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Cameroun : deux femmes trans racontent « l’enfer » après cinq mois de détention

L'influenceuse transgenre Shakiro et son amie Patricia avaient été condamnées à cinq ans de prison ferme en mai dernier pour “tentative d’homosexualité” et “outrage public à la pudeur”.  

"La prison, c'est l'enfer. C'est l'enfer. Surtout quand ils vous accusent d'homosexualité. On est traitées comme des sous-hommes." Il y a cinq mois, Shakiro, une femme trans de Douala, au Cameroun, et son amie Patricia avaient été condamnées par la justice camerounaise à cinq ans de prison ferme pour "tentative d'homosexualité" et "outrage public à la pudeur". Quelques jours après leur placement en liberté provisoire, Shakiro a accepté de décrire ses conditions de détention à la Deutsch Welle et Reuters. "Ils nous ont enchaînées", a-t-elle déclaré lors d'une interview au domicile familial, vendredi 16 juillet. "Nous avons été obligées de leur donner de l'argent pour qu'ils retirent les chaînes."

Une pétition avait été mise en ligne durant leur détention pour exiger leur remise en liberté. Elle avait réuni plus de 11.000 signatures et faisait état de leurs conditions carcérales désastreuses : "Nous aimerions présenter l'état de la cellule où elles sont incarcérées avec plus de trente autres personnes de sexe masculin, dans un espace de 10m2 et dormant à même le sol." Leur avocat Me Richard Tamfu avait également ajouté : Elles risquent de tomber malades, notamment du Covid-19. Elles sont menacées de viol par les autres détenus. Elles vivent dans des conditions déplorables, ce qui leur cause beaucoup de problèmes à la fois physiques et psychologiques”.

Joséphine Njeukam, la mère de Shakiro, a témoigné de son soulagement à Reuters lors de la remise en liberté des deux femmes : "Ce jour est le plus beau jour de ma vie parce que je ne croyais pas que ces enfants sortiraient de prison avec leur santé intacte."

Une peine "exceptionnellement sévère"

Incarcérées depuis février au Cameroun, l’influenceuse transgenre Shakiro et son amie Patricia avaient bénéficié mardi 13 juillet d’une mesure de liberté provisoire accordée par la cour d’appel de Douala (capitale économique du pays), pour laquelle le procureur général avait requis la non-opposition. Selon les déclarations de leur avocat Me Richard Tamfu, elles ont ainsi été autorisées à sortir de prison en attendant leur jugement en appel, dont la date n’a pas encore été fixée.

Shakiro et Patricia avaient été arrêtées le 8 février dans un restaurant de Douala, la police leur reprochant le port de vêtements féminins. Poursuivies pour “tentative d’homosexualité”, “outrage public à la pudeur” et “non-possession d’une carte d’identité nationale”, les deux femmes avaient écopé de cinq ans de prison ferme en première instance, soit la peine maximale prévue par le Code pénal camerounais pour ce type de délits. Une décision considérée comme “exceptionnellement sévère” par Me Richard Tamfu à l'issue du procès, selon les informations du Guardian : “Aucune preuve n’a été fournie par le tribunal pour les actes commis. Nous savons que dans le Code pénal camerounais, l’homosexualité est sanctionnée d’une peine allant entre six mois et cinq ans. Donc pour quelqu’un poursuivi pour “tentative d’homosexualité”, écoper de cinq ans, c’est très sévère.” Les deux femmes avaient ainsi été incarcérées, avant d'interjeter appel.

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Une forte répression anti-LGBT+ au Cameroun

À ce jour, l'homosexualité est encore illégale et sévèrement réprimée dans ce pays d'Afrique centrale. La loi prévoit ainsi jusqu'à cinq ans de réclusion pour quiconque entretiendrait des rapports sexuels avec une personne du même sexe. Dans la communauté LGBTQI+ camerounaise, près de 27 arrestations ont été recensées entre février et avril 2021, selon un reportage de France 24, en date du 17 mai 2021.

Pour Me Alice Nkom, deuxième avocate des prévenues et présidente de l'Association pour la défense des droits des homosexuels (ADEFHO), la décision rendue en première instance "veut nous montrer que le politicien camerounais veut absolument bannir l'homosexualité de sa société par tous les moyens". Des propos que vient compléter Me Richard Tamfu en déclarant qu'il s'agit d'un "message clair envoyé à la communauté LGBT, à savoir qu'elle n'est pas la bienvenue au Cameroun et qu'elle risque cinq ans d'emprisonnement en cas d'arrestation".

"Ma vie est menacée"

Une répression anti-LGBTQI+ repartie à la hausse ces dernières années au Cameroun, et déplorée par l'ONG internationale Human Rights Watch. "La loi qui criminalise les comportements homosexuels fait courir aux personnes LGBT un risque accru d'être maltraitées, torturées et agressées sans aucune conséquence pour les auteurs de ces actes", avait ainsi déclaré Neela Ghoshal, directrice des droits LGBT au sein de l'association. Et d'ajouter, à propos du procès de Shakiro et Patricia : "Le fait qu'une condamnation sévère de cinq ans ait été prononcée laisse penser que le Cameroun se lance à nouveau dans une attaque en règle contre les personnes LGBT."

Une crainte que Shakiro a exprimé auprès de la Deutsch Welle vendredi dernier, alors que la jeune femme souhaiterait vivre librement telle qu'elle est : "Je souhaite partir de ce pays parce que ma vie est menacée ici. Depuis ma sortie de prison, j'ai des amis qui veulent qu'on sorte mais je ne peux pas. En le faisant, les gens vont penser que j'essaye de faire le bras de fer avec la loi, vu que je me plais dans le corps d'une femme, forcément je vais sortir maquillée, habillée en femme et certaines personnes peuvent me faire du mal. J'ai peur de la population, la justice populaire. Si je sors, je sais ce qui m'attend."

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