excluGuets-apens homophobes : l'État mobilise les applis de rencontre

Par Nicolas Scheffer le 24/03/2026
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[Article à retrouver dans le magazine de têtu· du printemps, disponible chez vos marchands de journaux ou sur abonnement.] Pour lutter contre le fléau des guets‑apens visant des hommes gays, quatre des plus grosses applications de rencontre en France, dont Grindr, ont élaboré un plan d'action avec la Délégation interministérielle chargée de la lutte contre la haine anti-LGBT (Dilcrah).

Illustration : Romain Lami pour têtu·

Mieux vaut tard que jamais. Alors que têtu· et plusieurs associations communautaires alertent les pouvoirs publics depuis plusieurs années sur le fléau des guets-apens homophobes, les applications de rencontre faisaient l’autruche. Prenant les choses en main pour lutter contre ces crimes crapuleux rapportés chaque semaine dans la presse, la Délégation interministérielle de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), rattachée au ministère de l’Égalité, a réuni associations LGBTQI+ et applications, afin d’élaborer une charte établissant un plan d’action.

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Dans ce texte qu’ont accepté de signer Grindr, Tinder, Happn et Bumble, les plateformes s’engagent à mieux informer les utilisateurs, à faciliter le signalement de profils potentiellement dangereux, à encourager la vérification des profils et à davantage coopérer avec les forces de l’ordre. "Ces actes d’une violence inouïe doivent cesser et nous devons tout mettre en œuvre pour enrayer ce phénomène", plaide Aurore Bergé, la ministre chargée de la Lutte contre les discriminations.

Prévention

L’information étant le socle de la lutte contre les guets-apens, les applications s’engagent à délivrer, dès la création du compte utilisateur, des conseils qu’elles promettent de répéter au fil de la navigation. Des messages types qui pourraient devenir personnalisés, puisque les applis promettent d’étudier la possibilité d’une analyse automatique des échanges, afin d’alerter l’utilisateur en cas d’interaction suspecte. D’ores et déjà, les applications s’engagent à renforcer leurs capacités de modération, humaines et techniques, pour à la fois traiter les signalements d’usagers douteux mais aussi repérer, grâce à "la détection de mots-clés" déterminés avec l’aide des associations, les "comportements violents, discriminatoires ou menaçants".

Vérification

Un meilleur contrôle des utilisateurs est également à l’ordre du jour de ce plan d’action. L’État encourage les applications à mettre en place des systèmes de vérification “par selfie, biométrie ou pièce d’identité”. Une mesure sensible, tant l’anonymat des applis de rencontre est un critère non négociable pour beaucoup d’entre nous. C’est pourquoi cette validation sera encouragée mais non obligatoire pour continuer à surfer sur Grindr et compagnie. Pour sécuriser leur propre navigation, les usagers auront la possibilité de filtrer les profils selon qu’ils auront été vérifiés ou pas. "L’objectif n’est pas de restreindre la liberté d’utiliser les plateformes, précise la ministre Aurore Bergé, mais de garantir que cette liberté puisse s’exercer dans une meilleure sécurité."

Signalement

La charte prévoit un volet consacré au signalement des usagers menaçants ou suspects. Une nouvelle catégorie spécifique de signalement doit ainsi être créée concernant les "risques de violences et de guets-apens". Les partenaires de la charte s’engagent à l’utiliser pour étudier l’évolution quantitative de ces signalements, afin de documenter le phénomène.

Ensuite, lorsqu’un usager est signalé pour ce motif, tout devra être mis en œuvre pour qu’il soit effectivement exclu des applis. Les utilisateurs signalés à plusieurs reprises dans ce cadre pourront être repérés par leurs "noms, prénoms, appareil, courriel, téléphone ou adresse IP" et ainsi rester "suivis" par les applis pour "limiter les risques de récidive", c’est-à-dire éviter qu’ils créent un nouveau compte une fois le précédent désactivé. Enfin, l’État encourage, lorsque cela est techniquement et juridiquement possible, à bannir les utilisateurs de tous les services d’un même groupe. Et même à engager un travail collectif pour bloquer d’une appli à l’autre les utilisateurs indésirables.

Coopération

Enfin, car il serait naïf de penser que les mesures de prévention suffiront à éradiquer le phénomène, les applications s’engagent à coopérer avec la justice lorsque des agressions sont perpétrées. Les forces de l’ordre et les magistrats ayant fait état d’un manque criant de ­communication avec les plateformes, qui complique la récupération de preuves lors des enquêtes sur des guets-apens homophobes, la charte ­prévoit que les applications ouvrent un "point de contact" à l’usage des autorités pour déposer directement leurs requêtes. Elles promettent également de transmettre les éléments utiles aux investigations, notamment les échanges, afin qu’ils puissent être exploités le cas échéant. "Les agresseurs doivent avoir conscience que les victimes portent plainte, qu’ils sont très souvent interpellés par la police et que les peines qui leur sont infligées sont lourdes", martèle la ministre. On ne peut qu’encourager les applis non signataires à rejoindre le mouvement et les pouvoirs publics à réitérer ce format de collaboration sur les autres sujets de prévention.

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