Biphobie : 86% des personnes bisexuelles ont été agressées au moins une fois dans leur vie

Pour la première fois, un collectif inter-associatif a mené une enquête sur la biphobie en France. Dévoilée à l’occasion de la journée mondiale de la bisexualité, dimanche 23 septembre 2018, TÊTU a pu la consulter en exclusivité. Les chiffres sont édifiants et la biphobie plus que jamais présente dans la société.

« Remplir un grand vide. » Voilà l’objet de cette enquête, une première en France, pour « permettre une prise de conscience publique sur la biphobie, bien réelle », comme le souligne Fanny Van Exaerde, membre de l’association SOS Homophobie qui a contribué à la rédaction du rapport. Donner aussi une base de travail au milieu associatif et, surtout, visibiliser les personnes bisexuelles et pansexuelles. Au total, 3.625 personnes ont répondu au formulaire de l’enquête, lancée le 23 septembre 2017 et clôturée le 17 mai 2018. Un travail mené de front par SOS Homophobie, Act-Up et les Actupiennes, Le Mag Jeunes LGBT, FièrEs et Bi’Cause.

8 répondant.e.s sur 10 ont déjà subi une agression

Les agressions subies par les personnes bisexuelles sont monnaie courante, qu’elles soient verbales ou physiques. Au total, plus de huit personnes bisexuelles sur dix (86%) ont subi au moins une agression, qu’elle soit verbale, physique ou sexuelle, au cours de leur vie. Parmi elles 69% l’ont été verbalement en raison de leur orientation sexuelle. Ces agressions prennent parfois des formes assez insidieuses, notamment sur les sites et applications de rencontre : 34% des personnes interrogées déclarent y avoir reçu des remarques par rapport à leur bisexualité. Parmi elles, 40% on reçu des commentaires biphobes.

Pire encore, sur les 3.625 personnes ayant témoigné, plus d’un tiers des personnes affirment avoir été victimes d’agressions sexuelles, soit 1.336. Pour 97 d’entre elles, ces agressions étaient en réaction à leur orientation sexuelle. Selon Alexandre Antolin, militant chez SOS Homophobie et co-rédacteur du rapport, de tels chiffres sont à manipuler avec précaution :  « L’agression sexuelle va de la main aux fesses jusqu’à l’acte sexuel forcé. Les chiffres montrent une réalité du quotidien sur les agressions sexuelles, subies également par les personnes bisexuelles, mais peu ont vécu ça en raison de leur orientation sexuelle ».

Des agresseurs masculins hétéros, mais pas que

Les profils des agresseurs sont de plusieurs types. On pouvait s’y attendre, il y a d’abord les hommes hétérosexuels, qui véhiculent les clichés sur les femmes bisexuelles et ce, notamment sur les sites de rencontres, avec la sempiternelle proposition du « plan à trois avec deux femmes ». Mais, plus surprenant, les discriminations viennent également de membres de la communauté LGBT+ et notamment des gays et lesbiennes qui vivent, dans certains cas, la bisexualité comme un danger supplémentaire d’infidélité.

Parmi les personnes ayant répondu au questionnaire, 60% d’entre elles sont des femmes contre 26% d’hommes. Phénomène assez surprenant : parmi les oppresseurs, on retrouve des femmes lesbiennes.

« De nombreux témoignages de femmes bisexuelles incriminent des femmes lesbiennes. C’est une réalité, certaines femmes lesbiennes refusent d’engager une relation avec une femme bisexuelle sous prétexte qu’elle est bie », abonde Fanny Van Exaerde.

Là encore, les clichés ont la peau dure. Et peuvent également s’appliquer aux hommes bisexuels. Mais, pire encore, l’enquête a permis de se rendre compte que les oppressions ne sont pas seulement issues de la communauté hétérosexuelle mais aussi de la communauté homosexuelle.

Un manque de visibilité

Les personnes bisexuelles souffrent d’un cruel manque de visibilité. Près de la moitié des interrogés n’abordent pas leur orientation avec leurs collègues de travail par exemple. Les répondants font également preuve d’une grande prudence lorsqu’il s’agit de marques d’affection envers leur conjoint.e en public : 20 à 27% d’entre eux changent radicalement de comportement selon le genre de leur conjoint.e, tandis que 35 à 40% s’adaptent.

Un manque de visibilité qui conduit au fait que, parfois, certaines personnes bisexuelles « ne se rendent tout simplement pas compte qu’elles se font agresser », explique Fanny Van Exaerde, avant de poursuive : « Les mesures permettant de punir les actes biphobes comme on pourrait punir les actes homophobes ou lesbophobes sont quasi-inexistantes ».

La journée mondiale de la bisexualité est célébrée chaque année le 23 septembre, depuis sa création par trois militants bisexuels américains en 1999 . Une marche pour la visibilité des personnes bisexuelles, pansexuelles, non-binaires et asexuelles est prévue à Paris ce dimanche 23 septembre, à partir de 14h30. Le rendez-vous est fixé au métro Colonel Fabien.

Crédit Photo : Thomas Hawk/CC.


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