L'association Vers Paris Sans Sida a récemment présenté des chiffres encourageants. Christophe Martet, son président, et Élodie Aïna, sa directrice, reviennent pour têtu· sur le chemin parcouru aux cours des dix dernières années et sur les dernières étapes à franchir pour endiguer l’épidémie.
Depuis dix ans, Vers Paris Sans Sida s’active pour transformer l’accès au dépistage, la prise en charge et la prévention du VIH à Paris et en Seine-Saint-Denis. L'approche de son anniversaire en 2026 est l'occasion de faire le point. Qu’est-ce qui a véritablement changé, en une décennie, dans la lutte contre le sida en Île-de-France ? Pour répondre à cette question, l’association a publié un livre blanc et réuni, le 20 novembre dernier, acteurs associatifs et institutionnels lors de la journée "Battant·es" où elle a dévoilé des chiffres encourageants, proche des objectifs fixés pour 2030 par l'ONUSIDA. Au cœur de ce bilan, la "cascade des 3× 95" constitue un cadre de santé publique essentiel, non pour éradiquer le VIH, mais pour le contrôler, réduire les nouvelles infections et garantir un accès équitable aux soins. Concrètement, il s’agit d’atteindre les pourcentages suivants : 95 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique ; 95 % de celles qui sont diagnostiquées soient sous traitement antirétroviral ; 95 % des personnes sous traitement aient une charge virale indétectable (et donc intransmissible).
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Christophe Martet, président de Vers Paris Sans Sida et Élodie Aïna, sa directrice, reviennent pour têtu· sur le chemin parcouru à Paris et en Seine-Saint-Denis et analysent les obstacles, et ce qu’il reste à faire pour espérer, un jour, la fin de l’épidémie.
- Vers Paris sans sida fête ses 10 ans en 2026. Quelles ont été les principales avancées dans la lutte contre le VIH au cours des dix dernières années ?
Élodie Aïna : L’offre de dépistage s'est aussi considérablement étoffée avec les tests rapides. Vers Paris Sans Sida est d'ailleurs à l'origine de l'offre VIHTEST, qui permet de se faire dépister sans ordonnance, sans rendez-vous et gratuitement dans tous les laboratoires de France. Et, la PrEP est entrée dans les pratiques.
Christophe Martet : La prise en charge des personnes qui vivent avec le VIH s’est également améliorée. Les progrès sont constants et les traitements ont été simplifiés, notamment grâce à des formes injectables.
- Vous avez annoncé des chiffres très encourageants lors de la journée "Battant·es" le 20 novembre. Quels sont-ils ?
C.M. : À Paris et en Seine-Saint-Denis, on s’approche de plus en plus de la fameuse cascade des 3×95 permettant de juguler l’épidémie. À Paris, 95 % des personnes qui vivent avec le VIH sont dépistées, 93,9 % des personnes diagnostiquées sont traitées et 97,1 % des personnes traitées ont une charge virale indétectable. En Seine-Saint-Denis, ces chiffres sont respectivement 93,7 %, 95,4 % et 96 %. À partir du moment où une personne a une charge virale indétectable, elle ne risque plus de transmettre le virus, c’est le "i=i" (“indétectable= intransmissible”). Avec des chiffres comme ceux-ci, on estime que la dynamique épidémique est contrôlée.
E. A. : Ces chiffres sont très encourageants, mais il faut faire très attention parce qu’une épidémie est un flux. Ce n’est pas parce que l’on a pratiquement les 3×95 aujourd’hui qu’on les aura encore dans deux ans.
- Qu'est-ce qui vous inquiète aujourd'hui ?
C.M. : Si nous en sommes arrivés là, ce n’est pas uniquement grâce à l’effet des traitements, mais aussi grâce à des chercheurs et des médecins hyper impliqués et à un maillage associatif fort. Or, les associations sont actuellement fragilisées financièrement tant par des coupes budgétaires que par l'augmentation de la masse salariale liée à la prime Ségur.
- Cette précarisation de la lutte associative et communautaire contre le sida dépasse-t-elle les questions financières ?
E. A. : Oui, le contexte global est inquiétant : la montée des discriminations, la mise en cause du droit de séjour et les menaces sur l’aide médicale d'état (AME), le recul des droits des personnes trans ou encore la précarité des travailleurs et travailleuses du sexe… Tout cela fragilise la lutte contre le sida.
C.M. : Je m’inquiète aussi de la montée en puissance des discours masculinistes qui pèsent notamment sur l’émancipation et la santé des femmes.
- Les chiffres de la cascade, à Paris et en Seine-Saint-Denis, masquent-elles des inégalités ?
C.M. : Nous ne disposons pas des chiffres par publics, mais il y a évidemment des inégalités importantes entre un public urbain, inséré et CSP+ et un public plus précaire sur les plans financiers et administratifs. Par exemple, il y a de grosses différences entre un homme gay habitant à Paris et pour un homme gay migrant ou étranger vivant dans des conditions plus difficiles. Ces inégalités sont un des facteurs qui doivent amener à rester vigilants même si nous sommes très proches du but.
- Dans le livre blanc que vous avez édité à l’occasion de la journée "Battant·es", vous développez vingt-deux mesures destinées à mettre fin à l’épidémie d'ici à 2030. Sans rentrer dans les détails, y a-t-il un axe commun ?
E.A : Il est crucial d'aller vers des personnes concernées et les associations. Typiquement, les actions communautaires sont très efficaces, d’où l’importance des associations, qui touchent des publics spécifiques – hommes gays, bi et pansexuels, migrant·es, travailleur·euses du sexe, etc. Agir sur le terrain permet à la fois d’agir contre la stigmatisation et la sérophobie – en travaillant notamment sur le message “i=i”, d’améliorer la prévention et le dépistage, d’informer sur la PrEP et d’accompagner les personnes qui vivent avec le VIH. Il faut aussi souligner l’importance de mesures plus connexes, cependant essentielles pour lutter contre les inégalités, comme créer et adapter des solutions d’hébergement sûres et dignes pour les primo-migrants, les personnes trans et les travailleur·euses du sexe.
- Les études soulignent régulièrement le manque d’information des jeunes autour du VIH. Comment les concerner davantage ?
C.M : Toujours en adoptant une démarche d’aller vers, c’est-à-dire en ciblant les publics là où ils sont, sur les réseaux, à l'université, dans le sport…, Vers Paris Sans Sida déploie du contenu adressé aux jeunes LGBT+ sur le compte Instagram Dr Naked qui vise à adopter une approche positive, inclusive et drôle de la sexualité afin de faire adopter des réflexes de prévention de plus tôt possible. Nous avons aussi monté Santé Fièr·es autour de la santé globale des LGBTQI+ dans le milieu sportif. Et, nous avons dans nos cartons un projet qui vise à s’adresser aux étudiant·es, car c’est en effet un milieu où il faut progresser sur les connaissances et les informations.
- L'objectif d'une fin de l'épidémie en 2030 est-il atteignable ?
C.M. : Oui, en tout cas, nous y croyons. Nous sommes près du but, ce n’est pas le moment de baisser les bras. Il faut que les associations et les organismes aient des financements pérennes et que les pouvoirs publics et les collectivités continuent à contribuer fortement pour faire baisser des inégalités.
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Crédits photo : Vers Paris Sans Sida