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Tweet homophobe de Winamax : « Quand on est suivi par 500.000 personnes, on a une responsabilité »

Après avoir écrit "On prend l'Europe et on l'encule à deux", Winamax a retiré son tweet sans présenter d'excuses. Bertrand Lambert, le président de Panamboyz & girlz united, un club qui promeut la diversité dans le foot, réagit auprès de TÊTU.

Le parieur sportif a finalement retiré son tweet homophobe après avoir été interpellé par une députée qui a écrit au Premier ministre. En début de semaine, Winamax avait posté sur son compte Twitter "On prend l'Europe et on l'encule à deux". Un message qui a suscité l'indignation pour son homophobie.

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En réponse, Olga Givernet, députée LREM de l'Ain a demandé à Jean Castex de retirer l'autorisation de parieur donnée à Winamax. Elle juge l'événement de "buzz médiatique, généré par lui-même (le parieur, ndlr) sur la base de propos homophobes pour augmenter les prises de pari (...) et ainsi maximiser ses profits". Mardi 18 août, l'entreprise a supprimé le tweet mais au lieu de reconnaître le caractère homophobe de ses propos, Winamax ironise. "Nous supprimons immédiatement notre tweet 'choquant' et 'abject' et insupportable", lance le compte aux 500.000 abonnés.

Résultat, de nombreux internautes ont crié à "l'atteinte à la liberté d'expression", propulsant Winamax en trending topic. Bertrand Lambert, le président de Pamamboyz & girlz united, une association de lutte contre l'homophobie dans les stades, veut croire que l'événement malheureux peut permettre de sensibiliser les supporters. Il répond aux questions de TÊTU.

"La liberté d'expression ne peut pas servir d'excuse pour justifier l'homophobie."

Comment avez-vous reçu le tweet de Winamax ?

C'est navrant. On est plein d'associations à travailler dur pour expliquer que les mots ont un sens. Notre travail cette année, c'était justement de faire comprendre que le mot "enculé" est homophobe. Car la plupart des gens qui l'emploient ne se rendent pas compte que c'est un mot heurtant pour toute une communauté. Vient ce tweet qui banalise totalement l'homophobie pour des intérêts mercantiles. Tout le monde peut faire des erreurs, mais dans ce cas, Winamax ne publie même pas d'excuses et répond avec mépris.

D'autant que la citation a bon dos : ce n'est pas parce qu'on cite une chanson qui a des propos déplacés que ça excuse celui qui les répète. La liberté d'expression ne peut pas servir d'excuse pour justifier l'homophobie. Quand on est suivi par 500.000 personnes, on a une responsabilité. Il faudrait une plainte. Ce qui est rassurant, c'est que trois ministres ont dénoncé ces propos. Les politiques ne laissent plus passer ces insultes. Les associations ont bougé elles aussi. On aurait bien aimé que les clubs réagissent, au moins sur le ton de la plaisanterie.

Puisqu'il faut le répéter, pouvez-vous expliciter en quoi 'enculé' ou comme ici, "on l'encule", est considéré comme homophobe et sexiste ?

Ce terme vise à dégrader les autres. Elle donne un rang inférieur à celui qui se fait prendre. Les homos et les femmes sont montrés comme inférieurs au mâle hétérosexuel dominant. Il a aussi pour vocation de stigmatiser une sexualité. L'autre problème, c'est que la grande majorité des personnes qui l'emploient n'ont pas conscience de la portée du terme. Il y a un besoin d'expliquer pourquoi tel ou tel mot heurte, blesse, notamment les jeunes qui ont du mal à vivre leur orientation sexuelle. Cela créé un climat délétère. La langue française est suffisamment riche pour insulter les adversaires sans stigmatiser une communauté. On peut chanter une chanson pour titiller l'équipe en face sans blesser une partie de la population.

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Où en êtes-vous dans ce combat ?

Avec la Ligue de foot professionnel et d'autres associations comme SOS homophobie, Foot ensemble ou encore la Dilcrah, ça fait un an qu'on a passé la vitesse supérieure. On a mis en place des ateliers pédagogiques, des livrets, on a rencontré des supporters... L'année dernière à la même époque, on commençait à arrêter les matchs lorsqu'on entendait des chants homophobes. Après avoir remué ciel et terre, on a fini par faire comprendre que des mots comme "tarlouze" ou "pédé" avaient bien une connotation homophobe. On a quasiment réussi à faire disparaître ces injures des stades. Il y a eu une prise de conscience de la part des supporters, qui ne sont pas nos ennemis, maintenant, il reste du travail.

Est-ce que vous êtes optimiste sur le changement des mentalités dans le foot ? 

Je suis toujours très optimiste. Si ce tweet a un mérite, c'est celui de mettre en lumière qu'il y a un problème. Il peut être un déclic pour faire avancer les choses. L'année dernière, c'était la guerre générale quand on arrêtait des matchs lorsqu'il y avait des chants homophobes. Malgré les critiques, cela a fait prendre conscience qu'il fallait que ça s'arrête. On ne peut plus mettre les problèmes sous le tapis. Il y a quelques semaines, le président de la Fédération française de foot s'est engagé auprès de nous. C'est le moment de siffler la fin de la récréation.

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Crédit photo : Capture d'écran franceinfo


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