Matthias Renault, député Rassemblement national (RN) de la Somme, pense que les Trans Musicales, le fameux festival de Rennes, se consacre à la "musique d'artistes transgenres". Derrière cette bourde ridicule, ses autres amendements montrent l'ambition très sérieuse du parti de Marine Le Pen : attaquer les financements de programmes divers autour des thématiques LGBT+...
Un amendement peut en cacher bien d'autres. Comme l'a repéré Le Canard enchaîné, le député Matthias Renault, élu sous les couleurs du Rassemblement national (RN) dans la Somme (Picardie), a pondu un amendement dans lequel il attaque le financement public du secteur associatif, prenant pour exemple l'association Trans musicale, qui organise les Rencontres du même nom à Rennes. Manifestement pris d'un réflexe pavlovien dès qu'il entend le mot "trans", l'élu lui reproche d'être "connue pour l'organisation de festivals de musique d'artistes transgenres". Une position qui prête à sourire car ce festival éclectique de musique n'a rien à voir avec les personnes transgenres : son nom fait référence, comme le rappelle l'hebdomadaire, à un disque de jazz sorti en 1978. Mais derrière cet amendement, finalement retiré, se manifeste bel et bien le programme du RN : s'attaquer à divers financements liés aux sujets LGBTQI+.
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"Dans un contexte budgétaire contraint, il apparaît anormal que le contribuable finance à de tels montants des associations de loisir, quand il ne s’agit pas carrément de structures idéologiques et militantes", argumente Matthias Renault pour justifier une coupe de quelque 82,7 millions d'euros rien que dans le secteur de la création artistique. Et ce, sur un total de 3,2 milliards d'euros que, selon l'exposé des motifs de cet amendement, le RN compte couper au financement public du secteur associatif. De quoi nous inciter à lire les autres amendements du parlementaire…
Cinéma LGBT, "pink washing"…
Dans cette pêche aux sous qu'il porte au nom du RN, on décèle vite la cohérence des cibles choisies par Matthias Renault. Le député souhaite ainsi alléger de 24,2 millions d'euros le programme "Coordination du travail gouvernemental", qui finance notamment la lutte contre la haine anti-LGBT (Dilcrah) : le parlementaire lui reproche d'avoir "par exemple subventionné l'association Écrans mixtes pour l'organisation du festival de cinéma LGBT à Lyon". Au RN, on ne mange pas de ce pain-là.
Mais le parti de Marine Le Pen n'en a pas qu'après la culture queer. Avec le RN, oubliez aussi les formations contre le sexisme et les LGBTphobies dans les administrations : Matthias Renault propose de retirer un million d'euros à la Cour des comptes pour avoir fait appel à la société de Caroline De Haas, Egaé, qui propose des formations sur l'égalité entre les femmes et les hommes, la lutte contre les discriminations, la diversité et la prévention des violences sexistes et sexuelles. "Que des entreprises privées, sur leurs fonds propres, choisissent de faire du 'pink washing' est une chose. Que des institutions publiques prestigieuses utilisent l'argent du contribuable pour s'offrir ce type de formations aussi idéologiques qu'inutiles en est une autre", écrit-il dans cet amendement, également retiré.
Même logique appliquée à l'école : le député de la Somme veut raboter de 15,46 millions d'euros le financement des interventions d'associations de sensibilisation, notamment à l'homophobie ou aux stéréotypes de genre. Ainsi du programme "Vie de l'élève", "principal programme financeur des interventions d'associations idéologiques à l'école, comme le Centre francilien de ressources pour l’égalité femmes-hommes intervenant en milieu scolaire pour organiser des ateliers autour des stéréotypes de genre". En fouillant un peu plus, on trouve encore un amendement pour alléger de 576.240 euros la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Midelca), ce qui impacterait notamment la prévention autour du chemsex… Bref, tout un programme pour le RN.
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Crédit photo : Frederic Petry / Hans Lucas via AFP