Nicolas, roué de coups à Dieppe :
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Nicolas, roué de coups à Dieppe : "Ressentir cette homophobie m'a fait un choc"


Nicolas Bellenchombre a décidé de témoigner à visage découvert après l’agression homophobe qu’il a subie en plein centre-ville de Dieppe au début du mois de février.

De multiples fractures au crâne dont une fracture ouverte au cerveau, des douleurs à la jambe et au cou. Selon ses médecins, il faudra huit semaines à Nicolas Bellenchombre pour se remettre physiquement de l’agression homophobe qu’il a subie.

Dans la soirée du 3 février, Nicolas se promène avec son ami Alexis. Abrités sous un parapluie, ils chantonnent avec insouciance un titre de Diane Tell, comme il le raconte à TÊTU. Entre la place Saint-Rémy et la place du Puits-Salé, ils croisent la route de « deux jeunes d’environ 25 ans » qui commencent à les insulter : « Regardez-moi ces deux tarlouzes », « C’est quoi ce parapluie de pédé »… Nicolas et Alexis se disent qu’ils ont « sans doute été pris pour un couple » et continuent leur chemin « en baissant la tête ».

Mais leurs deux agresseurs se montrent violents, leur jettent des briquet dans le dos, avant de les prendre en chasse. Alexis reçoit un coup de poing en pleine figure et réussit à s’échapper, tandis que Nicolas est jeté au sol et roué de coups. « Je leur ai dit : prenez ce que vous voulez, mon argent, je vous laisse tout. Mais ils n’en voulaient pas. Ils ne cessaient de m’insulter de pédé. Ils m’ont dit que ce qu’ils voulaient, c’était me casser la gueule. »

« Homophobie pure »

Nicolas Bellenchombre, qui est le directeur artistique du festival du film canadien de Dieppe, a vécu auparavant pendant dix ans à Rouen. Il n’avait jamais rien connu de pareil. Au-delà de la douleur physique, c’est le fait d’avoir vu une homophobie totalement décomplexée qui l’a traumatisé : « Psychologiquement, je suis bien secoué. Car c’était clairement de l’homophobie pure. Je n’ai pas ressenti ça depuis mes 15 ans, et j’en ai 30. Ça m’a replongé dans des années sombres. Le plus grave, c’est ce sentiment d’homophobie sur ma personne, ça m’a fait un choc. »

Une dizaine de jours plus tard, Nicolas a toujours beaucoup de mal à sortir de chez lui. « Je me suis forcé, sinon je ne serais plus jamais ressorti ! Il ne faut surtout pas laisser gagner ce genre de personnes. Mais le soir, je n’arrive toujours pas à franchir le pas de ma porte. »

Une autre agression homophobe a eu lieu durant la même soirée, sur un homme de 46 ans qui ne souhaite pas témoigner. Le signalement des deux agresseurs correspond dans les deux plaintes. En attendant que les agresseurs soient retrouvés, Nicolas tient à préciser « pour éviter les amalgames », que ces deux jeunes d’environ 25 ans « étaient bien blancs, bien français, et n’avaient rien à voir avec les migrants qui passent par Dieppe pour gagner les côtes anglaises. »

Une agression lesbophobe cinq jours plus tard

Le Dieppois, agressé en pleine rue dans sa ville normande, ne s’attendait pas à ce que son histoire prenne une dimension nationale. Le Premier ministre, Edouard Philippe, s’est exprimé via les réseaux sociaux. La secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a de son côté organisé une réunion avec la DILCRAH et diverses associations LGBT lundi 12 février après avoir parlé d’une « inquiétante succession d’agressions homophobes ».

Vendredi 9 février, une agression lesbophobe a en effet eu lieu dans le Val-d’Oise. Deux jeunes femmes de 17 et 18 ans ont été malmenées et insultées dans le Transilien entre Pontoise et Conflans, au point qu’elles ont contacté la police. Deux des agresseurs, mineurs eux aussi, ont été placés en garde à vue. Ils comparaîtront devant un juge des enfants. La présidente de région, Valérie Pécresse, a réclamé des « sanction exemplaires » :

 

Photo de couverture : Nicolas Bellenchombre/ Facebook

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