Jean Dormont, chercheur pionnier dans la lutte contre le sida, est mort

Jean Dormont est décédé à l'âge de 91 ans. Ce professeur de médecine a lutté contre le VIH/sida en développant des essais cliniques pour l'ANRS. Il a notamment associé davantage les patients à la recherche.

Il a donné de la place aux patients et a révolutionné l'approche de la lutte contre le VIH. À 91 ans, le professeur Jean Dormont, est mort. Ce professeur de médecine a coordonné les essais cliniques de l'ANRS. Entouré d'une équipe pluridisciplinaire, on lui doit une recherche importante dans l'utilisation de l'AZT.

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Lorsqu'il se lance dans la recherche contre le VIH/sida en 1987 au sein de l'ANRS (Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales), Jean Dormont a déjà plusieurs réussites en néphrologie à son actif. Il a été associé aux premières greffes de rein à l'hôpital Necker en 1960. Le médecin a notamment participé à la recherche médicamenteuse qui a accompagné les premiers succès durables de ces greffes. Quand il rejoint l'ANRS, Jean Dormont est alors doyen de la faculté de médecine Paris-Sud.

Des essais thérapeutiques

À l'ANRS, il coordonne les essais thérapeutiques et s'inspire notamment des États-Unis, qui ont un train d'avance dans leur organisation de recherche. Et son apport est considérable, notent trois anciens collègues dans un hommage publié dans Le Monde. On lui doit notamment un contrôle étroit de la qualité des essais thérapeutiques. Mais surtout, leur construction avec les associations de patients.

Il lance notamment l'essai Concorde, avec le Medical Research Council britannique. Jean Dormont cherche à déterminer à quel stade fait-il commencer un traitement à l'AZT. L'essai ACTG 076, a, lui, permis de réduire la transmission du VIH de la mère à l'enfant grâce à l'AZT.

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"J’ai été très ému quand il a quitté l’ANRS car son départ marquait la fin d’une époque. En nous ouvrant grand les portes, il nous a permis de déconstruire certains mythes, certains préjugés que nous avions vis-à-vis de la recherche institutionnelle", se souvient Didier Lestrade, co-fondateur de la branche française d'Act Up cité par Transversal mag.

Chef d'orchestre

"Là où Jean Dormont a été particulièrement novateur c’est par sa décision d’ouvrir ces essais à tous les acteurs. Il n’impliquait pas seulement les chercheurs et les cliniciens mais aussi des virologues, des statisticiens, des spécialistes en sciences sociales et des épidémiologistes" se souvient Patrick Yeni, président du Conseil national du Sida, dans le magazine de Sidaction. "Il a une grande capacité à faire travailler les gens ensemble, à les faire avancer", soulignait en 2016 Françoise Barré-Sinoussi. Le groupe de chercheurs a émis des recommandations sur la prise en charge du VIH, à partir de 1993. Le "rapport Dormont" faisait alors autorité.

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Jean Dormont le disait dans les années 1997, en matière de sida, il s'agit de "taper vite et fort". Et ne faut pas se limiter à une seule molécule. "Si la trithérapie fait reculer la mortalité chez les personnes atteintes, pourquoi ne pas la proposer comme traitement préventif ?", propose-t-il à l'Express en 1998, déployant le TPE (traitement post-exposition). 23 ans plus tard, la PrEP est une arme majeure dans la lutte contre le VIH/sida.

 

Crédit photo : Inserm / Michel Depardieu


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