[Portrait à retrouver dans le magazine du printemps, en kiosque ou sur abonnement.] Avec sa personnalité solaire et sa souplesse de danseur, Ivan Ugrin traverse la vie comme on saute dans des flaques d'eau après la pluie. Le Croate incarne une virilité moderne qui séduit à son tour le monde de la mode... Et nous avec : il fait la couverture abonnés du têtu· du printemps.
Photographie : Luke Abby pour têtu·
Sa moustache vous est sans doute familière. En 2024, elle dégoulinait de lait pour l’iconique campagne de Loewe "Drink Your Milk", en collaboration avec The Shameless Fund, la fondation de Jonathan Bailey destinée à soutenir des initiatives LGBTQI+. Ivan Ugrin est depuis plébiscité par des créateurs de mode en mal de garçons moins lisses et filiformes que les mannequins qui peuplent les Fashion Weeks : Carne Bollente, Ouest Paris… Le voici cover boy d’un magazine, une première pour le mannequin de 35 ans, qui a fait sensation lors du shooting : danseur et movement director de profession, il n’a pas son pareil pour se contorsionner dans tous les sens et proposer des tableaux originaux. "J’ai adoré ce shooting, parce qu’il y a plus de liberté et de fantaisie que sur un plateau, où je passe en mode performance", nous confie-t-il avec son irrésistible air facétieux.
Ajouter à son arc la corde égérie de maisons de mode était loin d’être écrit pour Ivan. D’abord, parce qu’on est venu le chercher à plus de 30 ans, quand nombre de carrières s’éteignent. Ensuite, parce que le jeune homme a grandi entouré de poules, de dindes et de lapins, dans une ferme en Croatie, laquelle venait seulement de s’émanciper de la Yougoslavie formée après-guerre. Ayant entamé des études de médecine, il comprend vite, en s’évanouissant durant une autopsie, qu’il ferait mieux de trouver une autre voie. Il retourne d’abord à ses volailles pour démarrer des études de vétérinaire à Zagreb.
De la danse aux podiums
C’est dans la capitale croate que sa vocation s’impose à lui : la danse. Dans un petit studio, le jeune gay découvre un monde qui lui permet d’échapper aux injonctions et aux conservatismes encore très présents dans son pays, où les droits LGBTQI+ sont balbutiants : l’homosexualité est légale depuis la fin des années 1970, mais le mariage est interdit et l’union civile autorisée seulement depuis 2014. "Pendant l’heure que duraient les répétitions, tout le monde se fichait de la sexualité, de la religion, des origines, etc., retrace-t-il. L’état d’esprit se résumait à danser ensemble, créer ensemble. C’était libérateur !"
La Croatie paraissant alors trop étriquée à ce gourmand de liberté, il fait ses valises pour les Pays-Bas afin de rejoindre l’Académie de danse d’Amsterdam. Talentueux, il est autorisé à sauter la première année. "Ç'a été un soulagement. Mes parents sont loin d’être riches et ils avaient déjà fait deux prêts pour que je puisse faire ces études", explique-t-il. Les rencontres feront le reste : "Mon premier partenaire m’a hébergé au début et m’a beaucoup aidé. S’il n’y avait pas eu certaines personnes, je ne serais pas là aujourd’hui, et je leur en suis reconnaissant parce qu’elles m’ont aidé à survivre." Avec seulement une audition à son compteur, il fait de la danse sa profession et rejoint une troupe qui l’embarque pour une tournée européenne.
C’est au cours de celle-ci qu’il reçoit un mystérieux message qui le mènera jusqu’à la campagne Loewe : "Peut-on avoir ton mail pour un projet ?" "Au début, j’ai cru que c’était une arnaque, mais je me suis dit pourquoi pas, se souvient-il. C’est seulement une fois sur le plateau, à Madrid, que je me suis rendu compte de l’ampleur du projet." Repéré par Jonathan Anderson lui-même, alors directeur artistique de Loewe, il est rappelé par le designer irlandais pour participer au catalogue de sa marque. Le virus de la mode ne le quittera plus.
En début d’année, lors de la Fashion Week de Paris, on l’a retrouvé pour la première fois sur un podium, dans le défilé Louis Gabriel Nouchi, pour une collaboration du Français avec OnlyFans. "C’était tellement amusant, et très familier, exactement le même sentiment que celui que j’ai avant de monter sur scène pour danser", se réjouit-il, impatient de renouveler l’expérience. Cela ne devrait pas tarder, puisque le danseur aux mille talents projette maintenant de s’installer à Paris.
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