santéChemsex : une proposition de loi pour faire primer la prévention sur la répression

Par Nicolas Scheffer le 05/02/2026

La sénatrice écologiste Anne Souyris a produit une proposition de loi destinée notamment à encourager les consommateurs de drogue à faire appel, en cas d'urgence, aux secours sans craindre de se faire embarquer par la police.

"On ne parviendra pas à améliorer la vie des consommateurs de drogue avec une politique répressive." La sénatrice écologiste Anne Souyris propose une loi loi visant à mieux prévenir les risques liés à la pratique du chemsex. Concrètement, deux mesures sont défendues : l'absence de poursuites pour les personnes appelant les secours en cas d'urgence, ainsi que l'obligation pour les applications de rencontres de faire de la prévention. "La répression est non seulement inefficace, mais elle est aussi meurtrière si elle ne s'accompagne pas a minima d'une politique de prévention", soutient la parlementaire.

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"Les secours sont actuellement obligés de prévenir les forces de l'ordre lorsqu'ils interviennent dans un contexte de consommation de drogue, développe la sénatrice auprès de têtu·. C'est un principe meurtrier car il dissuade les usagers d'appeler les secours." De fait, en cas d'accident lié à la pratique du chemsex (par exemple un g-hole), il arrive souvent que les chemsexeurs n'osent pas appeler les pompiers de peur de finir au commissariat pour usage de stupéfiants, quitte parfois à déposer une personne inconsciente sur le trottoir avant de composer le 18 (ou le 112). Or, rien qu'à Paris, la préfecture de police comptabilise en moyenne une surdose liée au chemsex tous les douze jours (données 2023). Et si la mortalité liée au chemsex reste mal mesurée par les autorités, l'enquête Drames rapportait toujours en 2023 plus de 700 morts attribués à des surdoses en France, quel que soit le contexte.

Allô les pompiers

Pour enrayer le raisonnement mortifère lié à la peur de la police, la proposition de loi d'Anne Souyris explicite qu'une personne qui sollicite l'intervention des services d'urgence "ne peut être poursuivie pour le délit d'usage de stupéfiant (...) ou pour le délit de détention de stupéfiant (...) lorsque les éléments constitutifs de l'infraction ont été constatés à l'occasion de l'intervention desdits services de secours". Selon la sénatrice, ce principe dit du "bon samaritain" fait consensus auprès des acteurs de terrain. "Lorsque j'étais adjointe à la santé de la ville de Paris, les pompiers ou les services de la protection civile y étaient favorables, tout comme d'ailleurs les services de la préfecture de police", fait-elle valoir.

Autre priorité : la meilleure information des usagers de stupéfiants. "Il est urgent de mettre en place des campagnes d'information sur les risques", alerte la sénatrice, qui veut contraindre les applications de rencontres à diffuser des messages de prévention. "Des associations font ce travail en créant des comptes et en discutant avec des utilisateurs, mais sont régulièrement suspendues de ces applications, notamment de Grindr", pointe-t-elle. Cette démarche "d'aller-vers", qui a déjà fait ses preuves dans la lutte contre le VIH/sida, permet de toucher des publics éloignés des messages habituels de réduction des risques.

Informer sur le chemsex

Le ministère de la Santé avait promis d'élaborer pour l'automne 2025 une stratégie nationale sur le chemsex, à la suite de la publication du rapport Benyamina sur le sujet en... 2022. Ce rapport, commandé par le gouvernement, préconisait déjà d'utiliser les applications de rencontres comme levier de prévention, appelant à informer le plus largement possible : "Une information spécifique et homogène sur les produits, les risques et les dommages, devra être élaborée par les agences sanitaires et disponible pour les usagers, et les acteurs de prévention et de réduction des risques et des dommages. Afin d'assurer la qualité des interventions, un kit d'intervention devra être élaboré par Santé publique France et diffusé auprès des acteurs de terrain et des Agences régionales de santé." Quatre ans plus tard, toujours rien.

Dans cette démarche "d'aller-vers", lorsqu'elle était adjointe à la mairie de Paris (jusqu'en 2023), Anne Souyris a développé des salles de consommation à moindre risques, que souhaite aujourd'hui supprimer Rachida Dati, candidate à la mairie de Paris. "Mais elle ne fait aucune proposition, aucune solution alternative, cingle Anne Souyris. D'ailleurs, si Rachida Dati met en scène des rencontres avec des riverains, elle n'a jamais dialogué avec les acteurs du soin, y compris lorsque je lui proposais des visites dans ces structures." Or, tous les acteurs de terrain le savent : en matière de prévention des risques, l'expérience commande le pragmatisme.

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Crédit photo : Arthur Gau pour têtu·