Sabrina Decanton était censée mener la liste Les Écologistes aux élections municipales de 2026 à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). Mais elle avait renoncé à sa candidature, décriée par plusieurs militants de son parti qui pointaient son homosexualité comme un obstacle.
Six mois après sa démission, Sabrina Decanton a obtenu gain de cause. Investie par Les Écologistes pour conduire la liste de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) aux élections municipales de 2026, elle avait finalement renoncé à sa candidature après que plusieurs militants eurent présenté son homosexualité comme un handicap électoral dans certains quartiers de la ville. En mai, le parti sanctionné cinq militants de sa section locale et reconnu le caractère discriminatoire de leurs propos. "Ces personnes ont eu un comportement qui n'est pas digne des valeurs que nous portons en discriminant Sabrina Decanton à raison de son orientation sexuelle", insiste auprès de têtu· François Thiollet, secrétaire national adjoint à la vie interne.
À lire aussi : Les municipales sont-elles des élections importantes pour les LGBT ?
En novembre 2025, dans le communiqué qu'elle publie sur Facebook pour annoncer son retrait, la candidate lesbienne de 40 ans dénonce les propos "inacceptables" qui l'ont poussée à cette décision. Le même jour, cette salariée du conseil départemental précise dans une interview à têtu· : "Ces militants pensent que les quartiers pauvres et les musulmans sont nécessairement homophobes. Leur lesbophobie se double donc de classisme et d'islamophobie." Rapidement, la secrétaire nationale du parti, Marine Tondelier, prend sa défense et dénonce à son tour des "pratiques politiques inacceptables" avant de saisir les instances disciplinaires.
Réaction de Sabrina Decanton
Sur les cinq militants sanctionnés, deux sont suspendus pendant six mois pour "des propos remettant en cause l'aptitude de Sabrina Decanton à être tête de liste aux municipales en raison de son orientation sexuelle". Trois autres écopent d'un avertissement pour ne pas avoir dénoncé ces propos. Il est également reproché à ces militants d'avoir fait pression sur la candidate pour signer une charte d'engagement de ne pas prendre de décision sans leur aval si elle parvenait à être élue. "C'est une charte qui est totalement contraire à notre éthique", pointe François Thiollet.
"Je suis soulagée que le conseil disciplinaire reconnaisse clairement que j'ai été victime de propos discriminatoires. Mais je ne peux que regretter que ces sanctions soient faibles alors que ces propos relèvent de l'injure, qui est punissable par la loi", souffle Sabrina Decanton, jointe par têtu·. Au contraire, fait valoir François Thiollet, "l'exclusion de six mois représente l'une des sanctions les plus fortes du règlement intérieur du mouvement. Elle est prononcée pour les cas graves".
L'affaire embarrasse d'autant plus le parti que l'un des militants sanctionnés, Driss Naïch, faisait déjà l'objet d'une exclusion de 18 mois pour harcèlement à l'encontre d'une autre militante lorsqu'il a été mis en cause par Sabrina Decanton. Malgré cela, il a été investi en quatrième position sur la liste écologiste à Saint-Ouen, présenté non comme un militant mais comme issu de la société civile. Sur les réseaux sociaux, il avait dénoncé, fin janvier, un "schéma tristement familier" : "Celui d'un homme racisé, issu des quartiers populaires, présenté comme coupable naturel." Il contestait également les conditions de son exclusion : "J'ai été suspendu du parti en décembre sans jamais avoir été reçu par les instances (...) Le principe fondamental du contradictoire a été bafoué." Selon François Thiollet, Driss Naïch ne s'est pas présenté aux auditions consacrées à l'affaire de lesbophobie visant Sabrina Decanton. À l'issue du scrutin, en mars, la liste écologiste de Saint-Ouen a obtenu 8,5 % des voix.
À lire aussi : Municipales 2026 : "Nous ferons de nos mairies des lieux sans transphobie"
Crédit photo : Photo Stéphane Ouzounoff / Hans Lucas via AFP