La « Joconde nue » ou l’alias queer de la Joconde, exposée en France

C’est une oeuvre qui divise les spécialistes de l’histoire de l’art depuis des décennies. Léonard de Vinci est-il à l’origine de cette « Joconde nue » ? Après des années de débats, de nouvelles analyses viennent préciser la provenance de cette version queer de la Joconde, qui sera au centre d’une exposition au musée Condé de Chantilly (Oise).

Le visage est androgyne. La coiffe antique. Observant le spectateur d’un air effronté, la « Joconde nue » esquisse un léger sourire. Comme sa célèbre « grande soeur » Mona Lisa, exposée au musée du Louvre. Pourtant, ce n’est pas elle. Il s’agit de Mona Vanna, une figure plus troublante et envoûtante.

Le dessin sur carton datant du début du XVIe siècle est placé au centre d’une exposition qui aura lieu au musée Condé de Chantilly (Oise) à partir du 1er juin 2019. Proposée à l’occasion du 500 ème anniversaire de la mort de Léonard de Vinci, l’exposition comparera une quarantaine de « Jocondes nues », les descendantes du célèbre tableau du maître Toscan.

Au moins six d’entre elles sont attribuées aux élèves de Léonard de Vinci. Mais le mystère reste entier concernant ce dessin.

Une Joconde queer

Réalisée au charbon de bois et rehauts de blanc de plomb, cette « Joconde nue » représente une jeune femme, cadrée à mi-corps, les mains croisées, les seins ronds et dénudés. Mais à l’allure masculine. « Son bras gauche est très musclé. La poitrine est apposée de manière tout à fait artificielle, et ne semble pas du tout réaliste », détaille à TÊTU le commissaire de l’exposition, Mathieu Deldicque.

« On a du mal à préciser son genre. Il y a très certainement un modèle masculin qui a posé », explique-t-il. Et d’affirmer :

« C’est une Joconde totalement queer. » 

L’oeuvre, probablement réalisée au début du XVIe siècle, interroge sur les canons de beauté. « À l’époque, les femmes très charpentées et masculines représentaient un idéal. Ce tableau interroge sur cette conception de la beauté selon les époques », explique-t-il. Et le commissaire de poursuivre :

« La conception de la beauté selon Léonard de Vinci est presque divine, ni masculine ni féminine. Elle tend vers l’idéalisation, l’universalité. »

Origines incertaines

L’oeuvre est un « carton », c’est-à-dire un grand dessin préparatoire à taille de tableau destiné à être reproduit sur un autre support. Elle a été achetée au XIXe siècle comme une oeuvre de Léonard de Vinci, par le Duc d’Aumale. Mais ses origines ont pourtant longtemps été disputées. Des analyses scientifiques ont été menées à la fin de l’été 2017.

Les résultats ont été dévoilés début mars. Des hachures typiques des dessinateurs gauchers ont été retrouvées. Les contours sont retravaillés et la technique du « sfumato », chère à l’artiste, est maîtrisée. Selon Mathieu Deldicque, les études au microscope ont permis d’affirmer que l’oeuvre « a bien été réalisée dans l’atelier du grand maître, avec sa participation probable ». 

« Il s’agit d’une composition essentielle pour comprendre l’art de Léonard de Vinci », selon le commissaire de l’exposition, qui dit avoir voulu « rendre à ce superbe dessin, le statu d’icône qui lui revient ».

L’exposition se tiendra dans la salle du Jeu de Paume du Domaine de Chantilly, du 1er juin au 6 octobre 2019. 

Crédit photo : KENZO TRIBOUILLARD / AFP. 

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