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pop cultureDe "Brokeback Mountain" à Lil Nas X, la grande chevauchée du cow-boy queer

Par têtu· le 31/10/2025
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[Article à retrouver dans le magazine de têtu· de l'automne, ou sur abonnement.] Dans le top 10 de nos costumes d'Halloween, celui de cow-boy reste toujours bien placé. Il faut dire que les queers ont su détourner son image qui séduit tant l'égo masculin. Passage en revue des meilleurs détournements.

Par Maurine Charrier, Tessa Lanney et Florian Ques

  • Orville Peck, le masque et les franges

Les Daft Punk ont leurs casques réfléchissants, Sia sa perruque à frange XXL… Orville Peck, lui, arbore un masque façon logo Grindr, avec ou sans franges, qui dissimule la partie supérieure de son visage lors de toutes ses apparitions publiques et qu’il surmonte régulièrement d’un traditionnel chapeau de cow‑boy. Depuis la parution de son premier album, intitulé Pony, autoproduit en 2019, le chanteur canadien d’origine sud-africaine ne cache pas son homosexualité et se présente ainsi comme l’une des trop rares figures queers de la scène country. Sa consécration a lieu l’année suivante, lorsqu’il se voit adoubé par l’icône Shania Twain à travers leur collaboration, “Legends Never Die”.

À lire aussi : "On ne peut nier le sex-appeal d’un masque" : on a rencontré Orville Peck, le cow-boy queer qui réveille la country

  • Bandidas, navet chaud

On ne va pas se mentir, Bandidas (2006) est un petit navet cinématographique, mais cuit aux petits oignons, avec Salma Hayek et Penélope Cruz dans le bouillon. Dans cette ­comédie franco-américano-mexicaine ­d’action réalisée par Joachim Ronning et Espen Sandberg, les deux cow‑girls au caractère incandescent s’associent bon gré mal gré pour venger les meurtres de leurs pères respectifs, et défendre les opprimés en braquant des banques (sexy). Rien de très explicite dans ce western féminin militant et anticapitaliste. Mais la forte tension lesboérotique, nourrie par leurs ­disputes qui les laissent à califourchon l’une sur l’autre, leur poitrine corsetée et leur aura gonflée par la maîtrise d’un revolver, valent à coup sûr le voyage au Far West.

  • Lil Nas X, vacher sulfureux

En décembre 2018, un tube déferle sans prévenir : “Old Town Road”. Derrière ce morceau au carrefour de la country et du rap – une hybridation des genres qui existe déjà depuis les années 1990 –, un artiste afro-­américain d’à peine 20 ans et à la langue bien pendue : un certain Lil Nas X. Dans le clip qui dépasse aujourd’hui le milliard de vues sur YouTube, le garçon se présente d’abord en chapeau de cow‑boy marron et pantalon caramel rentré dans des bottes en cuir, sage, hétéro-­compatible… Mais en juin 2019, à l’occasion du mois des Fiertés, le voilà qui clarifie son goût pour les garçons, comme un cheval de Troie qui se serait immiscé dans la très mâle scène country.

  • Chappell Roan, drag queen de l’Ouest

Avec son clip “Pink Pony Club”, bottes vernies aux pieds et Stetson vissé sur la tête, Chappell Roan propose une country synthétique, hyperféminine et résolument camp. C’est Dolly Parton qui rencontre RuPaul qui rencontre Lana Del Rey sous acide : une esthétique de la surcharge, de la romance dramatique et du mascara qui coule. Si elle détourne les codes du western – solitude du cow-boy, amours interdites, quête de liberté –, c’est pour mieux raconter l’exil sentimental d’une gouine dans un monde qui lui fait croire qu’elle n’y a pas sa place. En réponse, notre cavalière de la pop transforme chaque scène en saloon queer fuchsia.

  • Strange Way of Life, western à la sauce Almodóvar

Avec Strange Way of Life (2023), Pedro Almodóvar enfile à son tour des santiags pour torpiller la virilité dépassée du western spaghetti. Le court-métrage – 31 minutes de tension érotico-pastorale – met en selle Pedro Pascal et Ethan Hawke, ex-amants à la gâchette aussi lente que leur regard est langoureux. Le désert ? Torréfié. Le désir ? En bandoulière. Almodóvar ne pastiche pas le western, il en épouse les archétypes pour mieux les tremper dans un bain queer baroque. Ici, pas de saloon, mais une cuisine andalouse où mijotent les regrets ; pas de duel, mais des non-dits chargés comme des revolvers. Le cow-boy almodovarien ne conquiert pas l’Ouest, il pleure, il aime, et il recoud sa chemise en soie verte.

  • Beyoncé, Texas hold-up

Avec son huitième album studio intitulé Cowboy Carter, dévoilé en mars 2024, Beyoncé surfe à fond la nouvelle vague country. Nourrie par son propre héritage familial texan, l’icône se réapproprie les codes de la parfaite cow-girl, en talons et chaps sur son cheval blanc mystique. Ce look, associé à la direction artistique forte de l’album, a séduit un public queer à la pointe de la mode. Chaque concert de la diva se transforme désormais en défilé de fans arborant santiags et veste à franges pour participer au rodéo du Cow-boy Carter Tour.

  • Village People, pionniers du genre

Bien avant Beyoncé en chaps ou Chappell Roan en latex western, les Village People brandissaient déjà le Stetson comme un drapeau queer. Au sein de la meute disco, le cow‑boy, Randy Jones, était plus Greenwich Village que Grand Canyon : moustache taillée au cordeau, chemise ouverte sur torse huilé, cuir lustré pour rodéo en club… Sous les beats de “YMCA”, bien avant la grande récupération ­trumpiste, ces figures hypergenrées – cow-boy, flic, ouvrier – ont fait exploser dès la fin des années 1970 les codes virils à coups de second degré dansant. Leur héritage : une esthétique festive et subversive qui ose rejouer les archétypes américains à la sauce cruising, sous la boule à facettes.

  • Le Secret de Brokeback Mountain, concours de regards mouillés

Avant que le western queer ne devienne une trend TikTok, Ang Lee dégainait l’arme lourde dès 2005 avec son drame amoureux entre deux cow-boys plus taiseux qu’un cheval mort, mais brûlants de désir sous leurs ­chemises à carreaux. Brokeback Moutain, c’est John Wayne qui chiale dans sa tente, ou le Far West débarrassé de son hétéronormativité poussiéreuse. Les grands espaces deviennent étouffants comme des prisons intérieures, les santiags claquent dans un silence de placard, les lassos échouent à retenir les cœurs. Ennis et Jack (Heath Ledger et Jake Gyllenhaal, inoubliables) incarnent une masculinité entravée, gay mais pas camp, tragique mais jamais drama-queen. Et nous, depuis déjà vingt ans, on n’est vraiment redescendus de cette montagne.

À lire aussi : "Brokeback Mountain" : la confidence touchante de Jake Gyllenhaal sur Heath Ledger

Crédit photo : capture du clip "Old Time Road"

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