Cyberharcèlement : la haine en ligne explose avec le confinement

Pour essayer de limiter la haine en ligne et ses conséquences, les associations LGBT+ tentent d’alerter sur la situation. Depuis le début du confinement, 80% des messages Facebook contiennent des propos haineux.

Depuis le début du confinement, des militants LGBT+, des travailleurs du sexe (TDS) mais également des associations racontent être victimes, encore plus que d’habitude, de vague de haine en ligne. “Sale PD”, “pute”, “je vous souhaite de mourir du sida ou du coronavirus”. “Ces derniers jours les gens se lâchent, explique Beverly Ruby, militante queer et TDS. Je reçois tellement d’insultes.” D’une voix calme et résignée, elle raconte les menaces de mort, de viols, les insultes. “J’essaie de me blinder, mais ça m’affecte encore.” Sur Snapchat et Instagram, elle décrit des messages groupés, organisés avec des phrases et des fautes très similaires.

Déchaînement de haine

“Dès les premières semaines, nous avons remarqué que les minorités étaient montrées du doigt comme si elles étaient responsables du virus”, raconte Marie Giner-Dufour, directrice d’Urgence Homophobie. Avec plusieurs autres associations, Urgence Homophobie a donc lancé une campagne Ensemble sur Internet pour alerter sur cette violence.

C’est assez fou quand on y pense mais la vidéo que nous avons réalisée pour dénoncer ce type de commentaires a été la cible de commentaires d’une rare violence”. En l’espace de 24h, plus de 450 commentaires haineux s'agrippent à la vidéo, et avec eux plus de 1000 dislikes. “On a été sidérés du déchaînement de haine envers cette vidéo. Et au final, on a décidé de ne pas les retirer pour montrer à quel point notre vidéo tapait juste”.


Cette sensation de messages plus haineux depuis quelques semaines, se confirme à en croire le baromètre Netino, une société qui s’est spécialisée dans l’étude des réseaux sociaux. Depuis le début du confinement, le nombre de commentaires sur Facebook a presque doublé (+90%) et ils ne parlent quasi-exclusivement que du coronavirus, des mesures barrières, du confinement mais aussi de celles et ceux qui ne le respecteraient pas.

Globalement, nous avons observé un climat d'intransigeance envers l’autre, raconte Jean-Marc Royer, président de Netino. C’est tout le paradoxe. Ceux qui sortent ont toujours une bonne raison de le faire. En revanche, ils jugent inadmissibles les raisons avancées par les autres.” A ce ressentiment s’ajoute une présence en ligne accrue à cause du confinement. Résultat, 80 % des messages contiennent des propos haineux, dont 20 % portent sur les discriminations racistes et LGBTphobes, rapporte le président de Netino. “Ils sont aussi plus ciblés envers celles et ceux qui ne respectent pas le confinement, qui mettraient en doute les mesures sanitaires”.

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A cela s’ajoutent les théories complotistes et autres messages de fausses informations. 4% des commentaires, selon Netino. Dans celles reçues par les associations, on découvre que les homosexuels et les travailleurs du sexe seraient responsables du virus, que les personnes juives auraient déjà un vaccin qu’ils garderaient pour eux ou encore que les LGBT seraient tous malades.

C’est complètement absurde, mais cela conduit à une discrimination très forte et dans une période de tensions extrêmes, cela se traduit par un harcèlement des minorités”, dénonce Véronique Godet de SOS-Homophobie. Même constat du côté des militants de la lutte contre le VIH qui dénoncent la multiplication de propos sérophobes et les liens douteux faits entre covid-19 et VIH.

Réunion expéditive

Pour tenter d’apporter une réponse, une réunion a été organisée au secrétariat d’Etat chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre les discriminations, jeudi dernier. Autour de la table, des associations de tout bord (SOS Homophobie, la Licra, UEJF, Respect Zone), exception faite d’associations féministes. “L’objet de la réunion portait sur la lutte contre les contenus discriminatoires et haineux en ligne liés au complotisme recrudescent en période de pandémie”, explique le cabinet de Marlène Schiappa à Têtu. Pendant 45 minutes et à tour de rôle, les associations ont exposé leur ressenti face aux gérants des plateformes internet. “C’était important de réfléchir ensemble, explique Véronique Godet, seulement nous n’avons pas reçu beaucoup de réponse”.

Elle décrit une réunion rapide pendant laquelle les plateformes ont expliqué avoir moins de personnel disponible pour cause de confinement. “On s’est beaucoup interrogé sur la place de l’humain dans leur façon de modérer mais aussi sur le rôle de l’Etat”. Un nouveau rendez-vous est prévu dans quinze jours “pour faire le point concrètement sur les avancées de la modération de ces contenus”, continue le cabinet. En attendant, “on est vraiment déçus de cette réunion, conclut Véronique Godet parce que nous n’avons fait qu’un constat et qu’en attendant on n’avance pas et les victimes continuent de subir ces vagues de haine en ligne”.

Dans la loi française, le harcèlement est un délit défini comme “le fait de harceler une personne par des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de vie se traduisant par une altération de sa santé physique ou mentale. Depuis 2018, le harcèlement peut être établi si plusieurs personnes s’en prennent à une seule et même victime de façon concertée ou en sachant que leurs comportements constituent une répétition, et cela même si chacun n’a agi qu’une seule fois. Quant aux peines, elles peuvent aller jusqu’à deux ans de prison et 30.000 euros d’amende.


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