Le ministère de la Santé a reçu le nouveau rapport sur le chemsex qu'il avait commandé au Pr Amine Benyamina, psychiatre spécialisé en addictologie. La balle est désormais dans le camp du gouvernement, censé annoncer en juin sa nouvelle feuille de route en santé sexuelle.
"Le présent rapport actualise l'état des lieux du phénomène chemsex en France et propose des orientations stratégiques pour une réponse coordonnée et durable." Fin février, le professeur Amine Benyamina, psychiatre et chef de service hospitalier en addictologie, a remis au ministère de la Santé son nouveau "Rapport chemsex", mise à jour du premier qu'il avait livré en mars 2022.
Dans l'actualisation de son état des lieux, le Pr Amine Benyamina constate que "de nombreux obstacles persistent" à la mise en place de politiques efficaces de santé publique face au chemsex : "Absence de recommandations officielles, financement insuffisant, saturation des centres spécialisés, difficultés de relais vers les soins de ville, absence de données épidémiologiques de cohortes, et limitations dans la recherche clinique." Commandé à l'automne dernier, le document d'une quarantaine de pages formule notamment dix recommandations qui doivent nourrir la prochaine feuille de route "Santé sexuelle" du gouvernement, pour la période 2025-2030. Déjà en retard, celle-ci est aujourd'hui annoncée pour juin prochain mais "le dossier est encarafé au cabinet de la ministre", nous confie une source gouvernementale.
Santé communautaire
L'insuffisance des progrès réalisés ne doit toutefois pas occulter les résultats encourageants des expérimentations menées sur le terrain. "Ce rapport inscrit le chemsex dans une problématique de santé publique qui nécessite une réponse coordonnée du gouvernement, et il met en évidence qu'il existe des solutions efficaces", souligne auprès de têtu· Catherine Delorme, présidente de la Fédération Addiction. Ainsi du projet Arpa-chemsex, pour "accompagnement en réseau pluridisciplinaire amélioré", qui a permis d'expérimenter des offres globales d'accompagnement à destination des chemsexeurs, alliant notamment la prévention en santé sexuelle et la réduction des risques liés à la consommation de drogues, dans plusieurs centres pilotes de santé communautaire en santé sexuelle (CSMSS), comme le Checkpoint et le Spot Beaumarchais à Paris. "La réduction des risques, c'est la seule méthode de santé qui vaille", reconnaissait déjà Olivier Véran, alors ministre de la Santé, dans une interview à têtu· en 2021.
"Les centres de consultations spécialisées sont utiles car ils diminuent la méfiance vis-à-vis du corps médico-soignant", souligne le rapport, qui fait valoir que sans cette approche, "la crainte de jugements moraux envers la sexualité, les drogues ou l'orientation sexuelle expliquent des retards dans la prise en soins". Or, souligne Nicolas Derche, directeur national chargé de la santé communautaire au sein du groupe SOS [co-actionnaire de têtu·] qui gère le Checkpoint-Paris : "Ces centres ne parviennent pas à répondre à l'intégralité des besoins. Il apparaît nécessaire d'améliorer le maillage territorial en ouvrant de nouvelles structures." Le rapport préconise donc de "garantir un financement stable de ces dispositifs, en tenant compte de la forte demande, pour éviter la saturation et les ruptures de parcours". La balle est dans le bureau de Stéphanie Rist, l'actuelle ministre de la Santé, la huitième depuis la remise il y a quatre ans du premier rapport Benyamina.
>> Lire le rapport Benyamina 2026 sur le chemsex :
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Crédit photo : Quentin de Groeve / Hans Lucas via AFP