politiqueMort de Lionel Jospin, l'homme de la gauche plurielle et du Pacs

Par têtu· le 23/03/2026
En 1997, Lionel Jospin entre à Matignon à la tête d'un gouvernement de la gauche plurielle.

Figure socialiste et de la gauche unie pour gouverner, Premier ministre de 1997 à 2002 avant de se retirer de la vie politique au soir de l'historique 21-Avril, Lionel Jospin est mort ce dimanche 22 mars à l'âge de 88 ans.

Lionel Jospin a toujours su soigner ses sorties. L'ancien Premier ministre socialiste, qui avait annoncé son retrait de la vie politique au soir du fameux 21 avril 2002, s'est éteint ce 22 mars 2026, dimanche d'élections municipales, à l'âge de 88 ans. En janvier, il avait indiqué avoir subi "une opération sérieuse", sans donner plus de détails.

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Né en 1937 dans une famille protestante et de gauche à Meudon, dans la banlieue ouest de Paris, Lionel Jospin étudie à Sciences Po puis à l'ENA pour entrer en 1965 au ministère des Affaires étrangères, se destinant à une carrière diplomatique. Militant trotkiste, il rejoint en 1971, après le congrès d'unification d'Épinay, le Parti socialiste (PS) dont a pris la tête un certain François Mitterrand. À la victoire de ce dernier en 1981, son directeur de campagne Lionel Jospin, élu député de Paris, se voit confier la direction du PS jusqu'en 1988, puis le ministère de l'Éducation nationale après la réélection du président socialiste. C'est le temps des dîners chez Dalida, avec Bertrand Delanoë et Jack Lang, celui aussi des Feuilles mortes, d'Yves Montand qu'il va interpréter en 1984 dans une émission de Patrick Sébastien sur TF1.

De la gauche plurielle à la catastrophe

En 1995, le renoncement surprise du candidat annoncé du PS, Jacques Delors, ex-président de la Commission européenne et père de Martine Aubry, donne à Lionel Jospin une première chance pour l'Élysée. Mais ce sera la pénultième dissolution ratée de l'Assemblée nationale, en juin 1997 par Jacques Chirac, qui permet à celui qui est redevenu depuis 1995 Premier secrétaire du PS d'entrer à Matignon après des élections législatives anticipées largement remportées par la "gauche plurielle". Tout comme le Nouveau Front populaire en 2024, cette alliance des partis de la gauche s'est bricolée à la hâte après l'annonce surprise du président de la République, rassemblant le Parti socialiste, le Parti radical de gauche (PRG), le Mouvement des citoyens (MRC), Les Verts et le Parti communiste (PCF). Un attelage qui formera une majorité plurielle à l'Assemblée ainsi qu'un gouvernement de cohabitation qui durera cinq ans, soit un record sous la Ve République.

Porté par une conjoncture économique favorable, le gouvernement Jospin parvient à faire baisser le chômage et met en place plusieurs mesures emblématiques de la gauche au pouvoir : la réduction du temps de travail à 35 heures par semaine, sous la houlette de la ministre Martine Aubry, la couverture maladie universelle (CMU), ainsi que le le pacte civil de solidarité (Pacs), première possibilité de reconnaissance légale pour les couples de même sexe, près de quinze ans avant l'adoption du mariage pour tous sous François Hollande. "Il faut mettre au crédit du gouvernement de Lionel Jospin et de la majorité plurielle d'avoir permis à la France de finir le siècle en franchisssant un pas immense vers l'égalité", salue têtu· après l'adoption du texte le 13 octobre 1999. L'ancien scout élevé dans le protestantisme n'ira pas plus loin : se définissant, au plan religieux, comme "un rigide qui évolue, un austère qui se marre, un protestant athée", considère, ainsi qu'il le dira en 2002 à têtu·, que le mariage "est, par définition, une institution qui concerne le couple mixte désireux de fonder une famille".

Porté par son bilan, Lionel Jospin se lance dans l'élection présidentielle de 2002. Mais la gauche s'y présente plus désunie que jamais : outre la candidature socialiste et trois de la gauche radicale (Arlette Laguiller, Olivier Besancenot et Daniel Gluckstein), Les Verts partent seuls derrière Noël Mamère, le PRG derrière Christiane Taubira, le PCF derrière Robert Hue et le MRC derrière Jean-Pierre Chevènement. Si l'ensemble de la gauche anciennement plurielle remporte plus de 12 millions de voix au premier tour, Lionel Jospin est éliminé au terme d'une campagne ratée par Jean-Marie Le Pen qui, ayant réuni 4,8 millions de voix, le surclasse de 0,68 points, devenant le premier candidat d'extrême droite à accéder au second tour. Au soir du fameux 21 avril 2002, devant une gauche catastrophée, Lionel Jospin déclare : "J'assume pleinement la responsabilité de cet échec et j'en tire les conclusions en me retirant de la vie politique." La séquence grave dans l'histoire politique cette figure d'une gauche intègre mais capable de compromis pour gouverner.

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Crédit photo : Jack Guez / AFP