans la Star Academy)  – 38 ans avec le VIH à ce jour – crée l’association Les Amis d’ICCARRE pour promouvoir les bénéfices du protocole ICCARRE auprès de toutes les personnes sous traitement antirétroviral.

Il a mobilisé le parrainage de personnalités du monde des arts et de la mode : seize artistes ont répondu présent à l’appel de Richard Cross pour soutenir l’action de l’association « Les Amis d’Iccarre ». L’actrice Mylène Demongeot en est la marraine, et Tilda Swinton a participé à une œuvre dansée de la chorégraphe Bianca Li sur une musique de Nick Cave pour l’association, afin de mettre en lumière ce combat…

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Et demain ?

D’autres essais cliniques sont en cours pour valider des traitements à très longue durée, y compris sous forme injectable, trimestrielle, voire semestrielle, notamment par l’utilisation de nanotechnologies qui pourraient diffuser les molécules en continu… De petits implants qui pourraient être portés pendant un an sont également en développement. Leur arrivée sur le marché devrait avoir lieu d’ici deux ans selon les spécialistes. Chaque jour, vivre avec le VIH devient plus facile.

 

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