Etats-UnisGonorrhée, syphilis, chlamydia... les IST explosent aux États-Unis

Par Nicolas Scheffer le 27/05/2021
depistage ist

L'agence fédérale de santé américaine signale une augmentation spectaculaire des IST depuis 2015, soulignant que le Covid-19 a en outre freiné leur dépistage. Au total, le CDC dénombre 2,5 millions de cas de chlamydia, de gonorrhée et de syphilis.

Depuis maintenant six ans, les IST (infections sexuellement transmissibles) explosent aux États-Unis. L'alerte nous vient du CDC, l'agence américaine en charge de la santé, via sa dernière note de surveillance citée ce mardi 25 mai par la revue scientifique JamaNetwork. En 2019, l'agence a ainsi recensé quelque 2,5 millions de cas de chlamydia, de gonorrhée et de syphilis. "Ces infections restent communes, coûteuses et mettent en danger la santé et le bien-être de millions de personnes aux États-Unis", signale le bulletin épidémiologique.

Dans le détail, les États-Unis ont comptabilisé 1,8 million de cas de chlamydia en 2019, soit une augmentation de 19% depuis 2015. Les gonorrhées ont augmenté de 56% pour atteindre 616.000 cas. Mais le plus impressionnant est l'explosion de syphilis de 74% depuis 2015, pour atteindre 130.000 cas (tous stades confondus).

"Nos défenses contre les IST sont mises à mal"

"Il y a moins de 20 ans, les gonorrhée étaient à un taux historiquement bas, on approchait l'éradication de la syphilis et les avancées concernant les chlamydia rendaient les dépistages plus simples, rappelle Raul Romaguera, directeur de la division des IST aux Centers for Disease Control and prevention (CDC). Depuis, ces progrès se sont réduits et nos défenses contre les IST sont mises à mal." Et d'ajouter : " Nous devons concentrer nos efforts pour regagner du terrain perdu. Ces données devraient créer un sentiment d'urgence et mobiliser les ressources nécessaires".

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L'accès aux dépistages est pointé du doigt. "Les inégalités sociales conduisent souvent à des inégalités en matière de santé. Aujourd'hui, de nombreux Américains, particulièrement issus de minorités, ont des difficultés pour avoir accès aux centres de santé sexuelle.".

Le Covid-19 a entravé les dépistages

D'autant que depuis, l'épidémie de coronavirus est passée par là. "Ces chiffres et tendances ne reflètent pas l'effet de l'épidémie de Covid-19 aux États-Unis, avertit Raul Romaguera. De nombreux personnels de santé sexuelle ont été appelé en renfort pour lutter contre le Covid-19 et les services ont dû ajuster leurs ressources en conséquence. Les cliniques ont effectués bien moins de tests d'IST et les centres ont dû revoir leurs horaires."

En France également, les chiffres du dernier bulletin épidémiologique, publié en décembre dernier, sont mauvais. Les gonocoques y sont signalés en augmentation de 58% en 2019 par rapport à 2017. Les chlamydia, elles, augmentent de 20% sur la même période. Les syphilis enfin atteignent une augmentation de 22%. Or, chez nous également, l'irruption du Covid-19 a par définition conduit à une chute des dépistages des IST. Mais si les chiffres sont mauvais, ils ne sont pas alarmants, rappelait alors à TÊTU Aurélien Beaucamp, président de AIDES : "Ces IST sont évidemment beaucoup moins graves que le VIH, elles peuvent être traitées".

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Crédit photo : Reproductive Health Supplies Coalition / Unsplash