reportage"Dragmania", ou quand l'art du drag rencontre le catch

Par Assia Hamdi le 28/08/2025
Drag Attack Wrestling catch drag

Mêlant catch et drag, les événements Dragmania, à Paris, rencontrent un succès grandissant. Un engouement qui encourage les organisateurs et les participants à continuer de promouvoir une culture aux frontières du sport et du spectacle vivant.

C’est un succès qui se confirme d'édition en édition. Après trois événements qui ont rassemblé plus de 250 personnes par date depuis le début de l’année, la promotion de catch Drag Attack Wrestling organise ce vendredi 29 août un nouveau gala au Yoyo, à Paris (16e). Fusion des univers du drag et du catch, le show attire "essentiellement des personnes amatrices de drag et qui veulent découvrir davantage le milieu du catch", explique son organisatrice Jazze Parry, jeune artiste de 24 ans diplômée en commerce et marketing, avant de développer : "La culture drag est davantage connue dans le milieu LGBT que chez les catcheurs. Le but de nos galas est est justement de la démocratiser auprès de ce public."

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Parmi les artistes à l’affiche de DragMania, Brandon Bertolino, 26 ans, catcheur depuis 2019 avec son personnage "Brand le Designer". Son double scénique, ce passionné de haute couture l’a imaginé comme une icône de la mode, au croisement de Manfred, Thierry Mugler, Yves Saint-Laurent et Jean-Paul Gautier. Côté catch, ses inspirations sont Dusty Rhodes, le premier personnage catcheur androgyne, Awesome Kong, "une femme bien noire, ronde et qui a ouvert les portes d’un univers alors peu inclusif", ou encore Chyna, catcheuse et culturiste américaine, connue pour son physique très puissant et pour ses combats contre des hommes durant ses 15 ans de carrière.

Une passion qui l’a aidé à affirmer toutes les facettes de son identité, explique le jeune homme : "Avant, je n’osais même pas porter des boucles d’oreille, le catch m’a permis d’assumer la féminité en moi. Il me rend plus audacieux, il m’aide à ne pas me préoccuper du regard des gens." Le plus souvent, Brandon concourt dans le sud de la France. Mais la discipline ne paie pas ici, alors il tente de s'exporter au Royaume-Uni afin de gagner sa vie avec le catch. Là-bas, il existe des structures dédiées comme la PlayFight, une école professionnelle qui propose des concours entre personnes queers, et donc une pratique "plus safe" pour les catcheur·euses LGBTQI+. "C'est une alternative intéressante pour celles et ceux qui n’osent pas", souligne-t-il.

Divas du catch

Ailleurs en France, d’autres artistes queers tentent de se frayer un chemin dans le catch. Dans l’Aube, Michaël Tansaout, 25 ans,alias Divalicious Micha, alterne son temps entre son job d’assistant d’éducation dans un internat et ses galas. Pour lui, le catch est un amour d’enfance. Il se souvient encore du jour où il a été envoyé par ses demi-frères chez le buraliste du coin pour acheter des paquets de cartes de catcheurs : "Ils regardaient le catch à la télé mais moi, je trouvais ça naze. Et puis, en ouvrant le paquet de cartes, je suis tombé sur des images de divas et j’ai été fasciné par ce glamour, ces tenues, ces paillettes…"

Michaël grandit avec cette fascination puis, un jour de l'année de ses 14 ans, le coach du club de Romilly-sur-Seine l’invité à un entraînement. Depuis lors, Micha s’entraîne deux à trois fois par semaine. Une discipline qui l’a aussi aidé à supporter le harcèlement homophobe qu’il subissait au lycée : "J’étais très réservé et timide mais parfois, lors des bals, je venais en robe parce que je rejetais le fait de genrer les vêtements. En pratiquant mon catch, j’ai forgé ce personnage de diva, ce côté féminin que je n’arrivais pas à montrer. Performer devant un public m’a aidé à ne plus me cacher." Aujourd’hui, Micha se produit en France, mais aussi en Belgique et en Suisse. De son côté, Jazze Parry ne cache pas son ambition : "Le succès m’ouvre de nouvelles perspectives. Maintenant, j’ai envie de lancer ma propre école de catch en France pour former les drags et en faire de vraies catcheuses !"

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Crédit photo : Oceshots (Oceane Ferreira)