EuropeAffluence record à la Pride de Pécs : un nouveau camouflet pour Viktor Orbán

Par Nicolas Scheffer le 06/10/2025
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La marche des Fiertés de Pécs, en Hongrie, s'est tenue sans accroc majeur malgré l'interdiction par Viktor Orbán. Le nombre de manifestants a été multiplié par sept comparé aux précédentes éditions.

Plusieurs milliers de personnes, entre 7.000 et 8.000 selon un décompte de l'Agence France-Presse (AFP), ont défilé, ce samedi 4 octobre, dans les rues de Pécs, en Hongrie, pour la Pride. Cette marche s'est tenue malgré son interdiction par le gouvernement de Viktor Orbán, confirmée par la Cour suprême de Hongrie le 15 septembre. Après le succès de la Pride de Budapest en juin, qui a réuni plus de 200.000 personnes, c'est un nouveau signal fort envoyé par la communauté LGBTQI+ et ses alliés à un Premier ministre d'extrême droite qui a fait de la LGBTphobie une politique d'État.

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Quelques jours avant le départ du cortège, des militants LGBTQI+ hongrois craignaient une répression policière, car contrairement à Budapest, cette marche, dans une petite ville étudiante de Hongrie, n'avait pas attiré les regards internationaux. "Il n'y a pas d'attention mondiale, c'est exactement pour cela que je me suis déplacé. La Hongrie est devenue le cheval de Troie de la Russie au sein de l'Union européenne (UE), utilisant la LGBTphobie pour ébrécher les valeurs fondamentales de la démocratie européenne", a déclaré Rémy Bonny, directeur exécutif de Forbidden Colours, une asso de défense des droits LGBTQI+ à échelle de l'Europe, la veille de la marche sur Instagram.

Une menace que les participants ont bien en tête. "Cette manifestation ne concerne plus seulement la communauté LGBTQ, mais la restriction de nos droits humains fondamentaux", commente, dans les rues de Pécs, Vencel Toth, étudiant de 18 ans, auprès de l'AFP. Comme à Budapest, la marche a évidemment attiré les personnes LGBTQI+, mais s'est élargie à une communauté d'alliés : "Nous venons pour défendre nos libertés fondamentales", pointe Edit Sinko, enseignante et psychologue de 58 ans, qui précise qu'elle n'est pas LGBTQI+, "mais que beaucoup de [ses] élèves et de [ses] amis oui".

Constitutionnalisation de la LGBTphobie

Viktor Orbàn a intégré, mi-avril, son arsenal anti-LGBTQI à la Constitution hongroise : interdiction de marier des couples homos, de reconnaître administrativement la transidentité… mais aussi de manifester pour la "promotion" de l'homosexualité et de la transidentité – une prohibition déjà inscrite dans la loi ordinaire. En juin, le maire de Budapest, l'écologiste Gergely Karácsony, avait contourné cette interdiction en se déclarant organisateur de l'événement devenu un "festival culturel". Cette fois-ci, les organisateurs de Pécs ont déjoué l'obstacle en enregistrant le défilé comme un "rassemblement contre la surpopulation des animaux sauvages, responsables et victimes de nombreux accidents de la route", indique l'avocat et militant Peter Heindl.

Pécs, seconde ville hongroise après Budapest à organiser une Pride, voit défiler les arcs-en-ciel depuis 2021, mais le nombre de manifestants était jusque-là resté assez faible, autour d'un millier de personnes. Cette année, ils étaient sept à huit fois plus, clamant et affichant des slogans tels que "la Hongrie est une dictature" ou "le gouvernement punit la Pride mais décore ou pardonne aux pédophiles". Et, même si quelques contre-manifestants ont tenté de faire barrage à la marche, mais ils n'ont toutefois pas réussi à bloquer le cortège.

Si on peut, à bien des égards, regretter un manque de puissance dans son action, la Commission européenne soutient les militants LGBTQI+ en Hongrie. Elle a notamment poursuivi la loi anti-LGBT de Viktor Orbàn devant les juridictions européennes et gelé 18 milliards d'euros de fonds européens en raison des atteintes aux valeurs fondamentales. D'ailleurs, l'affaire devant la Cour de justice de l'Union européenne, est en délibéré depuis le 5 juin – le prononcé devrait intervenir dans les prochaines semaines.

Autre geste, plus symbolique : c'est Hadja Lahbib, commissaire européenne en charge de l'Égalité, qui a dressé le portrait de Viktoria Radvanyi, la présidente de Budapest Pride, était dans le classement des 100 personnalités d'avenir du Time magazine, début octobre. Un message politique envoyé à Viktor Orban.

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crédit photo : Attila KISBENEDEK / AFP