Tenue par une pétition citoyenne de se prononcer sur l'interdiction des "thérapies" de conversion anti-LGBT, la Commission européenne estime ne pas pouvoir la porter "efficacement" mais condamne ces pratiques et s'engage à faire pression en ce sens sur les États membres.
"Les pratiques de conversion ne sont pas une thérapie. Il est temps de les interdire." À lire le message posté sur son compte Instagram ce mercredi 13 mai, on pourrait croire que la Commission européenne a annoncé qu'elle allait interdire les "thérapies" de conversion qui prétendent guérir l'homosexualité ou modifier l'identité de genre d'une personne. Ce n'est pas le cas : si une Initiative citoyenne européenne (ICE) l'obligeait en effet à se prononcer sur le sujet, l'organe exécutif de l'Union européenne ne s'estime pas en mesure d'interdire "efficacement" ces pratiques, promettant en revanche de pousser les États membres à le faire.
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C'est le dépôt, il y a six mois, d'une pétition sur le sujet ayant passé le seuil du million de signatures, qui obligeait la Commission de Bruxelles à y répondre d'ici au 17 mai 2026. Co-président de l'association ACT (Against Conversion Therapy), qui a porté cette pétition citoyenne européenne, Mattéo Garguilo regrette auprès de têtu· "une occasion manquée, alors que ces pratiques sont encore légales dans 19 pays de l'Union". Le 29 avril, le Parlement européen avait pourtant adopté une résolution, non contraignante, favorable à une interdiction. Et ce, à une large majorité malgré l'abstention des élus du Rassemblement national (RN) derrière Jordan Bardella, et le vote défavorable d'autres eurodéputés français comme François-Xavier Bellamy ou Marion Maréchal.
L'UE pour une interdiction
La Commission européenne reste toutefois ouvertement pour l'interdiction des "thérapies" de conversion. "Aujourd'hui, nous nous engageons à adopter une recommandation à l'intention des États membres, les exhortant à interdire les pratiques de conversion dans l'ensemble de l'UE. Elles n'ont pas leur place dans notre Union", a ainsi déclaré sa présidente, Ursula von der Leyen, ajoutant : "L'UE se tient fièrement aux côtés de la communauté LGBTIQ+ et réaffirme sa vision d'une Union de l'égalité, un lieu où chacun peut vivre librement, ouvertement et authentiquement." Dans sa réponse, l'institution annonce en effet son intention de porter en 2027 cette recommandation, qui sera toutefois non contraignante.
"C'est une pratique honteuse, c'est une pratique inacceptable, il ne s'agit pas de soins, c'est une violence déguisée. Personne ne devrait avoir à vivre ça", a également martelé sur X Hadja Lahbib, la commissaire européenne en charge de l'Égalité, qui a reçu ACT ce 13 mai.
Alors, pourquoi renoncer à endosser l'interdiction ? "La Commission considère qu'il ne serait pas efficace de faire une proposition pour une législation européenne", justifie l'intéressée dans le document de neuf pages qui motive sa décision. Revenant sur plusieurs pistes juridiques explorées, l'exécutif européen y explique se heurter à des blocages juridiques qui rendraient son interdiction fragile voire inopérante, sinon impossible. "La Commission estime que l'adoption d'une proposition de recommandation du Conseil de l'UE ne permettrait pas d'atteindre les objectifs de l'ICE de manière exhaustive et efficace", conclut-elle ainsi, faisant valoir qu'une pression politique coordonnée sur les États membres pourrait mieux servir l'objectif poursuivi.
Division sur la stratégie de la Commission
Dans la sphère militante, l'annonce n'a pas été reçue unanimement. "Nous, victimes et rescapés des pratiques de conversion, recevons avec une profonde incompréhension et colère la décision de la Commission européenne", a réagi Benoît Berthe Siward, fondateur du collectif Rien à guérir. Et Mattéo Garguilo (ACT) de fustiger : "La Commission a choisi la voie la moins ambitieuse pour faire cesser ces pratiques barbares, alors même qu'elle avait le soutien populaire de citoyens provenant de nombreux pays et celui du Parlement européen." Directeur exécutif de Forbidden Colours, ONG de plaidoyer européen pour les droits LGBT, Rémy Bonny analyse au contraire : "De fait, la Commission européenne a raison lorsqu'elle dit qu'il ne s’agit pas d'une compétence européenne, et il n'y aurait rien de plus préjudiciable stratégiquement que de perdre un recours sur le sujet intenté par un pays réactionnaire."
Une différence d'appréciation que l'on retrouve au niveau politique. "Nous sommes heureux de voir que la Commission a écouté nos appels et les besoins des plus vulnérables au sein de notre communauté, notamment concernant l'expression de genre qui est l'un des terreaux des discriminations", a réagi Marc Angel, eurodéputé socialiste et co-président de l'Intergroupe LGBTQI+ au Parlement européen. "La recommandation de la Commission européenne va évidemment dans le bon sens. Néanmoins, au vu des dommages et traumatismes causés par ces pratiques, cette réponse est trop timide", estime quant à elle l'eurodéputée écologiste Mélissa Camara auprès de têtu·. Actuellement, seuls huit États membres de l'UE ont légiféré pour interdire les "thérapies" de conversion : la France, la Belgique, Chypre, l'Allemagne, Malte, le Portugal, l'Espagne et la Grèce.
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