Souriante, gentille et solidaire… Jessyca Sarmiento au delà du fait divers

Arrivée du Pérou six mois avant d'être assassinée, Jessyca Sarmiento était discrète mais elle avait toujours une attention pour les autres. À l'occasion de la journée du souvenir des personnes trans, TÊTU revient, avec ceux qui l'ont connue, sur sa personnalité douce et sa combativité.

Il était 2 heures 25 lorsqu'une voiture, dans laquelle se trouvait trois individus, a foncé sur Jessyca Sarmiento allée de la Reine-Marguerite dans le bois de Boulogne, le 21 février dernier. Selon les témoins qui ont prévenu les secours, une Clio a écrasé la femme trans avant de prendre la fuite. Mais Jessyca Sarmiento était plus bien plus qu'une victime. À l'occasion de la journée du souvenir des personnes trans, TÊTU a souhaité rendre hommage à cette femme joyeuse et attentive aux autres.

Arrivée du Pérou en 2019

Comme beaucoup de femmes trans à travers le monde, Jessyca a choisi de quitter son pays natal, le Pérou, pour la France. Dans ce pays, elle avait le sentiment que ses droits fondamentaux seraient protégés. Après une première obligation de quitter le territoire français, elle s'est rapprochée de l'association Acceptess-T pour faire un nouveau dossier. "Comme elle était porteuse du VIH, elle avait le droit à une régularisation pour des raisons de santé, à défaut d'obtenir l'asile", souffle à TÊTU Giovanna Rincon, directrice d'Acceptess-T.

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"C'est quelqu'un qui a subi des violences, des agressions dans son quartier en banlieue de Lima", indique Giovanna Rincon. Jessyca a grandi dans la campagne, dans la province de Cañete, mais elle a dû se rapprocher de la capitale du Pérou pour initier son parcours de transition. Brenda, elle aussi péruvienne l'a ensuite aidée à venir en France et l'a hébergée chez elle, dans les Hauts-de-Seine. "Je lui ai prêté l'argent pour le billet d'avion et elle m'a remboursée", témoignait en février cette femme de 41 ans qui a subi deux violentes agressions au Bois. Il y a quatre ans, la demi-sœur de Jessyca, elle aussi femme trans, a été assassinée en Argentine.

Une détermination à s'intégrer

À peine arrivée à Paris, cette amatrice de musique voulait absolument apprendre le français. Pendant ses cours, elle était discrète, mais volontaire, "c'était une élève moteur qui avait fait des progrès incroyables en quelques semaines", insistait son professeur Rémi Vibert, lors de l'hommage qui lui était rendu. "Je me souviens de son sourire, ce même sourire qu’elle arborait en arrivant et en sortant de classe. Je veux lire derrière ce sourire une détermination à s’en sortir et à s’intégrer. Ce sourire montrait aussi sa profonde gentillesse. Les éclats de rire, les attentions pour ses professeurs et chacun de ses camarades", écrivait-il dans un post Facebook cité par Neon.

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Pâtissière en devenir

Si pour joindre les deux bouts, Jessyca était travailleuse du sexe, elle comptait faire une formation, et trouver un emploi en pâtisserie ou en cuisine. Joyeuse, espiègle et accueillante, elle avait toujours une pensée pour les autres. Lorsqu'elle arrivait à ses cours de français, cette femme de 38 ans venait presque toujours avec quelque chose à grignoter, des spécialités péruvienne. Faites maison, évidemment. "Dans son travail, dans la rue, elle apportait à manger à ses camarades. Elle avait un esprit solidaire", insiste Giovanna Rincon.

Jessyca avec ses deux colocataires, Wendy et Lourdes

Résultat, elle est très rapidement appréciée par ses colocataires et la communauté. Tous et toutes sont stupéfaites de la disparition de Jessyca. Ses amies se demandent pourquoi en 2020, on s'en prend encore aux personnes transgenres. "Ce sentiment d'injustice est d'autant plus fort que Jessyca est une personne adorable, qui pense toujours aux autres", poursuit la directrice d'Acceptess-T. Le lendemain de l'assassinat de Jessyca, les services n'ont pas pris la peine d'enlever le sang qui s'était déversé sur la chaussée. "Jessyca était très serviable, c'était une très bonne amie. Je suis retournée dans mon pays quelques jours avant de recevoir la nouvelle tragique, je ne pouvais pas le croire. Elle me manque tellement...", regrette auprès de TÊTU Lourdes qui a vécu avec elle.

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Wendy, son autre colocataire appuie. "C'était plus qu'une amie. Jessyca était une soeur pour moi. Je n'ai jamais rencontré une personne d'aussi gentille. Elle plaisantait avec tout le monde, était très sociable et savait éviter les problèmes", témoigne-t-elle. Les deux colocataires aimaient cuisiner ensemble.

Crédit photo : DR

"Le coupable, c'est l'État"

Depuis l'assassinat de Vanessa Campos en août 2018 par arme à feu, un donateur s'est approché d'Acceptess-T. Il a promis de payer un billet d'avion pour la famille des personnes trans tuées. Il a donc permis au frère de Jessyca, Severino, de venir à Paris, quelques jours avant la mise en place du confinement qui l'a forcé à retourner au Pérou. "Le coupable, ce n’est pas seulement le conducteur de la voiture qui a renversé Jessyca. C’est l’État, la loi, et tout un système", disait-il à Libération lors de l'hommage rendu à sa sœur.

 

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Acceptess-T organise un live sur Instagram à partir de 18 heures, ce vendredi 20 novembre afin de se recueillir.

 

Crédit photo : Capture d'écran facebook Acceptess-T


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