Investie cet été tête de liste Les Écologistes pour les élections municipales de 2026 à Saint-Ouen, Sabrina Decanton a déjà annoncé son abandon. Des membres de son groupe lui auraient notamment affirmé que son homosexualité était un frein à la victoire dans cette ville où vit une importante communauté musulmane… Elle se confie à têtu·.
En rejoignant Les Écologistes pour les élections municipales de 2020, Sabrina Decanton était fière d'appartenir au parti de Noël Mamère, à qui l'on doit le mariage de Bègles en 2004. Habitante de Saint-Ouen depuis 2009, cette salariée du conseil départemental est alors élue conseillère municipale de la ville de Seine-Saint-Denis remportée par le socialiste Karim Bouamrane. Mais cette année, son groupe décide de prendre son autonomie et de présenter, aux prochaines municipales de mars 2026, une liste autonome. En juillet, son parti l'investit pour mener la campagne. Retournement de situation ce mercredi 26 novembre : dans un communiqué adressé aux Audoniens, Sabrina Decanton annonce jeter l'éponge. Elle dénonce dans ce texte des "comportements et propos inacceptables" au sein même de son propre groupe : "Mon orientation sexuelle est évoquée comme un obstacle à ma candidature et à une éventuelle victoire", dénonce l'élue lesbienne âgée de 40 ans. De la lesbophobie chez les Verts ? Rapidement, Marine Tondelier, secrétaire nationale du parti, apporte publiquement son "soutien total" à l'élue municipale "qui a vécu à Saint-Ouen des pratiques politiques inacceptables". Et de promettre que les instances disciplinaires du mouvement "ont été saisies entretemps pour y donner suite". En exclusivité, Sabrina Decanton répond à nos questions.
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- Quand avez-vous commencé à recevoir les remarques lesbophobes que vous dénoncez ?
Avant même mon investiture, en tant que tête de liste des Écologistes à Saint-Ouen, certains militants de la section locale m'ont dit, en face, que mon orientation sexuelle allait être un frein à ma candidature. Ces militants, dont certains sont élus à mes côtés au conseil municipal, m'ont ouvertement dit qu'en tant que lesbienne, je ne pourrais pas faire campagne dans les quartiers populaires de la ville. Je ne me suis pourtant jamais cachée, je ne fais pas semblant : tout le monde sait qui est ma compagne. Et maintenant, on me le reproche...
- Aux yeux de ces personnes, une lesbienne ne peut donc pas faire campagne dans une ville comme Saint-Ouen ?
Ces personnes entretenaient le flou en invoquant des "quartiers populaires". Mais je n'ai jamais eu aucun problème à militer dans ces quartiers. En réalité, ce sont ces militants qui pensent que les quartiers pauvres et les musulmans sont nécessairement homophobes. Leur lesbophobie se double donc de classisme et d'islamophobie. Or, j'ai de nombreux amis musulmans qui n'ont absolument aucun problème avec mon orientation sexuelle, et je pense que c'est le cas pour la majorité des habitants de la ville. Ce que les Audoniens veulent, c'est un·e maire qui résout leurs problèmes.
- Pourquoi avoir attendu ce jour pour prendre la parole ?
Les choses se sont envenimées en septembre/octobre, quand on a cherché à me faire culpabiliser d'être candidate. On me faisait comprendre que j'étais redevable car ce serait si difficile de faire campagne pour une lesbienne… C'est une forme de rejet sournois. Dans ma vie, j'ai déjà fait l'objet de remarques ouvertement lesbophobes. Mais j'ai mis beaucoup de temps à comprendre que la lesbophobie pouvait être plus insidieuse, et à comprendre que c'était le cas de ces remarques.
- Vous avez entrepris des démarches, au sein de votre parti, pour alerter sur cette situation ?
J'ai saisi le 6 novembre la cellule de lutte contre le harcèlement et la discrimination du parti, et celle-ci a lancé une enquête. Mais c'est un travail long à mener, et ce rythme n'est pas satisfaisant pour les victimes. En revanche, j'ai immédiatement été contactée par Marine Tondelier, la secrétaire générale, qui m'a assurée de son soutien. C'était un soulagement de se sentir écoutée
- Pourquoi, dans ce cas, est-ce vous qui abandonnez ?
J'ai d'abord eu le sentiment de pouvoir gérer la situation. Dans un premiers temps, j'ai essayé de convaincre ces personnes que mon identité n'allait pas poser de problème pour la campagne. Mais quand j'ai compris que je n'y arriverais pas, il devenait impossible pour moi de faire campagne à leurs côtés
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Crédit photo : têtu·