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On a parlé d’Eric Rohmer, de PrEP et de sexe gay avec Lucio Castro, le réalisateur de « Fin de siècle »

Après s'être fait la main avec plusieurs formats courts, le réalisateur argentin Lucio Castro signe un premier long-métrage sensible et surprenant, où deux hommes explorent l'amour et le couple.

Les histoires d'amour entre deux hommes ne courent pas les salles obscures. Mais cette rentrée, on pourra compter sur Fin de siècle, le premier long-métrage du réalisateur Lucio Castro, que certains ont déjà eu la chance de voir au festival Chéries-Chéris. Le pitch ? Ocho est Argentin mais il habite New York. Lors d'un séjour à Barcelone, il invite Javi, un jeune blond qui lui a tapé dans l'œil, à boire un verre. De fil en aiguille, une nuit torride les attend. Mais plus ils discutent, et plus ils se rendent compte qu'en fait, ils se connaissent déjà...

Encore méconnu, Lucio Castro propose un premier film plein de surprises. Il filme les corps et le sexe avec un réalisme déconcertant, et capture comme personne la lumière de la côte catalane en été. Alors que le film débarque le 23 septembre dans les salles de cinéma, TÊTU a posé quelques questions au réalisateur.

Fin de siècle est votre premier long-métrage. C'est n'est pas trop de pression de dévoiler son premier film ? 

Lucio Castro : Je n'ai pas ressenti trop de pression parce que c'était un petit projet. Si le film avait disparu, personne n'y aurait fait attention. Mais ça me va. Je l'ai réalisé avec très peu d'argent. C'était une bonne expérience pour moi, car je me sentais en total contrôle du film. Ce qui a marché à mon avantage et a enlevé la pression. Aussi, ça m'a permis de vraiment trouver ma voix.

Pourquoi avoir choisi une telle histoire pour votre premier long-métrage ?

Avant ce film, j'avais écrit deux scénarios de longs-métrages. Le premier est encore en chantier parce qu'il nécessite un gros casting plus expérimenté et plus de lieux de tournage. Et donc, plus d'argent. Le second, que je vais d'ailleurs tourner en avril, se déroule à New York mais avait aussi besoin d'un budget plus conséquent. Alors j'ai voulu faire quelque chose qui pouvait être filmé par une toute petite équipe dans des lieux naturels, un film qui ne nécessite pas que l'on construise un plateau de tournage. C'est avec ces deux contraintes que j'ai écrit Fin de Siècle.

Comment avez-vous eu l'idée des "twists" qui traversent le scénario  ?

Au début, je ne savais pas du tout où l'histoire allait aller. Ça commence par un début très classique, avec un personnage qui arrive dans une ville qu'il ne connaît pas trop. C'est un début très standard. Je suivais juste ce personnage et je me suis demandé ce que je ferais si j'étais à sa place. Puis, il rencontre cet autre personnage. Ils couchent ensemble, ils traînent ensemble. C'est là que je me suis dit : "et s'ils s'étaient déjà rencontrés ?". Mais vraiment, j'ai écrit l'histoire de la manière dont elle se développe dans le film. Je n'ai rien prévu en amont, tout était très linéaire.

On sent beaucoup d'influences dans Fin de siècle.

Je suis un cinéphile de la première heure. Je regarde au moins un film par jour. De façon consciente, Conte d'été de Rohmer est une référence directe. Mon point de départ est vraiment similaire à celui du film, dans le sens où le personnage arrive dans une ville de vacances pour un petit bout de temps. Il y a aussi les films de Hong Sang Soo, un réalisateur coréen qui joue avec les notions de temps et de répétition. Il m'a clairement influencé. Ce que j'aime dans le cinéma, c'est quand l'ordinaire se mélange à l'épique, avec des sauts dans le temps par exemple. C'est aussi présent dans les autres scénarios que j'ai écrits.

Le cinéma ne représente pas toujours très bien le sexe entre deux hommes. Comment avez-vous approché les scènes plus intimes du film ?

J'ai l'impression que le sexe, hétéro comme gay, est toujours quelque chose de bizarre au cinéma. Dans beaucoup de films, les filles gardent leur soutien-gorge par exemple, ce qui est juste ridicule. Pour Fin de siècle, les deux acteurs étaient un peu nerveux. Pas parce que c'était une scène de sexe gay, mais parce que les scènes de sexe mettent toujours les acteurs dans une position de vulnérabilité. Pour calmer leur stress, on a planifié les prises jusqu'au moindre détail avec un timing précis. La seule directive que je leur ai donnée, c'est de ne pas s'inquiéter d'avoir une bonne tête. Pour moi, pendant le sexe, on ne ressemble à rien. On perd le contrôle de notre apparence, on fait des têtes étranges et bestiales. Donc s'ils essayaient trop d'être sexy, je leur disais d'essayer autre chose. Étonnamment, on a filmé ces scènes très vite, alors qu'on a mis une éternité pour celle où ils dansent.

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Sans trop tomber dans les spoilers, l'idée de safe sex est présente dans le film, par l'usage du préservatif ou de la PrEP rendu explicite. C'était volontaire ?

J'ai l'impression que nous, les gays, pouvons être très libérés sexuellement. Aujourd'hui, il y a une génération plus jeune qui ne se préoccupe plus du sida grâce à la PrEP. Je suis né en 1975, donc je suis devenu sexuellement actif en plein milieu de la pandémie du sida. Pendant longtemps, "sexe gay" était synonyme de "sida". Puis, avec davantage d'informations, on a réalisé que ce n'était pas si facile d'être contaminé, mais tout de même. À l'époque, c'était mortel. L'idée de mort était toujours présente dans mes premières rencontres sexuelles. Dans le film, je voulais surtout contraster les scènes du passé avec celles du présent où le rapport au sexe et à la protection n'est plus tout à fait le même.

Fin de siècle brasse plusieurs thèmes comme l'intimité, l'acceptation de soi, la famille. Quel est le message que vous souhaitiez véhiculer à travers ce film ?

Dans les relations et dans la manière dont on rencontre les gens, il y a un truc qui me fascine. Ces moments de connexion sont très simples et aussi très complexes. J'espère que le film parvient à encapsuler cette émotion-là. Quelque chose de dur à décrire mais de facile à ressentir.

Crédit photo : Optimale Distribution


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