Si elle ne s'est pas officiellement déclarée candidate en vue de la prochaine élection présidentielle prévue en 2027, l'écologiste Cécile Duflot, ex-ministre du Logement, se montre prête à s'engager pour battre l'extrême droite.
Dans les milieux politiques, son nom avait à nouveau circulé à la suite de la dissolution de l'Assemblée nationale en juin 2024. Mais Cécile Duflot, qui fut ministre du Logement (2012-2014) au cours du quinquennat de François Hollande, s'estimait alors plus utile comme directrice générale de l'association de lutte contre la pauvreté Oxfam-France, son rôle depuis qu'elle a annoncé quitter la vie politique après avoir perdu, en 2017, son siège de députée écologiste. Mais là voilà qui publie Gagnons ! (éditions Les petits matins), un petit livre de stratégie politique qui vise à rassembler la gauche pour éviter une victoire du Rassemblement national (RN) en 2027.
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Rassembler la gauche, ou compter ses propres soutiens ? À 50 ans, Cécile Duflot se montre prête à remonter en selle. "En 2011, tout le monde était étonné que je reconnaisse ne pas avoir les épaules pour être candidate à l'élection présidentielle, retrace-t-elle. Aujourd'hui, après dix ans à travailler dans le privé, dix ans de politique de haut niveau et près de dix ans dans une organisation internationale, j'ai les épaules." Une annonce claire mais prudente, consciente du risque d'un trop-plein de candidatures qui replacerait la gauche dans la situation du désastre de 2002 : "Je ne veux pas être l'énième nom d'une élection dont l'enjeu est bien plus important."
Le risque de l'extrême droite
À moins de 500 jours de la présidentielle, l'équation se pose assez simplement à la gauche : comment stopper le rouleau compresseur de l'extrême droite, largement en tête dans les sondages ? "Si le pays avait à choisir entre Attal et Glucksmann, j'aurais fermé ma gueule, assure Cécile Duflot. Mais là, il y a un risque énorme que notre pays bascule vers l'extrême droite."
Depuis son poste à la tête de la branche française d'Oxfam, elle a pu observer comment les régimes illibéraux s'en prennent aux corps intermédiaires, en premier lieu aux associations. "Quand on travaille à l'international, on voit les conséquences concrètes de l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir : dans l'Inde de Narendra Modi, en deux ans, Oxfam est passé de 150 salariés à un seul", illustre-t-elle.
Au sein même de l'Union européenne, dans la Hongrie de l'allié du RN Viktor Orbán, les organisateurs de Prides sont menacés de poursuites judiciaires. En septembre 2022, l'eurodéputée écologiste Gwendoline Delbos-Corfield avait publié un rapport mettant en évidence que là où il a fallu une décennie au Premier ministre hongrois pour s'accaparer l'essentiel des pouvoirs, dix-huit mois suffiraient en France. "Je m'insurgeais déjà contre des mesures autoritaires adoptées par Manuel Valls, dont on redoute aujourd'hui qu'elles soient utilisées pour museler les contre-pouvoirs", souligne Cécile Duflot.
La gauche, l'écologie et le peuple
Que d'eau a coulé sous les ponts, depuis ce temps où la gauche au pouvoir se déchirait sur la manière de l'exercer, et où Cécile Duflot claquait la porte du gouvernement pour protester contre la ligne jugée trop molle de François Hollande. Elle admet volontiers aujourd'hui que son départ du gouvernement était une "erreur politique, qui n'a pas eu le résultat escompté et qui a abouti à faire de Jean-Luc Mélenchon le représentant de la gauche du Parti socialiste." Or, considère-t-elle aujourd'hui, "la politique ça ne peut pas être 'le programme, rien que le programme' : il faut des compromis".
Écartelée en vue de la prochaine élection présidentielle, la gauche devrait à ses yeux reconnaître son unité "autour de la social-écologie : protéger l'environnement, c'est protéger notre mode de vie". Et de développer : "Nous avons laissé s'installer l'idée que l'écologie s'opposait à la défense des plus précaires. C'est une erreur, la gauche ne peut pas laisser l'électorat populaire à Marine Le Pen et Jordan Bardella." Encore lui faut-il, plaide Cécile Duflot, adapter son logiciel. "J'ai changé d'opinion concernant la vidéosurveillance, affirme-t-elle par exemple. J'avais peur de la dimension attentatoire aux libertés, mais force est de constater que si elle ne fait pas baisser la criminalité, la vidéosurveillance permet d'élucider des enquêtes." De même, concernant le trafic de stupéfiants, l'ex-ministre appelle à "ne pas minimiser la réalité de la dangerosité des trafics et des mafias qui s'installent", tout en préconisant la légalisation du cannabis pour pouvoir mettre en œuvre une vraie politique de prévention.
"L'héritage de la France, ce ne sont pas que les églises et les châteaux forts, mais un esprit de liberté venu de 1789", martèle encore la directrice d'Oxfam, qui se félicite d'avoir mis sur la table "la question des super-héritages" et défend ardemment, comme une certaine Lucie Castets, les services publics. L'esquisse d'un programme présidentiel qui semble déjà bien mûri.
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Crédit photo : Alain Jocard / AFP