politiqueLa gauche unitaire organise une primaire, boudée par Mélenchon et Glucksmann

Par têtu· avec AFP le 26/01/2026
Primaire pour 2027 : la gauche unitaire s'affirme face à Mélenchon.

Lucie Castets, François Ruffin, Marine Tondelier, Clémentine Autain, Olivier Faure… Réunies ce week-end à Tours, les personnalités composant le "Front Populaire 2027" ont annoncé la date d'une primaire visant à désigner une candidature de gauche susceptible d'accéder en 2027 au second tour de l'élection présidentielle. Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann maintiennent leur refus d'y participer.

"Nous n'avons pas le droit de ne pas offrir une perspective aux classes populaires, au peuple de gauche", défend Clémentine Autain. Ce samedi 24 janvier, à Tours, la députée du groupe parlementaire écologiste et social a donné une conférence de presse avec ses camarades du "Front Populaire 2027" pour annoncer la tenue, le 11 octobre 2026, d'une primaire visant à investir une candidature commune de gauche à l'élection présidentielle prévue en 2027.

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La démarche est celle de personnalités de la gauche non mélenchoniste qui comptent perpétuer l'esprit unitaire ayant permis, à la suite de la dissolution surprise de l'Assemblée nationale par Emmanuel Macron en 2024, au Nouveau Front populaire (NFP) de réaliser un score inespéré aux élections législatives. Ce Front Populaire 2027 est emmené par la cheffe des Écologistes Marine Tondelier, les députés François Ruffin (avec son mouvement Debout!) et Clémentine Autain (avec son mouvement L'Après), ainsi que la candidate pour Matignon désignée en 2024 par le NFP, Lucie Castets. Le 2 juillet dernier à Bagneux (Hauts-de-Seine), l'alliance – à laquelle prend aussi part Génération.s, le mouvement de Benoît Hamon – a fait serment de présenter à la prochaine présidentielle un "candidat commun" susceptible d'accéder au second tour.

Comme c'est le cas pour l'élection présidentielle, tout prétendant à cette primaire devra recueillir 500 parrainages de maires, sachant que ces derniers pourront parrainer deux ou trois candidats. Cela signifie "qu'il n'y aura pas de candidature bidon de gens qui pourront venir alors même qu'ils n'auraient pas les soutiens qui leur permettraient, à l'issue de cette primaire, de devenir candidat à l'élection présidentielle", a souligné Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste (PS). Objectif affiché : deux millions de votants, avec un vote physique dans tous les cantons de France ainsi que, possiblement, un vote numérique.

Sans Glucksmann mais avec le PS ?

Ayant clairement pour objectif d'offrir une voie à l'électorat de gauche qui ne veut pas se voir représenté par Jean-Luc Mélenchon au second tour de la présidentielle, cette primaire de la gauche n'a pas le soutien de Raphaël Glucksmann : "Je n'y serai pas, je ne changerai pas d'avis dessus", a confirmé ce lundi sur BFMTV-RMC l'eurodéputé déjà en lice pour 2027 à la tête de son mouvement, Place publique. "Cette primaire, c'est une volonté de ne pas choisir entre les deux pôles qui existent à gauche, entre d'un côté Jean-Luc Mélenchon, le populisme, la brutalisation du débat public, le refus de l'Union européenne et de l'autre, une gauche sociale démocrate qui assume de vouloir gouverner le pays, qui est viscéralement pro-européenne", a-t-il développé, objectant : "C'est l'affirmation de ces deux pôles qui permettra d'enclencher des dynamiques au moment des élections." Et de proposer, en lieu et place, "à ses partenaires socialistes de travailler à une plateforme commune qui permette ensuite d'enclencher une dynamique électorale" pour 2027.

Grande inconnue à ce stade : la participation du PS, divisé en interne. Ainsi, Olivier Faure n'avait "pas mandat" à Tours pour "cautionner les annonces" faites, a précisé le chef des sénateurs socialistes, Patrick Kanner. Le camp du chef des députés socialistes, Boris Vallaud, charnière pour faire ou défaire une majorité au sein du parti, considère qu'en l'absence de Raphaël Glucksmann dans le dispositif, cette primaire est "de bric et de broc", selon les mots d'un proche à l'Agence France-Presse (AFP). Les mêmes réclament que le PS désigne en amont son propre candidat, sans faire mystère de l'ambition de Boris Vallaud. D'autres voix, dont un certain François Hollande, penchent pour une fédération de la gauche réformiste allant du PS à Raphaël Glucksmann, Bernard Cazeneuve et Yannick Jadot, qui désignerait un candidat au consensus. "La preuve que la primaire n'a pas de sens, c'est bien ce qui se passe à l'Assemblée, où Ecologistes, Autain et Ruffin ont voté pour la censure de LFI et contre le budget au risque de faire sauter le gouvernement quand les socialistes cherchaient une issue", plaide François Hollande, dont le nom circule à nouveau en vue de 2027. Le Parti communiste (PCF) de Fabien Roussel n'est pas de l'aventure non plus, même si PS et Écologistes sont convaincus qu'il y rentrera tôt ou tard.

"Nous avons des divergences, nous avons des différences. Simplement, nous estimons que le moment fait que ce que nous avons en commun est infiniment supérieur à ce qui nous divise", fait valoir Clémentine Autain. "Toutes les personnes qui prétendent pouvoir se qualifier au deuxième tour seules vous mentent, se mentent à elles-mêmes et mentent à leurs électeurs", abonde Marine Tondelier. Et François Ruffin de mettre en garde ses camarades opposés à une primaire commune de la gauche : "Quand le train aura démarré, ceux qui seront restés à quai auront l'air bien bête." Assurant qu'il continuerait à se battre au sein de ses troupes "pour que cette primaire ait lieu", le premier secrétaire du PS a rappelé que l'idée serait soumise après les municipales au vote des militants socialistes. En attendant, la division de la gauche réjouit le Rassemblement national, en tête de tous les sondages à un an de la présidentielle…

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Crédit photo : Romain Perrocheau / AFP