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interviewCynthia Erivo : "Le monde a rencontré Elphaba, c'est à mon tour de me présenter"

Par Florian Ques le 11/08/2025
Cynthia Erivo sort un nouvel album, "I Forgive You".

[Rencontre à retrouver tout l'été dans le magazine des 30 ans de têtu·, ou sur abonnement] Ensorcelante dans Wicked, l'artiste londonienne Cynthia Erivo cultive sa propre magie avec I Forgive You, un nouvel album solo placé sous le signe de la reconstruction.

Un Emmy, un Grammy, un Tony… Quelle récompense manque à Cynthia Erivo ? À 38 ans, l'actrice britannique, qui vit désormais à Los Angeles, a connu la célébrité il y a dix ans avec son rôle dans la comédie musicale La Couleur pourpre, à Broadway. En 2024, elle renoue avec le haut de l'affiche en partageant celle de Wicked avec la chanteuse Ariana Grande. Alors que le deuxième volet de cette suite au Magicien d'Oz est attendu pour novembre en France et qu'elle vient d'interpréter le rôle titre de Jesus Christ Superstar à l'Hollywood Bowl de Los Angeles, Cynthia Erivo a trouvé le temps de peaufiner un nouvel album de ballades néo-soul, I Forgive You. Un disque de reconstruction post-rupture mais aussi de réconciliation – avec soi-même et les autres – qu'elle est soulagée d'offrir au monde.

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  • Tu réussis à nous offrir un disque juste après avoir fait partie d'un des plus gros phénomènes de l'année dernière au cinéma ! Ça va, pas de burn out ?

Il était temps que l'album sorte ! J'ai travaillé sur ce disque tout au long du tournage du film et de la promo mondiale. À croire que je voulais me punir ! (Rires.) J'ai l'impression que le monde a rencontré Elphaba [son personnage dans Wicked] et c'est à mon tour de me présenter. C'est agréable.

  • Wicked, Broadway… Quelle influence ont les comédies musicales sur ta musique ?

Je pense que quand tu m'as connue grâce à ça, tu entends cette touche dans mes chansons. Mais la comédie musicale n'est pas un genre de musique ! C'est seulement un type de théâtre. On peut y entendre de la pop, du R'n'B, de la soul… C'est juste une forme où les mots et la musique existent dans un même espace pour raconter une histoire. Ceci étant dit, je suis sûre que mon expérience sur les planches m'a aidée à faire cet album : ça demande une rigueur similaire.

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  • Sur I Forgive You, tu ne te caches pas derrière des métaphores. Les émotions sont brutes, les mots sont francs. As-tu toujours exprimé tes émotions avec une telle fluidité ?

Ça n'a pas toujours été le cas, c'est un apprentissage – toujours en cours, d'ailleurs. J'en parle souvent avec mon psychologue. D'habitude, je suis douée pour ressentir les choses et vite passer à autre chose. C'est comme un réflexe. Avec cet album, j'ai eu l'opportunité de prendre davantage le temps de me plonger dans mes émotions et de tout mieux digérer. Car si tu avances sans guérir tes blessures, elles finiront par se rouvrir à un moment inopportun.

  • Malgré tes tourments, on ressent une énergie toujours positive au fil des morceaux. Comme si tu nous disais que tout allait bien se passer…

C'est une croyance innée chez moi et je pense qu'elle transparaît dans ma musique : à mes yeux, traverser une période difficile ne veut pas dire que tu es impuissant. Ces épreuves sont juste des leçons déguisées.

  • C'est aussi le message de Wicked ! En tant qu'artiste queer, y vois-tu un parallèle avec le traitement des personnes LGBTQI+ sous la présidence de Donald Trump ?

Je pense que tout ce qui se passe aujourd'hui trouve ses racines dans la peur – et on ne peut pas contrer la peur avec encore plus de peur. Tout ce qu'on peut faire en tant que personne queer, c'est continuer de se pointer dans des espaces où on ne nous attend pas. Ça peut être flippant. Mon but, ce n'est pas d'inspirer les gens, mais plutôt de les encourager à ne pas avoir peur d'être eux-mêmes. C'est facile à dire, j'en ai bien conscience ! Si on cache nos identités et nos existences, alors ça veut dire qu'on a perdu. Tout le monde en sortira perdant.

  • Tu n'aimes pas non plus qu'on cache des choses dans une relation, d'après ton album…

Ah non ! Je veux de l'honnêteté et une volonté de se dire les choses. Je veux qu'on ait envie d'apprendre à communiquer ensemble. Si une personne n'est pas prête à avoir des discussions difficiles, ça ne m'intéresse pas.

  • Dans Wicked, Elphaba est trahie par sa meilleure amie. Comment peut-on pardonner après ça ?

Il faut se rappeler que l'erreur est humaine. Se raccrocher trop longtemps à cette trahison, ça dessert les deux parties. Tout le monde peut mûrir si on lui en donne la chance.

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Crédit photo : Ejatu Shaw

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