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pop cultureDe Freddie Mercury à "Pillion" : le cuir, matière fétiche queer

Par têtu· le 13/03/2026
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[Article à retrouver dans le magazine de têtu· du printemps, disponible chez vos marchands de journaux ou sur abonnement.] Il y a l’art et la matière, parfois animale. Des performances suintantes de Freddie Mercury aux virées moto coquines du film Pillion, le cuir fait depuis belle lurette partie du vestiaire de la pop culture queer, idéal pour porter des récits mêlant fétichisme et pouvoir, sexualité et liberté.

Par Maurine Charrier, Laure Dasinieres et Florian Ques

Pillion ou la transmission du cuir

Célébré par une ovation de huit minutes au Festival de Cannes, Pillion, premier long-métrage du réalisateur britannique Harry Lighton sorti au cinéma le 4 mars, met en scène la rencontre de Colin, jeune homme candide, avec Ray, le leader pas très loquace d’un club de motards gays. De la fascination érotique à la soumission, il n’y a qu’un pas que ce dernier, joué par un Alexander Skarsgård magnétique dans ses combis de cuir, se propose de l’aider à franchir en l’initiant aux rouages du SM, qui n’exclut pas la tendresse.

The Rocky Horror Picture Show, monument kitsch & cuir

Si la comédie musicale culte de 1975 ne parle pas directement de fétichisme, elle est traversée par une iconographie cuir et biker. C’est Tim Curry tatoué, arborant tantôt un corset noir pailleté, tantôt un perfecto clouté. C’est aussi l’apparition en moto du chanteur Meat Loaf, lequel se fera massacrer et cuisiner pour le dîner. Trash et ironique, The Rocky Horror Picture Show continue d’inspirer drag queens et adeptes de la costumade (cosplay) pour des looks aussi queers que sexy.

Freddie Mercury, sex machine

C’est ce qu’on pourrait appeler un placard transparent. À la fin des années 1970, Freddie Mercury sort de sa relation avec Mary Austin et n’arbore pas encore son iconique moustache. Mais quand le chanteur de Queen enfile sa casquette, son perfecto et son pantalon en cuir pour la tournée de l’album Jazz en 1978, il ouvre une période vestimentaire nourrie par une imagerie fétichiste résolument gay, très Tom of Finland. "I’m a sex machine", chante-t-il alors dans “Don’t stop me now”. Seul le sida arrêtera Freddie.

“Relax”, Frankie goes kinky

Sorti en 1983, le clip "Relax", de Frankie Goes to Hollywood, est une plongée dans un club SM gay fantasmé, entre cuir, regards codés et plaisir assumé. Les paroles sont explicites et le désir est montré comme un spectacle, une menace et une libération. Dans l’Angleterre thatchérienne, le clip fait scandale et se retrouve censuré par la BBC qui le remplace par une vidéo bien moins suggestive. Reste qu’il a marqué les esprits, et largement contribué à la popularité du groupe de Holly Johnson.

Bound, petits secrets entre voisines

Thriller vintage sur fond de romance sexy, le premier long-métrage des sœurs Wachowski s’inscrit au Panthéon du cinéma lesbien. Dans ce film palpitant, on suit la rencontre entre Violet, archétype de la gouine fem mais compagne soumise d’un gangster, et Corky, bricoleuse aux cheveux courts, débardeur, tatouages et pick-up, fraîchement sortie de prison où elle était incarcérée pour vol. Porté par une tension palpable et délicatement perverse, le duo se mêle et s’enflamme dans un quasi-huis clos. Entre rapprochement physique et échanges dignes d’un téléphone rose, les filles font plus ample connaissance en élaborant un plan sauvage et sanglant pour dérober deux millions de dollars à la mafia.

Madonna, oui Maîtresse

"Fais ce que je te dis", nous ordonne Madonna dans son hit "Erotica", sorti en 1992. Dans le clip, masque sur les yeux, cravache à la main, jupe crayon en cuir remontée jusqu’à la taille sur une chemise blanche au col pointu rehaussé d’une cravate noire, elle se présente comme "Maîtresse Dita". "Laisse-moi faire à ma façon": doux et suave, le ton invite à l’abandon, mais les mots claquent comme une bonne fessée. Des menottes au harnais en passant par la croix de saint André, Madame joue avec tous les codes du BDSM pour obtenir notre dévotion ultime. Sans avoir besoin de hausser le ton, puisqu’on est déjà à genoux. "Je ne te ferai pas de mal, ferme simplement les yeux…"

Al Pacino, serial cruiser

Dans La Chasse – aussi connu sous son titre original, Cruising –, William Friedkin met en scène Al Pacino en jeune flic chargé d’infiltrer le milieu SM gay new-yorkais, ciblé par un tueur en série. Accusé avant même son tournage de stigmatiser les homosexuels, le film a tout de même vu juste sur un point non négociable : la place du cuir dans la communauté gay des années 1980, des harnais jusqu’aux vestes bien épaisses. Le policier sous couverture en arbore justement une pour s’y intégrer en toute crédibilité.

Rob Halford, précurseur du style biker metal

Dans le milieu du rock, qui plus est du metal, rares sont les chanteurs ouvertement gays. Rob Halford, du groupe Judas Priest, fait partie de ceux qui s’assument, et compte parmi les précurseurs du style "biker metal", qu’il contribue à populariser dès le milieu des années 1970. Aujourd’hui encore, à plus de 70 ans, c’est en total look cuir et clous qu’il monte sur scène pour interpréter sa fameuse chanson "Painkiller".

American Horror Story, la moiteur des 80’s selon Ryan Murphy

Si American Horror Story, série créée par Ryan Murphy, est coquine de la tête aux pieds, on retiendra la saison 11 qui nous plonge dans le New York gay des années 1980, bousculé par une série de disparitions inquiétantes sur fond de réseaux mafieux. Bars à cuir, saunas, orgies clandestines et virées cruising à Central Park… On sent presque l’odeur du poppers se dégager de l’écran. Bien que ce volet soit inspiré par l’épidémie de sida, le réalisateur n’oublie pas d’insister sur le souvenir sexy et vintage des années de liberté sexuelle qui l’ont précédée.

Crédit photo d'illustration : Chris Harris