chanson françaiseDécouverte musicale : la rappeuse Goldy et son clip lesbien "Rose"

Par Tessa Lanney le 16/06/2021
musique rap francais

Dans son premier EP, Motema, la rappeuse Goldy dépeint une histoire d'amour lesbienne. Elle a accepté de nous dévoiler une partie de son intimité qu'elle a insufflée dans son dernier clip, Rose.

Elle s’appelle Goldy, elle a 26 ans, elle est lesbienne, fait du rap et nous régale avec son clip lyrique : Rose. Sorti le 28 mai, il est issu de son premier projet, un EP nommé "Motema", quatre sons qui racontent une histoire d’amour entre deux femmes. Motema signifie "cœur" en lingala, l'une des langues parlées en République démocratique du Congo. Arrivée en Île-de-France en 2014, l'artiste est en effet née à Kinshasa, puis a grandi à Lyon.

Goldy est une artiste aux multiples facettes. Attirée par la poésie, elle débute en écrivant des poèmes, puis se tourne vers la musique. Peu avant le premier confinement, elle se plonge corps et âme dans sa passion. Dans son clip Rose, on perçoit la trace de ses premières amours lyriques. Elle joue avec les rythmes et les sonorités jusqu’à nous faire plonger dans son intimité.

Une vision de l'amour "cyclique"

Goldy fait ses propres maquettes et, pour son clip, elle voulait retranscrire l’aspect "cyclique" des relations amoureuses lambdas. Elle se met donc en scène avec une figurante, qui n’a pas été choisie au hasard puisqu’elle fait aussi partie de la communauté LGBTQI+. "Je voulais vraiment que le clip ressemble à un court métrage, confie-t-elle. J’ai toujours été attirée par le théâtre mais paradoxalement, je n’ai jamais osé en faire."

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Le clip est un medley de deux sons qui représentent les deux premières phases d’une relation amoureuse. Tout d’abord la rencontre, avec le morceau Ce soir où l'on retrouve l’euphorie des premiers rendez-vous. Puis on a Rose, symbolisant la passion. Pensé comme un triptyque, le petit film est marqué par une forte influence cinématographique. "Je voulais qu’il soit beau, ne pas tomber dans le cliché du clip de hip-hop avec des meufs qui twerkent."

L’équipe, notamment composée de L2a Prod à la production et 48noverse à la réalisation, a pu profiter de l’architecture parisienne en tournant à Saint-Michel. On a affaire à un véritable mélange esthétique : si certains plans extérieurs ont un côté fait maison spontané, les plans intérieurs sont plus léchés.

"Pour moi, ça a été une espèce de thérapie"

En dehors du clip, l'artiste a aussi fait deux autres sons pour "Motema" : Tristesse et Déclic. Vous l'aurez deviné, le premier évoque la rupture, l’autre la "renaissance" qui s'ensuit. "La différence est frappante parce que le dernier son est totalement rappé, avec un flow rapide et une voix plus grave. C’est le moment où on se dit qu’on veut passer à autre chose…" Puis vient une nouvelle rencontre, une nouvelle boucle.

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Crédit photo : Goldy

"Pour moi ça a été une espèce de thérapie", avoue la jeune femme. Jusqu’à présent, elle avait tendance à se brider dans la musique mais dans ces sons, elle saute le pas et parle à coeur ouvert. Une mise à nue très différente de son style habituel. "D’habitude, les gens me voient plus dans des musiques rappées, saccadées, du rap pur et dur", explique-t-elle. Mais le message qu’elle véhicule lui tenait à cœur : "Je voulais montrer qu’une histoire d’amour entre deux femmes est possible, et en particulier entre deux femmes noires."

Offrir une représentation aux personnes queer racisées

Ce clip fait sa fierté car c’est avant tout une prise de risque. "Je suis Congolaise et ce sujet est assez tabou. Mes parents se doutent de mon homosexualité mais pensent que c’est une phase. Je me dis que si le clip prend une ampleur considérable, ils vont finir par le découvrir. Mais une part de moi a peur d’être rejetée malgré tout."

Sa motivation à prendre des risques, Goldy la puise aussi dans le manque de représentation : "Il y a certaines personnes, mes parents les premiers, qui sont persuadés que c’est une phase et que l’homosexualité, c’est un truc de blancs", raconte-t-elle, un sourire amusé dans la voix. De fait, elle constate que le rap manque d’artistes noirs ouvertement homosexuels. "Moi par exemple, quand j’avais 16 ans, j’aurais bien aimé avoir une Goldy à laquelle j’aurais pu m’identifier." Heureusement, des voix émergent, comme celle de Lala &ce, source d’inspiration pour Goldy. "Je trouve qu’elle représente bien la communauté. Il en faut plus, des filles comme ça."

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Crédit photo : Goldy